mardi 18 juin 2019

Dîner à Montréal de Philippe Besson


A peine plus de quatre mois après "Un certain Paul Darrigrand", voici déjà la suite, confirmant le filon autobiographique pris par Philippe Besson. Ne frise-t-on pas l'overdose? L'auteur a-t-il besoin d'argent ? A-t-on vraiment envie de retrouver Paul Darrigrand ? Questions légitimes qui peuvent freiner certains lecteurs ... mais qui s'effacent dès les premières pages lues. 
Pas besoin de connaître l'épisode précédent, on plonge sans problème dans l'histoire. 18 ans après une intense liaison , au hasard d'une dédicace au Canada, Paul et Philippe se revoient. Ce dernier propose un dîner au restaurant. Et nous voilà très vite à table avec les deux anciens amants, accompagnés, qui de son épouse Isabelle pour Paul, qui de son nouvel jeune amant pour Philippe, chacun connaissant parfaitement les liens qui les réunissent ce soir là. 
Relater ce repas aurait pu apparaître convenu, lourdingue, théâtral ou redondant mais devient sous la plume vraiment habile de Philippe Besson passionnant. En premier plan se dresse bien sûr l'intrigue amoureuse entre les deux hommes, dont l'ancienne relation et la rupture brutale qui l'a achevée, a laissé quelques cicatrices pas complètement refermées, ravivées avec ce presque face à face. Sous le regard d'une épouse loin d'être dupe et d'un jeune amant tout aussi attentif, le repas alterne des moments de civilité ordinaire que l'interprétation des gestes, des mots, des regards par le narrateur Philippe sort de son apparente banalité et de climax fiévreux, joutes oratoires à quatre mais surtout à deux ( merci les fumeurs!) qui chercheront à s'emparer coûte que coûte de la vérité d'un attachement soigneusement enfoui. Une spéléologie du sentiment amoureux intense! 
Mais d'autres strates donnent à ce roman un supplément d'âme. On y trouve, en creux, une analyse sociologique aiguë d'un repas mettant en scène une sorte de bourgeoisie contemporaine, ou les us et les coutumes sont décortiqués sans concession. 
Et puis, enfoui dans tout cela, il y a le doute qui prend le lecteur, doute insidieusement entretenu par l'auteur qui joue avec nous. Cette veine autobiographique qu'égrène Philippe Besson depuis quelques livres semble dévoiler des pans de sa vie autant que les coulisses de la fabrication de ses romans. De prime abord réservés à ses fidèles lecteurs, ces annotations, par ailleurs pertinentes même pour quelqu'un qui ne l'a jamais lu, finissent par intriguer. Certes elles se réfèrent à des éléments bien réels, existants, mais sont subrepticement accompagnées de remarques autour de l'invention romanesque et de l'énorme capacité à mentir qui habite Philippe Besson ( c'est même le titre d'un de ces ouvrages). Et donc, le doute naît. Et si Paul Darrigrand ( ou son original ) n'avait jamais existé ? Et si Philippe Besson n'arrêtait pas de jouer avec le faux et le vrai pour mieux nous raconter des histoires ? C'est le propre du romancier non ? Et si cet aspect apparemment sincère n'était que pur imaginaire ? Il est agréable d'entretenir ce petit mystère qu'il arrive à faire courir entre ses lignes, rendant le roman encore plus fascinant. 
Quoiqu'il en soit, on retrouve le Philippe Besson des grands jours,  talentueux conteur qui nous livre cette petite musique délicate de phrases simples mais profondes. S'inviter à son "Dîner à Montréal" est un réel plaisir. Et comme tout bon roman, il nous tient jusqu'au bout, concluant magnifiquement  par un petit SMS tout simple qui nous bouleverse. Du grand art ! 

2 commentaires:

  1. J'ai bien envie de retrouver le grand Besson!

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  2. tellement d'accord avec toi,le charme opère une fois de plus.
    je partage tes doutes quant à la sincérité. Ne serait-on pas entrain de se faire balader depuis 3 opus?
    Pop'corn !

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