samedi 7 décembre 2019

It must be heaven de Elia Suleiman


Drôle de guerre

" It must be heaven",  film produit par une floppée de pays ( Qatar, Allemagne, Turquie, Canada, Palestine et, bien entendu, la France ) n'en demeure pas moins un film palestinien de part la nationalité de son réalisateur Elia Suleiman. Par contre, son regard si singulier, son sens de l'absurde ne sont peut être pas issus de quelques poétiques locales mais sans doute d'un esprit original qui confine à l'universel. 
C'est vrai que lorsque l'on parle de Palestine, on pense conflit, pays en guerre, comme le dit d'ailleurs un producteur rencontré au cours du film par le héros qui n'est autre que le réalisateur. Comme le scénario proposé n'est pas assez ancré dans cette réalité guerrière, il le refuse : pas assez vendeur !
Pourtant, sans l'ombre d'une violence ( sauf sous-jacente), avec une poésie infinie proche de l'absurde parfois, le film au final ne parle que de ça....de la guerre... En Palestine sous les traits d'un supposé voisin qui envahit le jardin du réalisateur... alors que si les militaires font leur boulot, c'est avec des envies autrement plus futiles. Puis, ailleurs, à Paris, musée dépeuplé mais envahi d'engins militaires ou de personnes en uniformes, on défile de façon martiale que ce soit sur les Champs Elysées ou sur les podiums de la fashion-week. Même dans des lieux plus calmes comme le jardin du Luxembourg, les chaises mises à disposition pourraient bien finir par devenir des prétextes de conflit. Ne parlons pas de New-York et de sa population armée et de ses policiers traquant un ange... 
Mais ce qui fait la force du film et sa très grande originalité, c'est sa mise en scène à nulle autre pareille. Elia Suleiman compose à l'écran un promeneur solitaire et observateur du monde. Il occupe  le centre de l'écran, dans une image au cadre précis et géométrique. Clown chapeauté aux mimiques minimes, il nous donne à regarder comme rarement. On se laisse aller à sa poésie, à sa drôlerie tendre mais non exempte d'une cruauté que l'on pourrait étrangement qualifier de douce. Son cinéma prend le temps de l'observation, surprend à chaque scène, impose ludiquement la réflexion, bien mieux que mille exposés ardus, prouve que parfois la guerre inspire la poésie. Et quand il revient chez lui, à Nazareth, face à cette jeunesse qui danse, est-ce de l'insouciance, un avenir auquel on peut espérer ou une façon d'évacuer la guerre ? On reste sur cette interrogation. 
Par contre, s'il y a une interrogation que l'on n'aura pas, c'est certainement celle que l'on tient là le film le plus doux, le plus original, le plus réussi de ce mois et qu'il est indispensable de voir. Quel plaisir de rencontrer un  créateur original, accessible ! 
PS : Pourquoi avoir gardé le titre en anglais ? C'était joli aussi en français : " Ca doit être le paradis"...






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