lundi 16 décembre 2019

L'oeil du paon de Lilia Hassaine


La rentrée "Premier roman" de chez Gallimard, après le moyennement réussi Joffrine Donnadieu, persiste dans les récits bancals.
"L'oeil du paon", de la désormais chroniqueuse médiatique de l'émission "Quotidien", ne manque pourtant pas d'ambitions. Débutant dans une île de l'Adriatique, avec un père, Adonis, une fille, Héra et Titus, un paon, il lorgne vers la mythologie grecque et se dirige vers la tragédie, puisque le paon meurt dès les premières pages. Mais nous sommes au 21 ème siècle et Héra sera envoyée par son père découvrir le monde à Paris. Le récit initiatique s'engage... deuxième ambition, ici mâtinée d'une sorte de suspens psychologique puisque la jeune ( et forcément belle) Héra vivra chez une tante très froide, shootée au Lexomil et dont le mari est souvent absent.  Heureusement , le petit garçon du couple, Hugo ( comme Victor sans doute puisque le livre cherche à jouer les références...même si ici le clin d'oeil n'est pas certain) se prendra d'affection pour sa cousine. Mais le suspens psy fait long feu pour finalement s'intéresser à l'entrée de l'héroïne dans le monde de la jeunesse parisienne, toujours noctambule. A la suite de Gabriel ( l'instit d'Hugo), un véritable ange .... un peu ambigu quand même... Héra découvrira le monde dont le secret du mari de sa cousine qui la scandalisera beaucoup ( un rebondissement mal amené et encore plus mal utilisé), premier élément du thème de la deuxième moitié du roman : l'envers des apparences.
Certes tout cela est ambitieux mais assez mal construit et surtout écrit platement. Nous sommes plus près du gnangan d'Agnés Martin-Lugand que de l'intelligence d'une Annie Ernaux ou, plus proche générationnellement de l'auteure, d'une Leïla Slimani. Les clichés abondent, les rebondissements inattendus n'estomaquent que l'auteure car amenés dans grâce et, pour retomber sur ses pieds, brode un final tragique qui nous indiffère.
Parler des apparences, sujet actuel ô combien pertinent,  montrer les zones grises de chacun,  pouvaient faire un beau et bon roman. Hélas, les personnages restent trop stéréotypés pour être attachants ou nous surprendre, et au final indiffèrent... comme le roman d'ailleurs qui manque vraiment de verve et de profondeur. 

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