samedi 21 décembre 2019

The Lighthouse de Robert Eggers


On dit le cinéma américain, même l'indépendant, totalement formaté...pourtant, il existe une zone peuplée d'irréductibles réalisateurs qui résistent encore et toujours à l'uniformité. Cet espace de production se repère sous le sigle A24. Il regroupe quelques cinéastes qui proposent des longs-métrages assez barrés, ayant souvent bien assimilés les codes de l'horreur ou du fantastique pour mieux les détourner et les intégrer dans des fictions franchement originales. Ils se nomment Davis Robert Mitchell ( "Its Follows", "Under the Silver Lake"), Ari Aster ( et sa formidable deuxième proposition "Midsommar") ou Robert Eggers dont le second film, "The Lighthouse"  sort cette semaine sur les écrans. 
Sans doute plus hermétique que les numéros deux des ses confrères cités plus hauts, " The Lighthouse" n'en reste pas moins l'objet cinématographique le plus original que l'on puisse voir en ce moment. Dans un noir et blanc rappelant le naturalisme allemand d'un Murnau, à la fois sombre et charbonneux et dans un petit format coinçant, étouffant, les personnages comme dans un piège, le film, dont l'histoire se résume à l'affrontement de deux hommes alcoolisés bloqués dans un phare en pleine tempête, explore les zones d'ombres de cerveaux  qui sombrent dans la folie. Le récit essaie de jouer la carte du trouble, autant sexuel ( le phare comme symbole phallique, Robert Pattinson comme objet sensuel) que  scénaristique ( on se sait jamais trop si c'est un rêve, une réalité, les sensations déformées des personnages). Evidemment, on peut se sentir perdu, laissé au creux des rochers ( inconfortables car balayés par les assauts d'une terrible tempête), crispé par une bande musicale entre grincements et sirènes de bateau ou terrassé d'ennui par cet ouragan de symboles, de folie furieuse, de violence verbale ou physique mais le film possède deux atouts majeurs qui le sortent du lot. Les performances des deux acteurs sont impressionnantes, surtout celle de Robert Pattinson, incroyablement dément, perdu, bouillonnant d'une colère rentrée mais aussi la mise en scène, en images, nous offre des plans d'une beauté saisissante, transformant la violence ambiante en des tableaux à la poésie noire et dérangeante. Ne manquez pas, à la toute fin, deux plans sidérants de Bob Pattinson : l'un n'a rien à envier au "Cri" de Munch et l'autre que l'on pourrait appeler " Nu aux mouettes" ... Je dis "ne manquez pas", car, il faut l'avouer, ce séjour dans ce phare n'est ni une partie de plaisir, ni complètement réussi, ni totalement passionnant d'un point de vue narratif et peut engendrer l'ennui voire le sommeil ( oui, oui, malgré la fureur étalée à l'écran). Il faut juste le considérer comme l'oeuvre d'un artiste contemporain, aux visions particulières, qui réussit à créer un univers un peu hermétique à la beauté étrange mais qui offre des moments qui s'impriment à jamais dans le cerveau du spectateur. Et rien que pour ça, l'expérience peut se tenter. 




1 commentaire:

  1. Curieuse de voir ce film.
    Et étonnée de plus en plus des performances de Pattinson qui devient un acteur avec une belle palette de jeux.
    Merci pour ton avis.
    Bon weekend

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