mercredi 23 mars 2016

Keeper de Guillaume Senez


Je n'ai pas un attrait particulier pour les nombreux films autour de l'adolescence qui fleurissent régulièrement sur les écrans, comme des boutons sur une peau acnéique. L'adolescent ne va pas bien, il est en crise, cherche les limites, s'essaye à diverses activités qui font froncer les sourcils de parents forcément dépassés et quand il arrive à prononcer un dialogue de plus de quatre mots, c'est qu'on est dans un film d'André Téchiné, fin observateur de ce passage de la vie mais dont l'âge vénérable peut nous faire douter d'un regard neuf (quoique ...).
"Keeper" possède tout cela : un couple d'ados ayant un langage minimum, vivant dans une banlieue pavillonnaire assez sinistre et dont la fille va se retrouver enceinte à quinze ans. Le film va les suivre dans leur questionnement, leur errance et leur passage forcé à un âge plus adulte.
Enorme bon point au scénario qui ne choisit pas la facilité, jouant des hésitations des deux jeunes protagonistes pour surprendre en empruntant des chemins pas toujours attendus, faisant ainsi ressentir leur malaise à trouver la bonne issue. Les deux jeunes acteurs y sont pour beaucoup, étonnants de naturel dans une mise en scène proche du documentaire. On retiendra aussi la totale absence de manichéisme du film face à deux sujets sensibles qui hantent cette histoire : l'avortement et l'adoption. Guillaume Senez a l'intelligence de poser le décor, l'histoire, sans détours, avec une justesse de ton impeccable, laissant le spectateur faire son jugement. Pour tout cela , "Keeper" est sans doute un long- métrage au dessus de la mêlée habituelle du genre.
Cependant, même si le récit avance à bonne allure, le film pâtit de quelques petites scories qui m'ont empêché d'adhérer totalement. La première, sans doute indépendante du réalisateur, fut pour moi l'inévitable comparaison avec le cinéma des frères Dardenne. Du coup, face à la tension des films de ces derniers, on a parfois l'impression que "Keeper " est du Dardenne sous Prozac. Autre étrangeté, peut être voulue mais qui enferme un peu trop ces ados, c'est leur étonnant isolement social et amical, comme s'ils étaient seuls au monde. Il y a les parents, enfin les mères surtout ,qui voient resurgir leur vécu de façon assez violente, vaguement un entraîneur du garçon, et c'est tout . Cela permet effectivement de mieux concentrer le sujet mais, lui donne aussi une étrangeté qui n'est guère assortie à son côté naturaliste.
Malgré ces quelques remarques, "Keeper "est un premier film prometteur, qui a déjà pas mal séduit (Grand prix du festival Premiers plans d'Angers) et qui je pense touchera le spectateur car il s'adresse à lui de la façon la plus intelligente : sans parti-pris.



1 commentaire:

  1. Cette lecture matinale va mettre en doute mon choix de film pour ce soir...bonne journée am

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