mercredi 14 janvier 2015

Loin des hommes de David Oelhoffen


Ce film possède un petit handicap qui fera que les spectateurs risquent de le bouder : il est question de la guerre d'Algérie, sujet qui ne fait pas courir les foules. Nous sommes au début des hostilités, en 1954 et elle servent uniquement de toile de fond à l'histoire qui nous est racontée. L'enjeu de ce film se situe bien au-delà d'un énième témoignage sur la barbarie des hommes durant cette période sinistre. C'est avant tout une très belle histoire de fraternité.
Daru est un instituteur français mais d'origine espagnole qui enseigne dans un coin perdu de l'Atlas. Un gendarme d'un village voisin lui amène Mohamed  pour le conduire à la gendarmerie de la grande ville. Ce dernier a assassiné son cousin pour une sombre histoire de troupeau. Pas du tout emballé pour accomplir cette mission qui conduira Mohamed vers une mort certaine,  Daru finira par l'escorter suite à une attaque de la famille du prisonnier qui voulait lui faire la peau. Ces deux hommes aux cultures différentes, aux idées assez opposées vont parcourir des kilomètres au travers des caillasses et de multiples danger d'une région qui commençait à être à feu et à sang. Petit à petit, ces deux hommes vont cheminer vers un destin risque bien de vaciller au bout de la route.
Inspirés d'une nouvelle d'Albert Camus que les puristes considèrent comme un petit chef d'oeuvre, les auteurs du scénario ont pris quelques libertés pour l'aérer sérieusement et lui donner quelques péripéties. Il semblerait que cela déplaise aux fans de l'auteur. Personnellement je n'avais lu en son temps que la bande dessinée qu'en avait tiré Jacques Ferrandez ( L'hôte chez Gallimard, on a la culture que l'on peut) qui était fidèle au texte original.
Si le film nous propose une version plus nerveuse, avec beaucoup de codes empruntés au western,  les auteurs n'en n'ont pas enlevé pour autant le sens profond. Ces deux personnages principaux vont s'apercevoir que malgré leurs différences, ils sont étrangers au monde qui se construit autour d'eux. Cela va leur permettre de réfléchir à leur condition d'Homme, de remettre en cause certaines valeurs de leurs cultures respectives et de prendre une direction à laquelle ils n'avaient pas forcément pensé. Le film évite les antagonismes traditionnels comme la religion ou la culture pour ne s'attacher qu'à leur propre libre arbitre et à la façon dont leur confrontation va les emmener à réfléchir autrement. En cela, et malgré quelques péripéties un peu plaquées, le film fonctionne admirablement bien, servi de plus par une image en scope magnifique qui fait ressentir au spectateur toute l'aridité de ces reliefs montagneux et de la situation.
Et je n'ai rien dit des acteurs ... Viggo Mortensen jouant en français un instit d'origine espagnole avec un accent mi danois mi américain, aurait pu passer pour peu crédible mais très vite le magnétisme et le talent de l'acteur l'emporte sans conteste. Il habite l'écran de façon incroyable et donne à son personnage de Daru une sensibilité, une finesse mais aussi une force incroyable. Face à lui Reda Kateb, plus en retenu, est un parfait contrepoint, magistral, lui aussi.
Alors pour illustrer de la plus belle des façons le mot fraternité qui est très en avant depuis quelques jours, "Loin des hommes" en est le film qu'il faut aller voir. Il saura vous attraper, vous éblouir par ses paysages incroyables et vous émouvoir autant que " La famille Bélier" mais dans un registre autrement plus philosophique sans jamais être didactique !





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