mercredi 12 juin 2019

Avec Bacon de Franck Maubert



Souvent face à l'art moderne, on n'a pas toujours les codes, les clefs pour décrypter les oeuvres ( et ce ne sont pas les cartels apposés par des commissaires d'exposition épris de verbiage aussi abscons qu'élitiste qui aident les visiteurs néophytes). Voici, un petit ouvrage par le format ( plus petit qu'un livre de poche) et par la pagination ( 140 pages) dont la lecture va vous éclairer sur le génie d'un des maîtres de la peinture du siècle dernier. Petite explication sur le titre pour certains lecteurs de Virginie G. ou d'Agnès M.L. , le BACON du titre est bien d'origine anglaise mais il ne s'agit nullement de ces petites tranches de porc fumé si délicieuses au breakfast, ni du philosophe  mais bien du peintre Francis Bacon. Donc, inutile de se lécher les babines (quoique), ce n'est en aucun cas une compilation de recettes de cuisine avec bacon mais bien d'éclairage artistique dont il sera question !
Franck Maubert, journaliste spécialisé dans l'art a éprouvé, dès qu'il a approché l'oeuvre de Francis Bacon, une véritable fascination pour ses tableaux. Et chance pour lui, à plusieurs reprises, il passé des moments avec ce peintre à la personnalité aussi forte que sa peinture. Avec délicatesse mais précision, ses rencontres nous sont relatées dans le détail, cernant surtout l'homme privé, ses rapports avec le monde environnant, le lieu où il vit, son rapport à son art et à la gloire. Subtilement, il glisse dans sa narration quelques éléments biographiques qui ouvrent ainsi des fenêtres, des portes, pour une réelle compréhension de cette oeuvre magistrale. C'est vraiment pédagogique, dans le meilleur sens du terme, tellement ici on apprend avec plaisir et facilité.  
Eclairé par une belle écriture simple qui passe par une pointe d'humour mais où l'émotion n'est jamais absente, "Avec Bacon" apparaît comme un petit bijou, qui mieux qu'un long ouvrage, nous fait comprendre, apprécier un artiste et surtout une oeuvre qui peut dérouter. Ah si toutes publications autour de la peinture pouvaient être aussi éclairantes !


 Trois études pour une crucifixion  Francis Bacon 



lundi 10 juin 2019

Egarer la tristesse de Marion McGuiness

Avec un chat ( comme dans le roman), c'est plus mignon!

