dimanche 29 décembre 2019

La vérité de Hirokazu Kore-Eda


On imagine sans mal que cette coproduction franco-nippone relève plus d'un deal entre producteurs que de l'oeuvre mûrement réfléchie. Un palmé de Cannes, deux stars françaises quasi internationales ( trois, si on ajoute Ethan Hawke) et voilà un film bankable ! Grâce à Juliette Binoche, qui a beaucoup donné pour la promo, on sait que Hirokazu Kore-Eda ne parle pas français et que tout le monde a été dirigé en recourant aux services d'un(e) interprète ( et peut être en anglais). Comme le film fut tourné dans  la langue de Molière, on peut penser que le réalisateur possède une oreille ultra sensible...
Le résultat n'est sans doute pas du même niveau que les précédents longs-métrages du maître japonais, mais possède une petite musique personnelle qui peut plaire. Son premier atout, indubitablement, est l'interprétation de Catherine Deneuve. Dans ce film automnal ( et peut être accentué par la récente maladie de l'actrice), la fiction créée à partir de la vie d'une comédienne  japonaise semble vraiment taillé pour elle, voire par elle tellement tout sonne vrai dans sa bouche, dans ses gestes, sa démarche. Là, Kore-Eda joue subtilement avec le spectateur tout comme avec l'image de la star. C'est un drôle de jeu de la vérité où le possible, le faux, le vrai se mêlent avec malice. Rien que pour ce portrait et Deneuve, le film mérite d'être vu. Face à elle, Juliette Binoche est très bien comme d'habitude, malgré un traitement plus terne de son personnage, Ethan Hawke est là... pour ...on ne sait pas bien pourquoi car il joue les potiches. Les seconds rôles sont attachants ( Alain Libolt surtout mais aussi Manon Clavel dont la voix grave pourrait faire fureur très vite) et donnent un peu de punch à un film un poil anémique, desservi par un scénario dont le thème  rappelle " Sonate d'automne "  de Bergman ....mais sans la violence. Ici, mère et fille se lancent des vacheries sur un mode très feutré, y répondent avec le sourire et sans s'énerver une seconde.  Très nippon sans doute, reposant par rapport à un cinéma qui mise souvent sur la violence mais qui déroute un peu. Autre petit reproche. Kore-Eda, sans doute bien occupé par son écoute attentive de nos deux stars féminines ( qui ont dû y mettre beaucoup de leur talent), a oublié de peaufiner sa réalisation qui ne brille pas beaucoup, passant parfois pour un petit film de télévision.
Au final, le film restera pour la performance d'une Catherine Deneuve que l'on n'avait pas vu aussi impeccable depuis longtemps ( ok elle est plus facilement crédible que quand elle joue un juge pour enfant ou une ouvrière)  jouant, gourmande,  avec son image. Sinon, pas grand chose de nouveau dans cette coproduction...






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Le discours de Laurent Tirard

 Maintenant que la jauge des cinémas est à 65 %, commencent à sortir les comédies françaises à potentiel, c'est à dire celles qui ont de...