dimanche 7 février 2021

Malcom & Marie de Sam Levinson

 


Quand Netflix joue dans la cour du cinéma d'auteur, c'est souvent en noir et blanc. Après "Roma" d'Alfonso Cuaron ( film vraiment réussi) ou "Mank" de David Fincher ( qu'on peut trouver rasoir), voici cette nouvelle production lancée à grands coups de critiques extasiées dans une presse qui n'a plus grand chose à se mettre sous les yeux. Signé par Sam Levinson, auteur au cinéma de deux longs-métrages qu'il est difficile de classer dans la catégorie "bons films" et d'une série adolescente remarquée, rien ne laisse prévoir un chef d'oeuvre sauf l'engouement médiatique qui orchestre sa sortie. Force est de constater qu'après 1h50 passées dans cette belle villa, on cherche quand même ce qui peut susciter un tel intérêt. 
Passons vite sur le noir et blanc, ici somptueux effectivement, mais qui se résume uniquement en un emballage clinquant qui essaye de cacher la misère du propos. 
L'histoire, torchée en quelques jours dixit le dossier presse, ( cela donne l'expression désormais clichée : "écrite dans l'urgence") nous raconte le retour de soirée d'un couple après la présentation triomphale du film de l'homme. La femme  fait vaguement la gueule... et des macaronis au fromage pour son mari. Elle finit par lui dire ce qui fait son mécontentement : lors de son discours il a remercié tout le monde sauf elle. S'ensuivront de longues explications conjugales qui éclaireront un peu le parcours de chacun et les liens qui peuvent les unir voire les désunir. 
Nous assistons donc à une scène de la vie conjugale sans le regard de Bergman, ni la violence d'un Mike Nichols ( "Qui a peur de Virginia Woolf?" ), ni l'humour de "La guerre des Rose". C'est du Sam Levinson et bien que quelques sujets à la mode soient abordés en passant comme le racisme aux USA, le rapport de classe, on reste dans un entre-soi du milieu du cinéma avec des questionnements sur le rapport à la création et l'emprise d'Hollywood sur les réalisateurs.  Le scénario est étrangement rythmé comme une pièce de théâtre : elle crache le morceau.... pause clope....il réagit ( longuement)...pause clope, la caméra caresse paysage et acteurs ... elle en remet une couche....avant de refumer langoureusement sur la terrasse.... ce qui laisse le temps à l'autre de penser à ce qu'il va répliquer....et ainsi de suite... Tout cela se fait sans trop de cris mais avec quelques larmes, sans que l'on assiste à une montée véritable de l'histoire qui surfe dans une sorte de je t'aime/je t'aime moins un peu mou. C'est assez répétitif, on comprend très vite les enjeux de chacun. On commence à se fiche de leurs problèmes, on en vient à se demander ce qu'ils font ensemble pour finir par guetter le moment où ils vont enfin se coucher pour qu'on en termine. Quand, ouf,  ils pénètrent dans la chambre, on se dit qu'on tient le bon bout...mais non... On pourrait se raccrocher au jeu des acteurs, Zendaya et John David Washington, qui font bien leur boulot, mais comme ils n'ont aucunement le charisme d'un Richard Burton ou d'une Elizabeth Taylor, on a du mal à être scotché à l'écran. 
Encore une belle opération marketing pour Netflix, bien de son époque : une belle image pour une coquille pas vraiment pleine, pour ne pas dire presque vide. Clinquant quand tu nous tiens.... Cela laisse quand même augurer des jours sombres si désormais le cinéma ne sera plus produit que par des plateformes de streaming... 





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