Editeur encore sous le giron familial, et longtemps spécialisé dans le livre documentaire, Eyrolles depuis quelques années a fait une incursion remarquée dans le roman ...qui fait du bien ( pour prendre un thème actuel). Ainsi, le roman de Raphaëlle Giordano "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une "  a fait un carton et la collection s'est dotée ensuite de titres à rallonge comme "N'attends pas que les orages passent et apprends à danser sous la pluie" ou  ( si, si, c'est vrai) "La vie a parfois un goût de ristretto". Toujours un peu curieux ( et sans doute pas encore vacciné après les lectures des oeuvrettes de Mme Martin-Lugand ou Mme Grimaldi), j'ai décidé de me plonger dans une de leur dernières productions, au titre plus court et plus beau : " Egarer la tristesse", premier roman de Marion McGuiness qui a déjà un nom dans l'édition pour avoir fait publier quelques ouvrages autour de la grossesse et du maternage. 
Bilan: rien de neuf dans une littérature, oups pardon, dans un produit ciblé pour des lectrices ayant besoin d'être cajolées. Une femme célibataire rencontre un homme qu'elle déteste d'un premier regard et qui finira malgré tout dans ses bras.  On connaît l'histoire ! Bien sûr, on trouvera quelques originalités à la marge. 
L'héroïne d'abord. Elise n'est pas une belle célibataire acoquinée avec un fiancé falot ( mais jamais phallo), mais une veuve inconsolable pourvue d'un enfant en bas âge. Pas facile de se recaser avec un bébé vagissant et toujours collé à sa mère, d'autant plus que son deuil insurmontable la laisse négligée, le sein ( allaitant) tombant autant que la fesse, le cheveu gras et la mine défraîchie. Ceci dit, elle n'a aucunement la tête à chasser le mâle, elle aurait tendance à le fuir. Détail qui a son importance, surtout dans un genre qui doit remonter le moral au lecteur ( lectrice? ), Elise est à l'abri du besoin, ce qui, avouons le, nous ôte une belle épine du pied car si en plus de son veuvage il fallait qu'elle se coltine un quotidien entre les courses chez Lidl et la vie infernale dans un deux pièces mal insonorisé, cela aurait été...plus intéressant. Mais non, notre donzelle habite un bel appartement à Paris au-dessous de chez une charmante mamie dénommée Manou. ( Dans les romans qui caressent le lecteur ( la lectrice?) dans le sens du poil, les mamies sont toujours adorables....et riches comme ici. Cette mamie a un petit fils, beau, grand, bronzé , souriant qu'Elise fusille du regard dans l'ascenseur lors de l'un de ses passages. Malgré cela, il est tout de suite attiré par cette femme pourtant décrite comme plus qu'insignifiante. Mais que voulez-vous, lui, au moins, il sait voir au-delà des apparences la beauté intérieure et du premier coup d'oeil ! Pas comme tous ces beaux mecs dans la rue...
Je ne raconte pas la fin... 
Le roman fait trois-cents pages. Trois-cents pages de bons sentiments, de ressassements de tristesse suite à la mort du mari, de petites touches d'humour ( genre sitcom télé) et de rebondissements faits pour rapprocher les deux héros, à base de jolie maison au bord de mer, de voisine hyper gentille mais ayant un passé douloureux, d'araignée dans une salle de bain ou d'enfant se perdant dans une fête aux produits du terroir. C'est gentil, reconnaissons une description du deuil pas inintéressante qui touchera sans doute un certain lectorat  qui ne veut surtout pas être un poil bousculé, mais qu'est-ce que je me suis rasé ! Même les deux méchantes du roman ( car il en faut) sont un ramassis de clichés. On a la vilaine maman de l'héroïne, bourgeoise égoïste et l'ex fiancée du beau mâle, belle et inconséquemment bouchée. Rien d'ébouriffant, rien pour casser un peu le ronron d'une histoire ultra formatée et bien anodine. 
Conclusion : rien de nouveau dans l'édition de roman qui fait du bien. On me répondra que je devais quand même m'en douter, tant le succès désarmant de ce secteur qui nous inonde de livres sans aucune écriture et sans autre ambition que de faire tinter les tiroirs-caisses, laisse pantois.
Merci au site Babelio ( bien courageux) de m'avoir fait découvrir ce roman...


vendredi 7 juin 2019

1 million de pages vues ! Bilan du blog.


