mercredi 10 février 2021

Le Dit du Vivant de Denis Drummond


 Denis Drummond a beaucoup de choses à partager, autant par ses connaissances multiples dans une foultitude de domaines que dans sa vision de notre monde et de son avenir. Ce roman en est la parfaite illustration puisque se trouveront mêlés dans le récit, des recherches archéologiques qui bousculeront tous les savoirs scientifiques connus, le Japon et son art du théâtre Nô et de ses estampes, l'autisme, l'ADN, le décryptage du génome, le réchauffement climatique, la raréfaction de l'eau douce, une civilisation inconnue et apparue étrangement treize millions d'années avant nous, des virus, des semences modifiées et un raton laveur ( heu non, pas lui...). 

Pour mettre en récit tout cela, comme le texte n'est pas exempt de quelques moments scientifiques parfois un peu raides, l'auteur divise tout cela en 6 parties, comme une séquence d'ADN ( merci la 4ème de couverture). Chaque partie est elle même subdivisée en 5 autres parties aux voix identiques :  le narrateur avec le récit proprement dit, le journal de son héroïne... enfin héroïne est un bien grand mot, personnage principal...et encore..., des chroniques, lettres ou articles de presse, le récit du fils de la presque héroïne et pour finir celui d'un "être Vivant", voix venue du fond des âges puisque parlant d'il y a plus de treize millions d'années. Aussi bizarre que cela puisse paraître cette construction allège sérieusement cette histoire, rendant le propos plus vivant et moins plombant, car ici, c'est du lourd que l'on nous propose. Un peu de dystopie, un soupçon de science-fiction, du mystère aussi, permettent à ce récit d'aborder tous les grands sujets du monde, aussi bien politiques, scientifiques, religieux, écologiques, humains. Le lecteur trouvera de quoi alimenter sa réflexion, réfléchir à sa place dans l'univers, à ses origines et à la direction qu'il prend...ou pourrait prendre. Il sera titillé par cette découverte plus qu'étrange de ce groupement humain qui n'avait rien à faire là où il est apparu mais qui nous laissera des solutions pour notre futur. Entre raisonnements, explications, historiques divers et variés, le roman peut apparaître indigeste comme peut l'être une encyclopédie lue de la première à la dernière ligne ( en même temps qui lit des encyclopédies de nos jours?). 
Pour sortir de son côté un peu démonstratif, alléger l'ensemble, Denis Drummond place des personnages mais ils font pâle figure à côté de ce qu'ils vivent, pas très aidés par une caractérisation sommaire. Ah ces japonais si empreints de contemplation et si passionnés par l'art du geste, et calmes, et gentils ! Ah cette mère aimante  et passionnée ! Oh cet autiste qui va s'en sortir grâce, en partie, à cette éducatrice canadienne ! Oups, par contre, je ne dirai rien du bilan carbone du personnage principal ( ou presque) qui vit en Australie, consulte au Canada où elle a quand même placé son fils qu'elle aime tant, tout en travaillant au Pérou puis au Japon ! Tout ce petit monde sert plus de décoration à l'intrigue touffue mais aussi de relais aux propos scientifiques tout en y apportant l'aspect symbolique que ce genre d'histoire engendre inévitablement. 
Roman hybride et surprenant, "Le Dit du Vivant" accroche malgré quelques ficelles romanesques mais surtout en impose par cette envie de faire réfléchir son lecteur sur notre humanité. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

L'Affaire collective d'Alexander Nanau

 Il y a des films qui prennent le spectateur aux tripes pour lui faire ressentir ce qu'il peut avoir de meilleur en lui, lui ouvrir les ...