jeudi 12 février 2015

Les merveilles d'Alice Rohrwacher


Une ferme délabrée, plantée dans un décor sinistre de Toscane (oui ça existe !) abrite tout une famille d'apiculteurs. Le père utopiste et donc un peu tyrannique, gère vaille que vaille l'exploitation en compagnie de sa femme, de ses quatre filles et de Coco, ouvrière accrochée à eux parce que surement sans autre possibilité de survie. Nous sommes vraisemblablement dans les années 90 si l'on en croit les quelques objets du décor, le tube qui passe à la radio ou le grain de l'image loin du clinquant du numérique actuel. C'est l'époque où les normes européennes draconiennes, empreintes de libéralisme, commencent à rendre la vie difficile aux petits exploitants. C'est aussi le déferlement des émissions de télé-réalité que déverse à jet continu une télévision de plus en plus bêtifiante. Gelsomina, la fille aînée, jeune adolescente prenant la place d'un garçon qui n'a jamais vu le jour, commence à s'ouvrir au monde et se met en tête, au travers de la venue d'une émission minable de télévision que le vie peut être meilleure que la galère quotidienne qu'elle connaît...
"Les merveilles" est un film sincère, brut de décoffrage, humaniste. On ne peut le lui enlever. On est charmé par ce joyeux mélange de naturalisme, de sensualité, de poésie,  de militantisme aussi. Filmé comme une nouvelle cuvée d'un néoréalisme désormais patrimonial, le film n'est pas, à mon avis, tout à fait à la hauteur du prix qu'il a reçu à Cannes (d'autres non récompensés, le méritaient bien plus). Il pêche parfois par une mise en scène un peu foutraque voire totalement à côté de la plaque. Ainsi, un des scènes clés du film, le face à face entre Gelsomina et la sculpturale présentatrice sensée montrer le retour à la réalité de la jeune fille, perd tout son sens, peut être à cause de Monica Bellucci qui l'interprète. Quand elle est à l'antenne, Monica ressemble  à une sorte de déesse improbable un mix entre Cléopâtre et une sirène de mauvais goût. Elle affublée d'une perruque de tresses blanches qui fait penser à un poulpe défraîchi. L'émission terminée, alors que toute l"équipe est sur le bateau du retour, la présentatrice, en civil mais ayant gardé son calamar sur le crâne (!),  retrouve Gelsomina, fascinée par cette apparition, un rêve pour une jeune fille élevée loin de tout. Ce qui est sensé représenter le dur retour à la réalité, montrer que la présentatrice n'est en fait qu'une femme quelconque, se révèle ratée à l'écran, car, la perruque ôtée,  apparaît, non pas une ménagère de 50 ans lambda, mais Monica Bellucci  toujours aussi belle ! Certes je n'ai pas les yeux fascinés d'une adolescente de 14 ans, mais tout de même...
"Les merveilles", même si imparfait, reste un film chaleureux et agréable. Il prouve que le cinéma italien vit, survit encore et ça c'est une bonne nouvelle. Le festival de Cannes a sûrement voulu donner un coup de projecteur à une cinématographie bouffée par un génocide culturel, ce que le film montre avec finesse. 
Et comme j'adore les tubesitaliens, je ne résiste pas à vous mettre le titre du générique de fin (mais qu'on entend aussi à un moment donné dans le film) : T'appartengo par Ambra Angiolini.






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