Ca s'est passé dans la nuit du 6 au 7 juin 2019, mon compteur de blog a franchi le cap du million de pages vues. Ce nombre rond apporte un sentiment d'importance très fugace quand on le rapporte à  un univers où les clics  se comptent plutôt en milliards. Mais qu'importe, il me plaît de signaler ce mini événement très personnel et de profiter de cette occasion pour dresser un petit bilan de mon blog qui n'intéresse pas grand monde à part moi.
Quelques chiffres d'abord ( oui, j'aime lire, aller au cinéma, mais je trouve aux chiffres une certaine poésie) :
Le blog s'est posé sur la toile le 14 août 2011, avec un article bien timide, en parfaite inadéquation avec la suite, autour d'une exposition du peintre Stéphane Pencréac'h ( 347 visites ). Depuis 1492 avis ont été publiés avec des fortunes diverses mais une moyenne de 670 visites par billet. Le plus gros score revenant à un énorme succès de l'édition ( c'est bien connu, le succès appelle le succès) "La vérité sur l'affaire Harry Québert"  avec 7582 visites, et le plus bas au film "Habemus Papam" de Nanni Moretti avec 57 visites... Avec ce billet si peu vu, je vais de ce pas appliquer une théorie qui selon les conseils que l'on peut glaner ici ou là va attirer les internautes : y glisser des mots, des expressions qui attirent, à savoir du vocabulaire autour du sexe ( gros seins, sexe en érection, ...) et je verrai si son audience remonte.
A ce propos, quand je regarde avec quels mots clefs de recherche on atterrit sur mon blog, je reste un peu pantois. Dans la liste fournie par la plate forme qui héberge " Sans connivence", arrive en tête : " Claude Gensac lesbienne" ! Etonnant non ? Surtout que la seule fois où j'ai mentionné cette actrice dont la vie sexuelle m'importe peu, c'était pour un des ces derniers films " Elle s'en va" d'Emmanuelle Bercot et l'on n'y parlait pas de sexe. Suivent " Putes au Havre" ( peut être que le film de Kaurismaki...) , " fin du monde" ( une BD chroniquée porte ce titre) et " Claude Gensac homosexuelle" ( décidément ! ). Et je me demande si le fait de le citer ici ne va pas augmenter le flux vers le blob des curieux des pratiques sexuelles de cette partenaire de choix de Louis de Funés ! Notons aussi que l'on peut venir sur " sans connivence" après avoir tapé ( au hasard parmi des centaines d'expressions diverses et variées) " Ma tante est court vêtue" ou " Danseuses poids lourds Alger" ou " Donnez-moi des sexes" ou " Mé keskeussé ke sa"  ( celui-ci pour signaler que Google se moque de l'orthographe)  sans que je puisse bien saisir le cheminement des moteurs de recherche  pour conduire ces amateurs de sexe ou de questionnements existentiels chez moi.
Je sais bien par contre qu'un million de pages vues, ne veut pas dire un million d'articles lus ! Quand, dans la nuit, cherchant un vague émoi sexuel, on tape " sodomie" sur Google et que l'on arrive sur un billet parlant du dernier roman d'un illustre inconnu, on zappe en une seconde. Alors si un quart de ces visites avaient donné lieu à un court moment de lecture, je serai très content. Je sais quand même que quelques fidèles me lisent assez régulièrement, et je les salue avec respect ( et leur dédie ce billet). Je sais aussi que d'autres, m'envoient régulièrement de petites insultes, n'aimant pas mon obstination à fustiger de temps en temps toutes les religions, que d'accortes commerçantes russes se ruent sur mes avis de romans ou de films parlant de la Russie pour m'envoyer ensuite leur catalogue de jolies créatures slaves qui feront des épouses parfaites pour moi, que certains jeunes gens sur les bancs des écoles pompent parfois un billet pour passer plus de temps sur leur Play Station, que des attaché(e)s de presse spécialisé(e)s web sont parfois attiré(e)s par ma prose.... Ah, là je fais une halte et parlons un peu de mes rapports avec ces personnes ...
Quand j'ai débuté mon blog, qui était un peu pensé comme un journal personnel mettant en mot mes impressions sur ce que je voyais ou lisais, je ne m'attendais à rien. Mais très vite, disons après 3 ou  4 mois de publications régulières, j'ai été contacté par des maisons d'édition, me proposant de m'envoyer tel ou tel roman avec un billet en échange. Ca fait plaisir ( chic, lire gratos, une aubaine !), on reçoit, on lit, on écrit. Donc, j'ai accepté quelques envois qui, chance, n'étaient pas des mauvais livres. Au fil des mois, les sollicitations augmentent ( ils se passent les adresses?) jusqu'à, ce le fut le cas pour une maison d'édition, de m'offrir la possibilité de choisir ce que je voulais dans une liste de leurs parutions. Chez les éditeurs, ils n'attendent qu'une chose : un bon retour enthousiaste. La tentation du billet énamouré est grande chez un blogueur ( qui,  pour la lecture, le roman, est très souvent une blogueuse), il n'a pas envie de couper le filon. Seulement, mon blog s'appelle "Sans connivence"... Quand je tombe sur un bouquin ( un film, une BD, ...) qui ne me plaît pas, je le dis ! Et ça , les attaché(e)s de presse, ils, elles n'aiment pas ! Très vite, ils, elles ont senti que j'étais un vieux grincheux qui n'acceptait pas de passer n'importe quel plat. Et la manne s'est vite arrêtée. Je n'étais pas le petit laquais bien gentil au service de l'industrie du livre, celui qui aime tout et n'importe quoi, pourvu qu'il continue à recevoir des livres ou être invité à rencontrer des auteurs ou à la présentation des nouveautés. Si vous vous promenez dans les blogs dits littéraires,  règne une atmosphère de béatitude, de superlatifs, de reprise de quatrième de couverture. Peu nombreux sont ceux, celles  qui émettent des réserves sur  tel ou tel titre ou qui donnent un avis réel. Virginie Grimaldi ou Paul Auster, c'est pour eux la même chose ! C'est écrit sur du papier, c'est (surtout) offert, donc, c'est formidaaable! ( Ce qui explique aussi un peu le succès de la première, bien plus facile à lire et donc à chroniquer que le second). Les éditeurs ont vite compris comment mettre à leur service cette petite blogosphère...
Malgré tout, je lis quand même beaucoup de nouveautés, que parfois j'achète ou pas, que l'on me prête ou que je lis pour une bibliothèque. Je suis donc parfaitement libre d'en dire ce que je veux ( à tort ou à raison) et je continuerai à ne pas m'en priver, à balancer sur la toile des avis pas toujours relus ( ce n'est pas bien mais je suis fainéant parfois) et à garder mon libre arbitre, toujours, toujours sans connivence !  

