jeudi 20 août 2015

L'infinie comédie de David Foster Wallace


"L'infinie comédie " c'est quoi ? 
Un énorme pavé de 1487 pages (mais avec 160 pages de notes qui parfois sont des parties du roman) imprimé sur papier bible et très bien relié, pour une lecture plus facile. Et c'est bien heureux car si en plus du poids conséquent, s'il avait fallu se battre avec des pages récalcitrantes, pas sûr que j'aurai eu la patience d'aller jusqu'au bout. 
Ce pavé est présenté par l'éditeur comme un des 50 chefs d'oeuvre du XXe siècle ...car il a été écrit en 1996 mais encore jamais traduit en Français. Ce sont les éditions de l'Olivier, spécialistes de la grande littérature américaine qui se sont coltinées la traduction du monstre et espèrent bien l'amortir cette rentrée. 
Comment vendre "L'infinie comédie " ? 
Dans une société avec de moins en moins de lecteurs dont la grande majorité lit du Marc Lévy ou du Guillaume Musso, faire acheter du Wallace ne va pas être aisé. Heureusement, bruit déjà dans la presse une petite rumeur de chef-d'oeuvre, voire d'incontournable, de quoi allécher les lecteurs exigeants. Et devrait donc paraître des articles élogieux, érudits, intelligents, remplis de superlatifs du genre "Fantaisie dystopique", "Fascinant roman" "Dézingage virtuose de la société américaine" ou tout simplement "Chef-d'oeuvre", car quel autre mot saura mettre un peu de culpabilité dans l'esprit d'un amateur de littérature surtout s'il lui prend l'envie de, peut être, faire l'impasse.
"L'infinie comédie ", c'est quel genre ? 
Je ne peux pas répondre à cette question même si j'ai consacré une bonne semaine de mes vacances à lire la chose. Je suis capable de révéler que ce n'est pas un roman captivant qui vous happe dès les premières pages pour ne plus vous lâcher et c'est sans doute dommage vu la longueur. Par contre, je peux dire que ce n'est ni un roman policier, même s'il y a une vague intrigue qui s'en approche, ni un roman de science-fiction même si cela se déroule dans un futur indéterminé, ni un roman Harlequin car l'Olivier est au-dessus de ça, ni de la sociologie, de l'ésotérisme, de la philosophie, de la cuisine, c'est, c'est ...un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). 
Mais cette "Infinie comédie " ça raconte quoi au juste ?
Pas grand chose et beaucoup de choses ! Si je devais résumer en simplifiant au maximum, je dirai qu'il est question d'un école de tennis formant l'élite des grands tournois. Cette école est dirigée par Avril, veuve depuis que son alcoolique et cinéaste de mari s'est suicidé en se faisant exploser la tête dans un micro-ondes. Il a cependant eu le temps de faire trois garçons, Orin, surdoué qui s'est barré assez vite, Mario, nabot difforme mais gentil et Hal, surdoué tout court et du tennis en particulier. Il est également question d'une clinique de désintoxication où Gately, employé résident ( ce qui signifie drogué mais ayant des responsabilités dans l'établissement), égrène souvenirs et descriptions d'un monde en prise avec toutes sortes de stupéfiants. Et en fil rouge, apparaissent Marathe et Steeply, agents doubles ? triples ? quadruples ? d'une organisation séparatiste québécoise, l'un en fauteuil roulant et l'autre déguisé en femme, et à la recherche d'une cartouche de divertissement qui scotchent à l'écran ceux qui la visionnent et finissent par en mourir...
A partir de cette trame et dans une Amérique du Nord unifié ( USA, Mexique, Canada réunis), David Foster Wallace va broder, creuser, s'engouffrer dans l'intime, avec des phrases d'une longueur proustienne (de chef d'oeuvre donc!) narrant des anecdotes parfois drôles mais aussi sordides, folles, violentes. Il va aussi jouer avec son texte, lui donner des formes multiples, lui permettant ainsi d'exprimer quelques idées, souvent noires, voire déprimantes sur le futur d'une société américaine déjà très présent en 1996. 
Alors, au final, cette "Infinie comédie" tu le conseilles ou pas ? 
J'en sais rien, même si j'aurai tendance à penser qu'il vaut mieux passer du temps avec d'autres livres plus faciles d'accès. Il faut le dire, c'est une littérature qui demande des efforts et de la patience. L'auteur adore les phrases longues, gigognes. Il aime les énumérations ou glisser tout un tas de mots précis ou ampoulés. Un exemple parmi mille autres, pris au hasard (page 907) : 
" Une autre raison de leur présence ici est d'ordre punitif, certains joueurs -(...)- ayant reçu la mission, punitive, donc, et considérée comme désagréable, de descendre sous terre en fin de journée pour inspecter l'itinéraire que devront suivre les employés des Structures Gonflables Tout-Climat Tes Tar lorsqu'ils trimballeront hors de la salle d'Entrepôt les étrésillons et traverses en fibre de verre et la bâche en dendriuréthane composant le Poumon pour l'érection dudit Poumon, quand l'administration d'E.T.A. estimera enfin que les conditions météorologiques automnales, au lieu de forger le caractère, représentent une entrave au bon développement et à la morale. "
Non, il n'y a aucune faute de frappe ! Je sais c'est perfide et peut être un peu salaud, mais le livre est loin d'être une partie de plaisir.  C'est ainsi qu'écrit David Foster Wallace le plus souvent. Cependant, j'ai trouvé des passages sidérants de pertinence  ou d'une précision follement évocatrice ou d'une justesse qui m'ont scotché à plusieurs reprises. Mais, il ne faut pas le cacher, il y a parfois des tunnels qui donnent envie de sauter des pages. Personnellement, j'ai trouvé le dernier tiers du livre, malgré la vague enquête autour du film addictif, moins percutant. Peut être que j'ai fait une overdose de toutes ces scènes autour de drogués, de toxicos, de camés, d'addicts à toutes sortes de substances, parce qu'il faut le signaler, il ne doit pas y avoir une page où il n'est pas question, de près ou de loin, de drogue, de coke, de crack, d'alcool, d'amphétamines, de .... (mais très peu de sexe par contre, je dirai même que ce roman est quasi asexué comme les élèves de tennis). 
Pour moi "L'infinie comédie " est un long shoot littéraire, sûrement écrit sous l'emprise de tout un tas de substances interdites, qui force à l'admiration par ce déversement hargneux, haineux, tendre et violent mais qui en rebutera beaucoup par un trop plein de vocabulaire qui rend parfois ce texte abscons.Ce ne sont pas les saillies formidables qui parsèment ce pavé qui rendront la lecture passionnante mais laisseront à penser qu'il est certain que ce livre est loin d'être anodin. Un chef d"oeuvre ? Pourquoi pas ? Mais comme tous les chefs-d'oeuvre beaucoup de lecteurs n'ont pas forcément toutes les clefs.J'en fait sans doute partie...

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