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mardi 1 janvier 2019

Roma de Alfonso Cuaron


Chaque fois que sort un film de grand réalisateur de cinéma sur Netflix, cela fait les choux gras des pages culturelles des médias. Cela a démarré avec Bong Joon-ho ( "Okja"), continué avec les frères Coen ( "La ballade de Buster Scruggs"), films intéressants mais dont la vision chez soi sur un écran télé ( même bien dimensionné) n'a pas provoqué un sentiment d'extase. Cette fois-ci, avec "Roma" , Netflix pousse le curseur d'un cran puisque ce nouveau film d'Alfonso Cuaron a obtenu le Lion d'or au dernier festival de Venise. Le principal rival de Cannes créé la polémique en ne dédaignant pas les productions Netflix  qui risquent de changer à jamais la diffusion et donc le financement  d'oeuvres dites cinématographiques.
Avouons pour ceux qui pensent que le senor Cuaron n'a été que le réalisateur d'un épisode de Harry Potter et du spectaculaire mais non moins inénarrable " Gravity", la vision de ce petit dernier risque de les surprendre ( un peu comme un fan des Tuche se retrouvant devant " Hiroshima mon amour"). Le film est loin d'être hermétique mais se révèle très contemplatif et surtout jamais explicatif. Dans un magnifique noir et blanc ( c'est tellement chic le noir et blanc, ça sublime une oeuvre... peut être que le prochain Tuche ....), avec de larges plans, souvent des travellings, dans lesquels vit une famille bourgeoise mexicaine et sa domesticité, la caméra prend le temps de les regarder vivre. On s'intéressera surtout à Cléo, la jeune bonne, silencieuse, un peu à part mais pas spécialement maltraitée par ses patrons. Entre les maîtres et les valets, une sorte de bienveillance existe. Cependant, de part et d'autre la vie ne sera pas tendre et parallèlement chacun vivra une épreuve.
"Roma" , du nom du quartier de Mexico où se situe la maison, film autobiographique, reconstitue un épisode de l'enfance du réalisateur. Avec précision, sans aucune lourdeur,  le spectateur découvre l'atmosphère qui règne à la fois dans cette famille mais aussi dans une ville bouillonnante. Le récit laisse au spectateur le temps de se nourrir ou pas d'éléments importants ou pas, un chien, ses crottes, une fanfare, un mariage, une manifestation, des chiens partout tout le temps, des voitures...symboliques, des silences, des bribes de conversations et une multitudes de gestes pas si anodins que ça. Tout est proposé avec subtilité, finesse.
Le seul problème pour ce film, reste sa vision sur un écran de télévision. L'immersion y est moins intense, le plaisir et l'émotion moins grands sans doute, même si l'on perçoit sans mal la qualité de la réalisation et la finesse du projet. Ne pas le voir dans une vraie salle de cinéma restera un grand regret et laisse l'impression amère d'un film amputé.


dimanche 7 février 2021

Malcom & Marie de Sam Levinson

 


Quand Netflix joue dans la cour du cinéma d'auteur, c'est souvent en noir et blanc. Après "Roma" d'Alfonso Cuaron ( film vraiment réussi) ou "Mank" de David Fincher ( qu'on peut trouver rasoir), voici cette nouvelle production lancée à grands coups de critiques extasiées dans une presse qui n'a plus grand chose à se mettre sous les yeux. Signé par Sam Levinson, auteur au cinéma de deux longs-métrages qu'il est difficile de classer dans la catégorie "bons films" et d'une série adolescente remarquée, rien ne laisse prévoir un chef d'oeuvre sauf l'engouement médiatique qui orchestre sa sortie. Force est de constater qu'après 1h50 passées dans cette belle villa, on cherche quand même ce qui peut susciter un tel intérêt. 
Passons vite sur le noir et blanc, ici somptueux effectivement, mais qui se résume uniquement en un emballage clinquant qui essaye de cacher la misère du propos. 
L'histoire, torchée en quelques jours dixit le dossier presse, ( cela donne l'expression désormais clichée : "écrite dans l'urgence") nous raconte le retour de soirée d'un couple après la présentation triomphale du film de l'homme. La femme  fait vaguement la gueule... et des macaronis au fromage pour son mari. Elle finit par lui dire ce qui fait son mécontentement : lors de son discours il a remercié tout le monde sauf elle. S'ensuivront de longues explications conjugales qui éclaireront un peu le parcours de chacun et les liens qui peuvent les unir voire les désunir. 
Nous assistons donc à une scène de la vie conjugale sans le regard de Bergman, ni la violence d'un Mike Nichols ( "Qui a peur de Virginia Woolf?" ), ni l'humour de "La guerre des Rose". C'est du Sam Levinson et bien que quelques sujets à la mode soient abordés en passant comme le racisme aux USA, le rapport de classe, on reste dans un entre-soi du milieu du cinéma avec des questionnements sur le rapport à la création et l'emprise d'Hollywood sur les réalisateurs.  Le scénario est étrangement rythmé comme une pièce de théâtre : elle crache le morceau.... pause clope....il réagit ( longuement)...pause clope, la caméra caresse paysage et acteurs ... elle en remet une couche....avant de refumer langoureusement sur la terrasse.... ce qui laisse le temps à l'autre de penser à ce qu'il va répliquer....et ainsi de suite... Tout cela se fait sans trop de cris mais avec quelques larmes, sans que l'on assiste à une montée véritable de l'histoire qui surfe dans une sorte de je t'aime/je t'aime moins un peu mou. C'est assez répétitif, on comprend très vite les enjeux de chacun. On commence à se fiche de leurs problèmes, on en vient à se demander ce qu'ils font ensemble pour finir par guetter le moment où ils vont enfin se coucher pour qu'on en termine. Quand, ouf,  ils pénètrent dans la chambre, on se dit qu'on tient le bon bout...mais non... On pourrait se raccrocher au jeu des acteurs, Zendaya et John David Washington, qui font bien leur boulot, mais comme ils n'ont aucunement le charisme d'un Richard Burton ou d'une Elizabeth Taylor, on a du mal à être scotché à l'écran. 
Encore une belle opération marketing pour Netflix, bien de son époque : une belle image pour une coquille pas vraiment pleine, pour ne pas dire presque vide. Clinquant quand tu nous tiens.... Cela laisse quand même augurer des jours sombres si désormais le cinéma ne sera plus produit que par des plateformes de streaming...