jeudi 6 juin 2019

L'autre continent de Romain Cogitore


Une femme...non pas chabadabada ... part pour Taïwan. Elle laisse à Paris au moins trois amants auquel elle passe faire un dernier bisou. Cette scène d'introduction ravit. Enfin une héroïne qui sort des clichés habituels ! Là-bas, elle trouvera d'autres bras masculins, d'autres corps mais rencontrera un homme .... toujours pas chabadabada... qui l'intriguera. Parce que lui, aussi attirant soit-il, reste... sobre sexuellement. Il ne couche pas le premier soir, ni même le deuxième ! Homosexuel ? Non du tout. Juste qu'il doit faire deux heures de mandarin le soir pour consolider la langue et puis, il se lève tôt le matin pour aller bosser. Alors les galipettes, ce n'est pas possible ! Bravo pour cette présentation des personnages un peu décalés ! Ca change ! La suite, le sera un peu moins, car, ils vont s'aimer ( enfin!) et l'on aura droit à de jolies scènes de complicités amoureuses. Mais la vie, cette chienne, leur réserve un sort peu enviable. 
Le film avec un scénario un peu ténu, suivra leur  trajectoire mais hésitera entre le drame poignant et un regard sans jugement sur une femme qui conservera une certaine frontalité un peu égoïste. La partie mélo, bien qu'illustrée avec des instants oniriques, peine à réellement convaincre, n'arrivant pas à rester dans la tonalité du début, s'embarquant sur des rails trop balisés. Il faudra attendre le dernier tiers pour retrouver ce côté grinçant, son allure politiquement incorrecte. Sans que jamais le réalisateur prenne partie, nous serons confrontés aux dilemmes d'une femme qui voit l'homme qu'elle a aimé s'enfoncer dans une vie qui la rebute et voit son amour s'éteindre alors que la société lui envoie cette injonction muette du devoir d'épouse. Et ça, c'est bien réussi !
Film un peu bancal, peut être un poil trop esthétisant par moment sans que cela apporte grand chose, "L'autre continent" mérite le détour car bousculant quand même un peu le spectateur en lui proposant un questionnement subtil sur le comportement d'un personnage principal féminin comme on en voit peu à l'écran. Et rien pour ça, on prend son billet ! 




mercredi 5 juin 2019

Parasite de Bong Joon-Ho


Que rajouter à ce torrent de louanges, ces tresses interminables de lauriers, à cette palme d'or ? Rien...ou presque, car tout est vrai. On peut dire que le réalisateur coréen a réalisé un film parfait ( pour l'époque) qui, chose rare, rassemblera pour une fois critiques et public et redorera au passage l'image des gagnants de Cannes souvent associés à un cinéma intello, rasoir et/ou élitiste. 
Bong Joon-Ho réussit le mariage de la carpe et du lapin, à savoir proposer une histoire de 2h12 ( la longueur d'un bon film intello) qui se regardera sans ennui grâce à un scénario habile et aux multiples rebondissements et dans laquelle il arrive à glisser sans que cela soit pesant ou redondant, une multitude d'éléments signifiants, politiques, philosophiques qui plaira à un public avisé et cinéphile. A cela, vous ajouter une mise en scène extrêmement élégante, virtuose, jouant avec talent, autant de la froide géométrie de la  maison d'architecte habitée par les riches héros que de l'entresol miteux dans lequel se terre les autres personnages pauvres mais rendu cinématographiquement attrayant par une caméra inspirée, livrant une quantité de plans remarquables et imprimant à jamais notre rétine, et vous obtenez le film le plus emballant vu depuis longtemps. 
Dans le détail, on peut trouver que la première partie de "Parasite", véritable comédie grinçante, piquante, utilise quelques facilités scénaristiques pour introduire les pauvres chez les riches, mais le rythme donné ainsi que l'élégance du cadre balayent ces réticences, vite oubliées  quand celui-ci bascule vers une deuxième partie haletante, éblouissante, tout simplement extraordinaire. Sans jamais rien lâcher de son propos, ni de son envie de mener son histoire jusqu'au bout avec de nombreuses surprises, en amplifiant la beauté de ses plans, le film, emporte tout sur son passage, faisant vivre aux spectateurs, subjugués, un grand moment de cinéma. Suspens, humour ( noir, très noir), métaphores, violence ( attention aux âmes les plus sensibles... ) s'unissent pour nous offrir un final où tout un chacun pourra y puiser de cette substantifique moelle qui nourrira notre esprit bien après la projection. 
La thématique pauvre/riche, nouvelle pierre angulaire de nos sociétés ultra libérales, ingénieusement mise en scène ici, nous offre un film diablement malin, acide, n'épargnant personne et dont chacun tirera la morale qui l'arrange, de la confrontation inévitablement violente des deux camps à une ligne plus consensuelle ( induite par la conclusion du film) qui enjoint que, quand même, il faut essayer d'être riche. 
Sans tomber dans le débat philosopho/politique auquel "Parasite" nous engage, cette palme d'or possède tous les éléments pour en faire un grand succès populaire ( adulte ). Il serait idiot de bouder notre plaisir ! 





