samedi 28 février 2015

Hungry hearts de Saverio Costanzo


Une femme, Mina, et un homme, Jude, se retrouvent enfermés dans les toilettes d'un restaurant chinois, puis vivent ensemble, puis font un enfant. La grossesse est compliquée et Mina accouche sous césarienne d'un bébé légèrement prématuré. Petit à petit, peut être suite au traumatisme de cet accouchement trop médicalisé, elle enfermera son couple autour de ce bébé auquel elle prodiguera des soins, se fiant uniquement à son instinct qui est est obsédé par des contaminations venues de l'extérieur. Le bébé, à force de sirop étranges et d'une nourriture végétalienne ne se développera pas normalement.
Développé sans aucune théorie psychologisante, "Hungry hearts" avance doucement par petites touches, laissant le spectateur trier les quelques détails qui lui sont suggérés, le récit progressant sans vraiment surprendre. Toutefois, les deux acteurs sont très convaincants. Alba Rohrwacher, nouvelle égérie du cinéma d'auteur italien, a l'allure tourmentée impeccable et Adam Driver, au physique particulier, est parfait dans le rôle du mari partagé entre amour et suspicion.
Mais voilà, que dire de plus ? Ce film avance sûrement vers un dénouement plus ou moins attendu, c'est selon son degré de clairvoyance. J'ai suivi cela sans être totalement passionné. Il faut dire que par moment le film hésite entre plusieurs directions ; le film psy , puis le film mystérieux (on pourrait penser à "Rosemary baby " pour l'ambiance et le côté doux et éthéré de l'héroïne), pour revenir au psychologique. La réalisation semble se concentrer énormément sur des plans rapprochés, en contre plongée, mettant en valeur (?) l'appendice nasal des acteurs. Parfois, comme dans cette scène au milieu du film, elle joue aussi avec l'image en lui donnant une impression bizarre de rendu de miroir déformant. Il doit y avoir une explication narrative, un signifiant que je n'ai pas eu envie de chercher, ces plans étant plaqués pour moi sans grande utilité pour l'histoire.
Je suis ressorti un peu dubitatif.  Pas un grand film c'est certain mais une certaine originalité dans le traitement de cette histoire particulière qui n'arrive cependant pas à être totalement électrisante, juste mettant parfois le spectateur un peu mal à l'aise. Je me suis demandé si ce n'était pas une petite attaque contre les adeptes de pratiques médicales alternatives ou d'ordre hygiénistes. J'ai songé aussi à une jolie démonstration autour de l'instinct maternel (ici de protection maternelle), montrant que ce n'est qu'une vaste fumisterie. Mais, j'avoue, que tel que le film est fait, il est difficile d'y trouver un thème évident. C'est sûrement à nous, spectateurs, d'aller y puiser des éléments de réflexion. Cependant le côté un peu contemplatif de l'ensemble, un peu lisses ou détachées des scènes, m'a empêché peut être de ressentir aussi fortement le propos.
Mais si vous êtes passionnés par les problème de maternité, d'élevage d'enfants, de vie de couple, je pense que vous pourrez y trouver votre compte, la solidité de l'interprétation y sera pour beaucoup.


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