lundi 3 juin 2019

Le zoo de Rome de Pascal Janovjak



Une promenade au zoo ça vous dit encore à l'époque où le regard sur les animaux enfermés change radicalement ? Non ? Pas attiré par ces flamants roses attrayants placés juste à l'entrée pour leur couleur aussi apaisante qu'attirante ( et aux ailes coupées pour ne pas qu'ils s'envolent ...mais chut, cela ne se dit pas) ? On peut comprendre. Mais par contre, une certitude, la splendide couverture de ce roman de Pascal Janovjak doit vous inciter à découvrir ce qu'elle cache : un récit qu'on ne lâche pas !
Le roman fait un va-et-vient entre l'historique de ce zoo que tout touriste zappe allègrement tellement obnubilé par les fontaines, piazzas diverses et papauté enrobée, et un dernier rebondissement dans son existence chaotique, fable contemporaine placée à la fin des années 2000. Ou comment une variété de tamanoir en voie d'extinction va enflammer la foule, les réseaux sociaux et même Salman Rushdie ! 
Evitant avec talent tout didactisme, mais distillant au fil d'une narration enjouée et fleurant bon l'humour, la partie que l'on peut appeler "historique" passionne autant qu'elle informe. Bourrée d'anecdotes, sans doute vraies ( vérifier sur Wikipédia reste impossible, la fiche sur le zoo de Rome brille par sa concision, on ne pourra donc pas accuser cet auteur de copier l'encyclopédie en ligne comme tant d'autres!) , on se laisse entraîner dans ce décor diablement romanesque qui vit au gré des aléas de l'histoire, des guerres, des politiques, des modes et des idées. En filigrane, on ressent bien combien en plus d'un siècle notre regard a pu évoluer, et continue de changer face à ces animaux encagés. 
La partie contemporaine qui alterne avec ce passé que rien n'efface vraiment,  réussit l'amalgame d'une fable sociologique plutôt drolatique avec une histoire d'amour dont un des protagonistes, personnage mystérieux et attachant ( un poil modianesque), donne au récit une empreinte à la saveur nostalgique d'un très bel effet. 
Pascal Janovjak nous prouve qu'habiter Rome permet vraiment de trouver l'inspiration ( Ah! la villa Médicis!). Mettre en avant ce zoo qui n'a jamais brillé dans le firmament des parcs animaliers européens, peut passer pour une prouesse tellement le sujet apparaît peu vendeur. Mais dès que le lecteur se plonge dans les pages que couvre ce magnifique flamant rose, il est happé, non pas par un tigre affamé parce qu'imprudemment il a voulu passer une main pour le caresser, mais par les récits hautement romanesques d'un auteur à la plume aussi habile qu'inspirée. Un régal pour lire cet été !


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