lundi 3 juin 2019

Le zoo de Rome de Pascal Janovjak



Une promenade au zoo ça vous dit encore à l'époque où le regard sur les animaux enfermés change radicalement ? Non ? Pas attiré par ces flamants roses attrayants placés juste à l'entrée pour leur couleur aussi apaisante qu'attirante ( et aux ailes coupées pour ne pas qu'ils s'envolent ...mais chut, cela ne se dit pas) ? On peut comprendre. Mais par contre, une certitude, la splendide couverture de ce roman de Pascal Janovjak doit vous inciter à découvrir ce qu'elle cache : un récit qu'on ne lâche pas !
Le roman fait un va-et-vient entre l'historique de ce zoo que tout touriste zappe allègrement tellement obnubilé par les fontaines, piazzas diverses et papauté enrobée, et un dernier rebondissement dans son existence chaotique, fable contemporaine placée à la fin des années 2000. Ou comment une variété de tamanoir en voie d'extinction va enflammer la foule, les réseaux sociaux et même Salman Rushdie ! 
Evitant avec talent tout didactisme, mais distillant au fil d'une narration enjouée et fleurant bon l'humour, la partie que l'on peut appeler "historique" passionne autant qu'elle informe. Bourrée d'anecdotes, sans doute vraies ( vérifier sur Wikipédia reste impossible, la fiche sur le zoo de Rome brille par sa concision, on ne pourra donc pas accuser cet auteur de copier l'encyclopédie en ligne comme tant d'autres!) , on se laisse entraîner dans ce décor diablement romanesque qui vit au gré des aléas de l'histoire, des guerres, des politiques, des modes et des idées. En filigrane, on ressent bien combien en plus d'un siècle notre regard a pu évoluer, et continue de changer face à ces animaux encagés. 
La partie contemporaine qui alterne avec ce passé que rien n'efface vraiment,  réussit l'amalgame d'une fable sociologique plutôt drolatique avec une histoire d'amour dont un des protagonistes, personnage mystérieux et attachant ( un poil modianesque), donne au récit une empreinte à la saveur nostalgique d'un très bel effet. 
Pascal Janovjak nous prouve qu'habiter Rome permet vraiment de trouver l'inspiration ( Ah! la villa Médicis!). Mettre en avant ce zoo qui n'a jamais brillé dans le firmament des parcs animaliers européens, peut passer pour une prouesse tellement le sujet apparaît peu vendeur. Mais dès que le lecteur se plonge dans les pages que couvre ce magnifique flamant rose, il est happé, non pas par un tigre affamé parce qu'imprudemment il a voulu passer une main pour le caresser, mais par les récits hautement romanesques d'un auteur à la plume aussi habile qu'inspirée. Un régal pour lire cet été !


