lundi 22 août 2016

Sous la vague d'Anne Percin

 Le roman est empreint de Japon. La vague du titre ne fait pas référence à Hokusaï mais au tsunami qui soudain inquiète Bertrand Berger-Lafitte, pas vraiment par rapport à la catastrophe humanitaire mais à celle plus personnelle qui risque de limiter l'écoulement de sa production de cognac dans l'île du Soleil Levant. Un gros égoïste de patron me direz-vous ? Un peu, sauf que soudain, une nuit, sa Mercedes que conduit Eddy son chauffeur, percute un faon sur une route de Charente. De cet accident assez banal, une certaine prise de conscience va germer dans la tête du négociant, lui faire regarder sa vie d'une façon nouvelle.
Avec des inspirations prises chez Murakami pour ces moments un peu oniriques et d'autres chez des auteurs anglais genre P G Woodehouse, pour les relations maître/valet, mais en nettement moins sautillant, le tout dans un décor à la Mauriac, Anne Percin m'a au départ pas mal intrigué. Avec son écriture classique, sans emphase, mais en parsemant cette histoire de beaucoup d'animaux ( faon, chien, corneille, chevaux, ... tiennent une place importante dans le récit) mêlés à tout un éventail d'odeurs, ce récit aux apparences banales et bourgeoises s'engageait dans les chemins d'un naturalisme un peu décalé, intrigant voire poétique. En plus la relation qu'entretiennent l'héritier des cognacs Berger-Lafitte et son chauffeur, toute empreinte de distance me paraissait aussi contenir une légère ambiguïté. Cet ensemble d'éléments donne à la première moitié du livre une atmosphère particulière qui laisse à penser que le roman va prendre une tournure vraiment originale.
Hélas, la suite préfère se diriger dans un développement de téléfilm pour soirée pépère devant France3. La fille du magnat des spiritueux tombe enceinte d'un jeune syndicaliste de l'usine, une sombre histoire peu convaincante de vente de parts de l'entreprise et un chauffeur passé un peu à trappe détruisent toute la subtile construction du début. Cela se lit de façon agréable mais sans grand intérêt. On en vient même à penser que c'est le résultat d'une résidence sponsorisée par une marque de cognac qui a permis la publication du livre. ( Impression étrangement confirmée par un remerciement de la fin ).
C'est avec beaucoup de regrets que j'ai refermé "Sous la vague" car si je me suis précipité dès le jour de la sortie sur ce roman, c'est parce que, pour moi, "Le premier été" du même auteur, paru en 2011 fut un énorme coup de coeur que j'ai beaucoup offert et fait apprécier... Là, à part les amateurs de faon et de cognac, je ne vois pas à qui je pourrai le conseiller...






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