jeudi 15 septembre 2016

Victoria de Justine Triet


Depuis sa présentation en ouverture de la semaine de la critique à Cannes, "Victoria", le second film de Justine Triet a reçu un accueil critique absolument délirant. Nous avons eu droit à tous les superlatifs d'une critique énamourée, qui semblait découvrir entre un film neurasthénique polonais et un long-métrage philippin sur l'enfer de la drogue, qu'il existait des films dits d'auteurs mais en version comédie ! La belle aubaine ! Voilà une occasion de montrer sans doute que l'on aime rire et s'amuser dans ce cénacle de bon goût. Et chance pour Virginie Efira, échappée de comédies plus commerciales et populaires, elle se trouvait d'un coup de baguette magique promue actrice incontournable  (avec pour appui, sa petite apparition dans le dernier Verhoeven où pourtant, elle jouait les utilités). Le rouleau compresseur de la promotion n'a pas lâché le morceau une seule journée depuis mai dernier. Virginie Efira a fait toutes les télés, donné des interviews à toute la presse même la plus confidentielle et "Victoria" est donc devenu le film incontournable de cette rentrée. Difficile avec cette promo d'enfer de découvrir le film sereinement.
Et j'ai vu l'oeuvre....
Nous sommes à cent coudées au-dessus de "La bataille de Solférino", premier film qui avait quelques qualités et qui apparaît comme le brouillon de "Victoria", puisqu'abordant peu ou prou le même sujet : la femme parisienne débordée. Là où dans son précédent opus, Justine Triet filmait caméra à l'épaule des comédiens bien dirigés mais dans des scènes sentant l'impro, elle oppose cette fois-ci une image en scope, des plans soignés, des dialogues (très) bien écrits, et enlève le côté naturaliste pour du loufoque assumé. Elle n'a gardé au final que l'appartement craspougne et bordélique de l'héroïne où s'ennuient deux enfants un peu laissés pour compte.
Fini donc le cinéma un peu fauché et bienvenue dans une gamme nettement plus clinquante, la comédie non formatée, aux allures de film d'auteur et dotée d'un impeccable casting. C'est sans doute ce dernier qui fait la différence .... Car en plus d'aborder les thèmes sociétaux à la mode ( le burn out, le sexe facile, la solitude contemporaine, et j'en passe), le film est, c'est vrai, tiré vers le haut par Virginie Efira, qui, COMME d'HABITUDE, est parfaite ! ( Les critiques, pas très curieux et n'osant surtout pas s'aventurer dans le cinéma populaire, semblent la découvrir ...).
Cependant, attention, ce n'est tout de même pas la comédie du siècle ni peut être de l'année, plutôt une comédie dramatique, pétillante, très très bien interprétée qui, malgré son scénario extravagant, ne joue pas ni le gag hilarant, ni le rire à tout prix. On passe un moment agréable, on sourit ou rit parfois, on admire une comédienne épatante très bien entourée et l'on regarde s'exciter des personnages qui sont un peu nous quelque part. J'ai bien peur que la palanquée de compliments déployée partout ne nuise un peu au film, donnant trop d'espoir à un public qui risque d'être pris à revers par un fond un tantinet dépressif. Mais, c'est sans doute cette ambivalence qui fait, en plus de l'actrice principale, tout le charme d'un film bien moins léger qu'on le prétend, miroir pas si déformant de nos vies urbaines.
PS : pour vous éviter de perdre votre temps en recherche et comme il m'a été difficile de repérer le titre de la chanson qui accompagne le dernier plan du film dans la longue liste des morceaux utilisés dans la bande originale, le voici c'est cadeau, (merci ! merci!)...
"Without her" de Harry Nilsson (1967)




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