lundi 17 juin 2019

Cher corps de Léa Bordier


La génération You Tube a encore frappé. Non contente de tailler des croupières aux sitcoms formatées de la télévision, de proposer une travail critique plus original ( dans la forme ), la voilà qui s'attaque à la bande dessinée.
Jusqu'à présent, ce sont surtout les blogueur-gueuses qui avaient réussi à percer dans ce secteur ( Pénélope Bagieu en tête), mais le succès de certaines chaînes YouTube donnent des ambitions. Ainsi, Léa Bordier, à la tête de petites vidéos millionnaires en vues, bien conçues et tournant autour de femmes parlant de leur corps, prolonge son activité en adaptant certains témoignages en bande dessinée. Douze femmes d'âges divers répondent à une unique question : " Comment définirais-tu ton rapport au corps, aujourd'hui? ". Douze dessinatrices se sont attablées pour mettre en images leurs propos. Douze histoires, douze graphismes différents, douze points de vue pour douze sensations parlantes dont le but sera le partage d'expériences, douze récits pudiques et sincères.
Les thèmes abordés ne sont pas tous d'une folle originalité, parce que labourés depuis un certain temps dans les médias ( même si la vestibulodynie, 1 femme sur 10 touchée par cette hyper-inflammation des tissus à l'entrée du vagin, n'a pas bénéficié de hauts-parleurs comme pour l'endométriose), cependant leur réunion possède une force militante et surtout aidante pour toutes celles qui doutent, souffrent dans leur coin. Le plus de cette compilation dessinée reste la richesse et la variété des illustrations, ces façons personnelles, sincères et vraiment inspirées qu'ont eu les auteures de s'emparer de ces histoires, offrant à certaines, plus communes, un véritable lustre artistique.
" Cher corps" ne s'adresse pas qu'aux femmes ( et surtout aux jeunes filles, jeunes femmes, celles qui sont en proie aux doutes et aux silences dans une société qui n'aime qu'à montrer des corps amaigris, soi-disant épanouis), les hommes y trouveront aussi de quoi enrichir leur regard face à l'autre sexe. Et l'on se prend à rêver du même ouvrage face au corps masculin, qui lui aussi peut générer  doutes, peurs et angoisses chez son propriétaire. Mais autant les femmes ont su s'emparer de leur corps, le mettre en paroles sur la place publique, autant les hommes continuent de le taire sauf pour glorifier une pseudo virilité souvent bien factice.



1 commentaire:

  1. Soyons "culottées" d'espérer que comme pour les Bagieu, plusieurs tomes naissent à la suite de celui là!

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