jeudi 30 mai 2019

Cherbourg de Charles Daubas


Décidément, les genres sont poreux, fluctuants au gré des éditeurs. Regardez ce premier roman, au titre sobre. C'est un polar mais il paraît dans la collection dite blanche alors que, par exemple, chez le même éditeur, Gallimard, le dernier Ron Rash, "Un silence brutal",  pas vraiment un thriller, paraît lui dans la série noire...  Mystère de l'édition. 
Quoiqu'il en soit, c'est un roman. Le genre, en 2019, on s'en fiche de plus en plus ( et partout) pourvu que le plaisir de la lecture soit là. " Cherbourg" possède de toute évidence assez de qualités pour plaire à un lectorat qui aime être un peu surpris ou interrogé. 
L'intrigue, classiquement policière, emprunte toutefois des chemins de traverse qui vont flirter avec la fable écologique voire avec un  fantastique léger. La disparition mystérieuse d'un adolescent lors de l'effondrement d'un bout de falaise va se trouver emmêlée avec l'apparition dans la rade de Cherbourg de pierres flottantes ainsi que d'un saumon bien bizarre. L'enquête menée par une policière cherchant à faire un bébé par FIV ( oui cela a une certaine importance...), sous ses apparences de flic cool de province, va quand même nous faire entrer dans les silences d'une région qui ferme facilement les yeux devant certaines évidences écologiques. Cherbourg se trouve au croisement de deux pôles manipulant du nucléaire : La Hague pas loin et l'arsenal qui travaille autour des sous-marins eux aussi nucléaires. Et soudain, en s'intéressant à cet adolescent disparu, s'ouvrent d'autres mystères, d'autres raisons de se taire ou de camoufler certaines vérités. Cherbourg continue de se révéler toujours aussi triste, avec ou sans parapluies. Charles Daubas, avec son récit bien mené ( et avec une résolution inattendue, ce qui est un exploit dans le genre policier tant ratissé depuis des décennies ) parvient à nous passionner, nous faire réfléchir. Il est certain qu'après la lecture de ce roman efficace, le syndicat d'initiative de la ville de Cherbourg risque de limoger un peu de personnel, faute de touristes ( même si la plupart viennent des paquebots de croisière qui accostent régulièrement). Que vous pensiez aller en vacances dans le Cotentin ou pas,lire ce premier roman vous donnera dorénavant une vision un peu différente de ce joli coin de France verdoyant...

Et pour conclure deux ou trois vues de Cherbourg de ma collection personnelle prises cet automne... Comme quoi, il y a un peu de tourisme dans la ville...





mercredi 29 mai 2019

Dunbar et ses filles de Edward St Aubyn


Que serait la littérature contemporaine sans William Shakespeare ? Moins prolifique sans doute si l'on en juge par l'avalanche de romans ( souvent anglo-saxons) inspirés ce maître incontournable et qui apparaissent régulièrement sur les tables des libraires.  On reprend la trame de "La tempête"  (ou sert de toile de fond) chez Craig Higginson et plus récemment chez  Margaret Atwood., "Conte d'hiver" a titillé l'imagination de Jeanette Winterson, Tracy Chevalier revisite " Othello"  ( "Le nouveau") et "Macbeth", grâce à Jo Nesbo, entre dans la  Série Noire. La liste, non exhaustive, s'allonge au fil des mois et Edward St Aubyn lui ajoute désormais cette nouvelle version du "Roi Lear" , intitulée plus sobrement " Dunbar et ses filles". 
Rassurez-vous, l'auteur a élagué la double intrigue de la pièce originale, ne gardant que les histoires d'héritage du vieux roi commençant à dérailler. Nous ne sommes plus à la cour d'Angleterre mais dans les coulisses d'un empereur des médias, Dunbar, plus aux goûts du jour. Il a déshérité sa fille cadette issue d'un second mariage ( nous sommes aux US, on peut... si vous suivez l'affaire Hallyday vous êtes au courant) et laissé sa fortune et sa multinationale à ses deux filles aînées, aussi perfides, que méchantes. Seulement ces deux là, âpres au gain, en veulent plus et fomentent un coup lucratif pour que leurs actions fassent un bond en bourse. Elles décident de faire enfermer leur père dans une clinique psychiatrique ( haut de gamme). Celui-ci, encore lucide mais atteint par moment de bouffées délirantes, s'enfuira et errera dans la campagne enneigée du nord de la Grande Bretagne ( comme dans la pièce ou à peu près). S'ensuivra une course entre les deux soeurs avides et la troisième pour mettre la main sur ce père, avec pour ligne de mire, récupérer les rênes de l'empire ( financier).
Très vite ou oublie Shakespeare, voire on ne remarque pas l'adaptation, et on se laisse porter par le récit à l'humour cinglant. On pense d 'ailleurs plus à Tom Sharpe ou à Joseph Connoly qu'au grand dramaturge anglais. Et même si la lecture est parfois ralentie par les passages un peu longuets des délires de Dunbar errant dans la neige et la campagne ( Roi Lear oblige), même si parfois les arcanes d'une O.P.A. et les montages boursiers nous perdent un peu, l'ensemble se lit agréablement et nous fait passer un bon moment. Edward St Aubyn tape sur les très riches ( facile dira-t-on), leurs moeurs, leur vie hors sol mais avec une façon très anglaise et chic de  broder élégamment des phrases où percent perfidie et ironie ( bravo à la traduction de David Fauquemberg).




