vendredi 26 février 2021

Avant elle de Johanna Krawczyk


 Pour son premier roman, Johanna Krawcyk fait feu de tout bois avec un récit plein comme un oeuf. On sent que son métier de scénariste a fonctionné à plein pour ne jamais laisser son lecteur en plan, lui offrant une histoire aux multiples thèmes et aux très nombreux rebondissements. Trop peut être...

Sans rien divulgacher de cette intrigue aux lourds secrets de famille et qui ausculte les stigmates laissés par la junte militaire en Argentine à la fin des années 70, disons que le livre débute façon Kouign Amann auquel on aurait doublé la dose de beurre. Nous avons une héroïne, intello mais sortant de l'HP, au bord de sombrer dans la folie totale alors qu'elle a un bébé de 20 mois ( qui ne fait pas ses nuits et qui est arrivé un peu par hasard suite à un déni de grossesse), portée sur la vodka et autres alcools forts et dont le mari va, bien sûr, la quitter. Cette pauvre malheureuse va se retrouver en possession de 5 carnets écrits par son défunt père ( mort au moment de la naissance de sa fille) dans lesquels il raconte sa vie. Démarre alors le récit de la vie du géniteur, dont l'enfance pourrait être le scénario tarabiscoté d'une série en douze épisodes. Rassurez-vous ce n'est que le premier tiers du livre ( en gros 50 pages ....). Si le gros gros romanesque échevelé vous agace, persistez un peu toutefois, car la suite, même puisant certains rebondissements hasardeux dans ce début, aura une autre tenue. 

Il est certain que l'évocation par la suite de la sinistre dictature militaire du senor Videla donne un ton beaucoup plus dramatique et vraiment imparable dès lors que le roman se penche sur cette bestialité qui s'empare des hommes révélant leur côté le plus inhumain ( attention passages pouvant heurter les âmes sensibles). Bien sûr on n'échappera pas encore à quelques grosses ficelles narratives et même si l'on sent venir le dénouement avec ses gros sabots, on ne peut rester insensible à ce rappel historique, pas si lointain, de ce que furent ces années noires en Argentine. 

"Avant elle" défie un peu la critique. On peut être totalement subjugué par le terrible thème proposé, voire l'habile construction de ce récit et passer outre cette cohorte de rebondissements et de liens un peu tirés par les cheveux. Toutefois, le roman aurait gagné à traiter de façon moins superficielle cette folie sanguinaire, cette ultra violence qui s'empare des hommes et qui ne peut que laisser des séquelles même sur plusieurs générations. Tel quel, le roman, qui file à cent à l'heure, fait plus penser au scénario d'un futur long-métrage qu'à un roman puissant et profond. Dommage, mais mérite le coup d'oeil. 

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