lundi 16 février 2015

Un hiver à Paris de Jean-Philippe Blondel


Le narrateur, Victor (Jean-Philippe ? ) reçoit une lettre qui va  faire remonter tout un pan de son passé : son  année en classe de khâgne dans un lycée parisien huppé voici 30 ans. La lettre a été écrite par Patrick Lestaing, le père d'un des condisciples de l'auteur qui s'est suicidé en se jetant dans le vide à la suite d'une remarque venimeuse d'un de ces profs qui croient que tout leur est permis, surtout l'humiliation. Le suicide marquera pour Victor le début d'une nouvelle vie. De l'adolescent transparent, pauvre et provincial au milieu de fils et de filles bien nés, cette année de khâgne, à cause de cet horrible accident,  permettra à Victor de construire les bases de sa vie future. Cette lettre est l'occasion pour l'auteur de revenir sur cette année charnière qui l'a façonné plus qu'il ne le pensait.
"Un hiver à Paris"  est un livre simple, classique. En se penchant sur les années de formation de ce Victor, il ne fait pas preuve d'originalité. Le sujet est bateau, même si ici il est relevé par une description de la  rudesse de l'enseignement que l'on dispense à ceux qui se pensent, s'espèrent les futures élites de la nation, Mais, Jean-Philippe Blondel est un talentueux écrivain. De cet événement tragique, de cet adolescent mal dans sa peau, ne trouvant pas sa place dans un monde dont le milieu de naissance n'a pas su lui donner les codes, il en fait une sorte de héros empathique dans un roman d'une élégante tenue. Il arrive à rendre son personnage principal de plus en plus attachant. On le voit grandir au fil des pages, se confronter à la vie. On découvre comment avec une personnalité lucide, honnête il va trouver les leviers pour amorcer avec pertinence sa vie d'adulte. Et si cela fonctionne si bien c'est grâce à une écriture toute en douceur et en finesse. Jean-Philippe Blondel écrit simple. Là où d'autres font de lourds effets de plume, rajoutent des péripéties, placent du vocabulaire, enluminent les phrases avec des tournures bien senties, lui, il va droit au but, doucement, pudiquement, mais au plus près de la vie. Il n'y a rien de plus difficile que la simplicité en littérature. Dans "Un hiver à Paris", on ne sent pas l'écriture, elle est simplement là, coulant de source, entraînant le lecteur au plus près de l'action. Jamais on ne sent l'effort, la fabrication, la suffisance. On tourne les pages emportés, séduits, heureux de nous laisser compter une histoire simple, humaine, pudique.  On est Victor, on est étudiant, on est jeune, on a 19 ans le temps  d'un roman et toute la vie devant nous. C'est une sensation très agréable, rarement ressentie en littérature. C'est vraiment de la belle ouvrage et l'on dit : Merci monsieur Blondel ! 

6 commentaires:

  1. ohhhhh, un nouveau Blondel (tu sais (ou pas!) comme j'adore Blondel !!) merci +++

    pop corn

    RépondreSupprimer
  2. je suis en train de le lire et je suis vraiment sous le charme ...

    RépondreSupprimer
  3. Un nouveau Blondel ?? je le note. Lecture très agréable

    RépondreSupprimer
  4. J'ai trouvé l'auteur bouleversant lors de son passage à la Grande Librairie... j'ai dû retenir une tite larmichette en l'écoutant... Du coup, tombant dessus dans une librairie d'occas' (bouuuuh) je n'ai pas hésité et l'ai acheté hier. Je ne connais pas du tout cet écrivain mais j'espère être aussi enthousiasmée que toi !

    RépondreSupprimer
  5. beaucoup aimé Accès direct à la plage et 6H41. Celui-ci est un projet de lecture pour très bientôt!

    RépondreSupprimer
  6. Quand le dernier vient de sortir, il est peut-être temps de lire le précédent qui attendait sagement près du lit...
    J'ai beaucoup aimé cette simplicité dont vous parlez, l'expression simple des sentiments, j'Aime!
    On est vraiment dans la peau du personnage, même si la rue d'Ulm n'était pas pour moi...j'ai pu le temps d'un roman m'imprégner de cet univers, de cet enfer parfois...
    Ce livre montre aussi comment chacun se béquille dans les moments difficiles, en laissant moins de place à la vraie empathie, mais plus à l'aide de la survie.
    (Oui juste avant dans ma pile je "craquais" pour "les ennemis de la vie ordinaire", ça m'a changé du tout au tout tout tout tout!!)am

    RépondreSupprimer

La troisième guerre de Giovanni Aloi

 Faire un film sur ces hommes que nous voyons déambuler dans nos villes engoncés dans une tenue qui rappelle quelque cuirasse d'antiques...