lundi 1 mars 2021

Un enterrement et quatre saisons de Nathalie Prince


 

Inutile de le cacher, il est ici question du travail de deuil après la mort d'un mari fort aimé. Mais ne fuyez pas tout de suite, ce témoignage ( non, ce n'est pas un roman) ne se vautre pas dans le pathos. La question du comment vivre après la disparition d'un grand amour, avance par des observations, des détails de la vie de tous les jours que beaucoup trouveraient un poil triviales mais qui, ici, forment un ensemble très vivant car Nathalie Prince ne manque pas d'humour. L'ouvrage est composé de chroniques variées, écrites au fil des quatre saisons suivant le décès de Christophe Prince. L'ensemble, assez disparate, fait passer le lecteur du chaud au froid, des larmes au rire voire à ... l'agacement. 

Le chaud est bien évidemment, l'amour que porte l'auteure à son défunt mari, amour qui vit toujours en elle mais qui ne l'empêche pas de continuer courageusement sa route, comme si c'était un carburant inépuisable. Les larmes, c'est surtout le premier chapitre, très joliment écrit, avec un côté mystérieux, qui se dévoile peu à peu pour dire en quelques phrases très justes l'amour et la mort mêlés une dernière fois. 

L'humour, c'est ce regard que porte Nathalie Prince notamment sur ses obligations de l'après. La préparation de la messe d'enterrement avec un couple de laïques nimbés d'évangiles est un régal, les courriers avec la mairie de son lieu d'habitation concernant la tombe un peu originale ( et son regard sur les cimetières) sont une friandise qu'on déguste. Cependant, plus loin, on sera assez gêné par la cruauté assez gratuite des portraits de fonctionnaires qu'elle croise et à qui elle invente des vies vraiment minables, alors qu'elle, en intello prof, elle a une vie pleine de culture ( qui s'étale un peu dans le livre) , d'enfants formidables et d'un parcours enviable. Je reconnais que toute personne ayant une fois dans sa vie surfé sur le portail ANTS pour vendre une voiture, peut éprouver de la haine pour ce système kafkaïen mis en place par les informaticiens de Bercy, mais pourquoi autant de haine envers les quelques fonctionnaires de préfecture ou des impôts ayant réchappé aux réductions d'effectifs qui, hélas, n'y peuvent rien ? Même mépris ( de classe ?) pour une psy, un greffier, une prof ( une collègue donc), voire une copine de longue date, le deuil aveugle parfois ou rend mauvais ( ou alors je n'ai pas saisi l'humour). 

On peut s'interroger si cet agacement n'est pas induit à la lecture à cause des prénoms des enfants ( de l'auteur ou de ceux qu'ils fréquentent). Je  ne sais si ce sont les vrais prénoms ou s'ils ont été choisis en hommage aux sketches de Sylvie Joly ( "La bourgeoise" avec ses enfants "détendus, intelligents et équilibrés" ) ou de Florence Foresti ( "La maman zen"), mais on sourit en croisant Ambroise, Armance, Adélie, Anselme et Marie-Capucine, très connotés "bobos" et qui, finalement, vont bien avec ce regard un peu hautain décrit plus haut. 

Le livre, composé donc de chroniques que l'on peut qualifier d'honnêtes, une qualité de nos jours, se lit finalement sans déplaisir (libre au lecteur d'apprécier ou pas certaines saillies, mais au moins Nathalie Prince ose.), car si"Un enterrement et quatre saisons", moins nombriliste qu'il n'y paraît et vraiment stimulant, est un témoignage vif sur le travail de deuil, il restera surtout comme le portrait en creux d'une certaine bourgeoisie intellectuelle, montrée ici sans fard et sans complexe. 


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