mercredi 18 septembre 2019

Par les routes de Sylvain Prudhomme


3 bonnes raisons pour vous laisser conduire sur les chemins de traverse de Sylvain Prudhomme.

1) Un auteur qui possède une petite musique personnelle. 

Dans cette course impitoyable que sont les prix littéraires de l'automne, l'heure n'en est qu'aux premières listes et il est heureux que certains jurys mettent en lumière ce "Par les routes" qui apparaît sur pas mal d'entre elles ( Renaudot, Fémina, ...). Au milieu d'auteurs aux dents longues, aux ouvrages pensés, formatés pour un éventuel Goncourt ( Karine Tuil, Monica Sabolo ),  réjouissons-nous que ce neuvième roman de Sylvain Prudhomme, tout en délicatesse, arrive à se glisser parmi des oeuvres jouant les gros bras avec des sujets à la mode (donc de société). 
Si vous empruntez les routes proposées par cet auteur résidant à Arles ( que l'on devine plus ou moins dans le roman même si la ville servant de décor est symbolisée par la lettre V.), attendez-vous à être surpris par une écriture caressant doucement la vie modeste d'un brave narrateur s'installant dans un lieu nouveau et retrouvant un ancien ami, marié et père d'un petit garçon. Cette situation de départ, pouvant passer pour banale, s'installe avec une poésie qui ne dit pas son nom, l'auteur portant une attention particulière à des petits détails du quotidien que d'autres ignoreraient, créant ainsi une bulle de douceur dans laquelle le lecteur se sent immédiatement bien. Puis, petit à petit, mine de rien, tout va se complexifier sans que jamais le roman ne verse dans quelque sensationnel, gardant toujours une grande délicatesse du regard. Et la tension monte, monte, avec finesse, passant d'un quotidien humble à quelque chose d'un peu plus décalé, pour arriver à un final aussi symbolique qu'émouvant. Sans cri ( alors que la situation aurait pu en générer), sans effet de manche, le roman parvient à nous emporter dans un univers bien contemporain mais par une route détournée qui nous offre des paysages rarement vus ( ici, entre autre, avec un jeu autour des noms des villages ou villes français). Il y a chez Sylvain Prudhomme un univers très personnel, assez unique, que beaucoup appelleront avec raison, musique et en littérature, rares sont ceux qui la possèdent vraiment. 

2) C'est un roman où l'on se sent bien.

Cela peut paraître curieux, mais dès les premières pages on se sent vraiment bien. On apprécie cette écriture simplement douce, sans doute issue d'une plume tenue par une main bienveillante ( et ici, le terme n'est pas galvaudé mais correspond bien à la réalité ), jamais mièvre car elle nomme sans fard le  réel ( on parle d'adultère comme de masturbation), et creusant petit à petit un sillon imaginatif teinté d'une certaine poésie. On déguste ces pages avec bonheur, comme le cadeau d'une personne qui veut autant faire plaisir que donner un petit supplément d'âme à nos vies. 4

3) C'est un roman qui s'adresse à notre part sensible ( et qui y réussit). 

Pour toucher un lecteur, un auteur possède un éventail de possibles, user, par exemple, de violence pour nous faire frémir, frissonner, ou de sexe cru ou plus soft pour nous faire bander, mouiller. Sylvain Prudhomme, lui, va utiliser ce qu'il y a de plus difficile à manier, la délicatesse ! Le pari est risqué, du niveau du funambule sur son fil. Un faux mouvement, une situation mal amenée, une phrase trop directe, un mot mal placé, et l'on peut tomber dans le chichiteux, la sensiblerie, le gnangnan. Mais "Par les routes" garde le cap, ne se trompe jamais de direction, vacille peut être parfois et finalement arrive à bon port en ayant donner au lecteur un grand moment de bonheur simple et sensible. 

1 commentaire:

La troisième guerre de Giovanni Aloi

 Faire un film sur ces hommes que nous voyons déambuler dans nos villes engoncés dans une tenue qui rappelle quelque cuirasse d'antiques...