vendredi 24 mai 2019

Sibyl de Justine Triet


La première scène de "Sibyl", cinématographiquement impeccable, donne d'emblée le ton du film ainsi que le sentiment dans lequel va se trouver le spectateur durant toute la projection. Il sera aussi ahuri, décontenancé, que Virginie Efira, enfin Sibyl son personnage, écoutant la logorrhée de son éditeur dans un restaurant japonais et dont le regard exprime à la fois le désarroi de sa vie autant que la perplexité et l'hébétude que provoquent ces paroles et ces plats qui circulent inlassablement devant elle. Nous, dans notre fauteuil, le choix est tout autre. Comment s'accrocher à cette avalanche de problèmes, de combats, de passé traumatique, de présent fascinant qui peuplent les pensées de Sibyl, jeune femme au bord de la rupture ?  On ne choisit pas réellement, au mieux on se laisse porter par ce jeu de miroirs mis en place par la réalisatrice qui convoque psychanalyse, trouble et cinéma dans un montage kaléidoscopique. On pioche ce que l'on peut selon son humeur ou son degré d'aptitude à jouer les psychologues. Attirance, fascination, perversité, sexe, amour, haine, masturbation, clin d'oeil cinéphilique, névroses, vampirisation, tout un bric à brac qui parfois nuit à construction des personnages (masculins) mais surtout à l'émotion qui a du mal à se faufiler au milieu de maelstrom obsessionnel.
Malgré tout, si "Sibyl" ne parvient pas à nous intéresser à son histoire diablement alambiquée, le spectateur reste toutefois assez fasciné par ce qu'il voit sur l'écran, car ce film est un magnifique écrin pour une comédienne que l'on savait déjà talentueuse : Virginie Efira. L'étendue de son registre apparaît immense et sa mise en valeur est ici évidente. De tous les plans, à la fois, drôle, grave, sexy, désemparée, battante, hésitante, saoule, amoureuse, ... elle fait plus que crever l'écran, elle l'explose. Qu'elle ne dise rien, qu'elle chante en italien, qu'elle fasse l'amour sans fard, qu'elle boive, qu'elle parle hors champ, elle est sublime, irradiante, incandescente, magnifique. Assurément Justine Triet a trouvé son Stradivarius et en joue magnifiquement. Et même si l'on peut rester circonspect quant au scénario un peu pouffant, il est impossible de ne pas céder au charme et au talent de Sibyl/Virginie Efira. Grace à elle, on se laisse porter durant presque 2 heures, assistant , nous aussi fascinés, au déploiement encore plus grand d'une actrice décidément bien surprenante.


jeudi 23 mai 2019

A même la peau de Lisa Gardner


Si aux USA Mme Gardner semble être numéro 1 du suspens, pas certain qu'en France elle décroche ce titre tellement la concurrence est rude. Et s'il y a bien dans ce nouveau roman de cette soi-disant reine du polar une chose qui manque vraiment à l'appel, c'est bien le suspens.
Le roman commence fort pourtant. L'héroïne principale, l'inspectrice D D Warren, revient sur le lieu d'un crime particulièrement abominable ( la victime a été pelée sur une grande partie de son corps ), se fait agresser par l'assassin lui aussi revenu pour une raison inconnue lui fracturant l'épaule par arrachement. On entend le "crac", on ressent presque la terrible douleur. Et de douleur, il en sera beaucoup question dans ce roman,... Entre celle que la policière devra apprivoiser et celle que ne ressent pas du tout, Adeline la thérapeute que consulte l'héroïne, nous ferons le tour de la question au fil de pages bien documentées. Il sera question aussi d'une autre douleur, plus psychologique, celle d'un passé horrible que vivent Adeline et sa soeur emprisonnée pour le crime d'un gamin de 12 ans. Plane au-dessus de ces deux femmes un père lui aussi meurtrier sadique qui, quarante ans auparavant, c'était, oh la coïncidence, adonné au pelage de victimes. Le passé rejoint le présent. Le mystère s'épaissit, les pages devraient se tourner à toute vitesse. Sauf que non. Lisa Gardner, traîne en route, s'intéresse plus à la douleur qu'à son intrigue qu'elle fait avancer à coup de rebondissements pas toujours crédibles. On suit cette histoire car les personnages des trois femmes sont bien construits psychologiquement, mais sans que le suspens ne nous tienne en haleine. D'un début hard et un brin original, on finit dans une intrigue assez classique et qui aurait gagné à être condensée.
Pas désagréable à lire, " A même la peau"  manque de rythme mais laissera quand même une certaine empreinte dans l'esprit du lecteur, tant le propos sous-jacent autour de la douleur, très bien rendu, restera le point marquant d'un polar plutôt laborieux. 

