dimanche 16 juin 2019

Carnets clandestins de Nicolas Giacobone


Nicolas Giacobone a collaboré plusieurs fois avec le réalisateur mexicain Gonzalès Inarritu en tant que scénariste notamment ( hélas pas dans "Le revenant"). Son premier roman suscite une certaine curiosité car plaçant deux personnages leur ressemblant peut être, dans une situation qui peut apparaître comme singulière. Santiago Salvatierra ( Inarritu? ) considéré comme le metteur en scène de cinéma le plus talentueux d'Amérique du sud enferme un certain Pablo Betances ( Giacobone?) dans la cave de sa villa perdue au fin fond de l'Argentine dans le but de lui faire écrire le scénario de ce qui devra être un chef d'oeuvre du cinéma mondial. Cette étrange collaboration durera de nombreuses années...
Publié chez Sonatine, ce roman n'est pas un thriller malgré cette cave, utilisée par de nombreux auteurs du genre ( Jonquet, Lemaître, Walters, ...) voire ce thème de l'écriture qui peut évoquer "Misery" de Stephen King. Ce ( presque) huis-clos, composé de carnets écrits en cachette ( d'où le titre) explore autant le travail d'écriture, les influences des maîtres de la littérature que les aléas d'une vie enfermée. Si l'on perçoit une certaine folie gagner l'esprit de ce pauvre Pablo face à la tâche obligatoire de fournir des scènes magnifiques au sein d'un scénario dont aura décortiqué les moindres rouages, on ne peut dire qu'une énorme tension règne. Les évocations de James Joyce, d'Aristote, des Beatles, de Borges ou du film "Amadeus" , si elles aident le narrateur à survivre, mettent surtout le suspens à distance, et placent ce roman ailleurs, comme si, l'auteur voulait lui aussi faire un roman qui bouleverserait le monde de la littérature. 
Les amateurs de polar, qui auront trouvé l'ouvrage au rayon polar, éditeur oblige, seront vite décontenancés. Peut être seront-ils intéressés par la direction originale que prend le roman, tant dans sa forme d'écriture de moins en moins conventionnelle au fil des pages que par son propos aux multiples entrées ( critique du milieu du cinéma, des fausses valeurs du 7ème art comme d'une société moderne, et au-delà, réflexion autour de la création, du talent, du pouvoir). Pas certain. Il faut quasiment faire le deuil d'une intrigue laissée au deuxième plan au profit d'un propos, assez virtuose,  jouant avec la narration, la mise en page et la psychologie d'un narrateur déroutant. Et même si Nicolas Giacobone parvient dans la dernière partie à insuffler un certain mystère, cette envie d'originalité et de profondeur dans une intrigue présentée comme à suspens, dilue son propos, le lecteur se trouvant pris le cul entre deux chaises : l'essai littéraire ou le polar. Aucun des deux ne fonctionnant vraiment, il ne reste que l'originalité qui peut engendrer une certaine curiosité ou au pire, un succès snobinard. 

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