dimanche 30 juin 2019

Si loin, si proches de Françoise Bourdin


Dans le monde de la littérature romanesque française grand public, apparaissent ces dernières années de nouvelles pousses ( Martin-Lugan, Grimaldi, Valognes, Colombani, ...) dont la qualité littéraire est inversement proportionnelle à leurs tirages, repoussant sur le bas-côté des plus anciennes ( Pancol, Ledig, Boissard, ...) qui n'avaient pourtant pas démérité. Résistant au tourbillon de ce renouvellement naturel, Françoise Bourdin continue à rester un des auteurs français les plus vendus. Aurait-elle un secret que ces malheureuses consoeurs ne possèdent pas ? "Si loin, si proches", son nouveau roman nous en révèle peut-être la teneur. 
Sous une couverture animalière ( bien vu ! à l'époque de la disparition d'espèces animales), au joli design bleuté, se cache en fait la suite de "Gran Paradiso" précédent ouvrage ( qui sort opportunément en poche avec force affichage dans les gares). Pas de panique, cette deuxième partie se lit de façon tout à fait autonome. En très bonne professionnelle, Françoise Bourdin nous plonge sans faillir au coeur de son intrigue située dans une réserve animalière jurassienne. On rencontre Lorenzo, le créateur de ce que l'on n'appelle plus zoo, italien d'origine, beau cela va sans dire, trentenaire ( là où animalité et séduction sont au zénith) et...célibataire! On sent la proie à donzelles... qui sont assez absentes du domaine puisqu'on n'y trouve qu'une future cheffe des soigneurs... mariée. Il y a bien Julia, sa vétérinaire, connue et aimée lors de leurs études communes, mais dont les amours ont été enterrées faute aux incessants voyages de Lorenzo à travers le monde. Cependant, si l'on y regarde de plus près, ces deux là, rêvent de remettre le couvert. Mais leurs caractères taiseux et un poil orgueilleux, les contraint au silence, chacun se morfondant dans sa chambrette après le coucher des lions et autres guépards. Et ce n'est pas ce soudain voyage du beau mâle dans une réserve africaine qui va resserrer les liens, surtout que là-bas, une splendide métisse rêve de goûter aux délices sensuels qu'exhale Lorenzo...
Cette intrigue assez banale n'empêche pas le lecteur, quel qu'il soit, de tourner les pages. Certes nous sommes dans un romanesque conventionnel, mais là où ses jeunes consoeurs se contentent d'aligner banalités psychologiques, dialogues pseudo drôles et intrigues ultra-formatées qui ne sortent jamais du rail bien tracé, Françoise Bourdin, avec un réel talent de conteuse, multiplie les petites histoires autour des animaux, nous fait voyager au Kenya, introduit une possible maîtresse métisse, un personnage gay, un discours écolo ( bon, disons de défense des réserves animalières sensées protéger la diversité des espèces animales) et des rapports humains un peu moins caricaturaux ( sans aller jusqu'au complexe toutefois). Soixantenaire peut être, mais vraiment dans son époque ( pas dans un réel neuneu comme ses jeunes consoeurs) et surtout ayant une plume simple mais habile, imagée et sans faille, on peut dire que l'auteure de "Si loin, si proches" renvoie au vestiaire sa jeune concurrence ( on pourrait dire au lycée puisqu'elles ont toutes une écriture de collégiennes). Bien sûr, le dernier tiers du roman emprunte le chemin très balisé du happy end qui renvoie son roman dans le bac romanesque pour dame, comme s'il fallait  à tout prix rassurer ou conforter son lectorat. Dommage car, il y avait matière à ébouriffer un peu tout ça, notamment avec le personnage de la jeune métisse...  

1 commentaire:

  1. Bonsoir Pierre, j'ai moins de scrupule à acheter du Françoise Bourdon ou du Françoise Bourdin que les jeunettes que tu cites. Bourdon et Bourdin ont un succès continu auprès de mes collègues qui fréquentes la bibiliothèque loisir dont je m'occupe. Bonne soirée.

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