mercredi 22 mai 2019

Douleur et gloire de Pedro Almodovar


Un film d'Almodovar à Cannes ! La belle aubaine pour le réalisateur espagnol qui n'a pas encore pu placer une palme d'or sur sa cheminée! Le bulldozer de la critique s'est mis en marche avant l'ouverture du festival, hurlant au chef d'oeuvre. Pedro a joué le jeu puisque des Cahiers ( du cinéma) à la moindre feuille de chou un peu branchouille, il a offert une grande interview. A longueur de colonnes, on a donc disséqué le film, oeuvre auto-biographique, forcément sensible et aux relents crépusculaire et testamentaire. On ne sait si le jury del senor Inarritu sera perméable à ce concert louanges surtout initié pour rameuter le plus de spectateurs possibles, mais il y a fort à parier que le soufflet risque de retomber bien vite une fois l'oeuvre vue en salle. 
Avouons-le tout de suite, le maître espagnol qui avoue ne pas être très en forme physiquement, ne l'est pas non plus cinématographiquement parlant. Centré sur un réalisateur vieillissant et bourré de maladies chroniques ( donc en gros sur lui-même ), le film peine à intéresser. Certes au niveau de la mise en scène, on retrouve la patte du maître, son sens inoui des couleurs et sa façon inimitable pour jouer avec les graphismes divers et variés de ses décors. Ici, c'est un régal. Seulement il n'y a que ça ! Le reste se noie dans un va et vient peu convaincant entre passé et présent, dans des retrouvailles romanesques sans saveur, sans réelle émotion ( on notera quand même son éternelle appétence aux rebondissements de roman de gare, ici encore une fois présents). Bien sûr, la sobriété du jeu d'Antonio Banderas peut plaire ( même si son charisme est au diapason de ses polos au graphisme étudié). On peut aussi jouir du spectacle de la rayonnante Pénélope Cruz en mère du réalisateur ( qui bizarrement, vieille, a les yeux qui deviennent bleus!). Almodovar perd petit à petit sa main, jette un regard complètement gnangnan sur la vie de ce réalisateur ( comme la scène un poil ridicule de la découverte du corps nu d'un homme ), les retours sur son passé d'élève d'école catholique étaient nettement plus forts dans "La mauvaise éducation" , son rapport au sexe bien plus mordants dans.... tous ses films. Et ce n'est pas en injectant plusieurs de prise d'héroïne ( comme pour la vulgariser et la rendre inoffensive) qu'il nous convaincra qu'il est toujours dans le coup. 
Joli à l'oeil, mais passablement rasoir, "Douleur et gloire" confirme la méforme du réalisateur espagnol, dont les petits bobos et les amours ou amitiés anciennes décrites dans le film n'ont que peu de saveur et n'intéressent que lui ( et sans doute la critique française). 







mercredi 8 mai 2019

Quand nos souvenirs viendront danser de Virginie Grimaldi


De temps en temps dans une vie de lecteur, on prend un coup derrière la tête. Un livre vous chamboule, vous bouleverse, vous fait croire en la vie, au talent, à la beauté, au combat, à l'amour, vous fait donc avancer, progresser, vous rend plus fort, plein d'espérance voire vous ouvre les yeux,  vous offre un angle de vue nouveau. D' "Une vie" de Maupassant à dernièrement " Sérotonine" de Michel Houellebecq, la littérature sait faire résonner des sentiments forts en vous. Et soudain,  tombe dans ma vie la dernière parution de l'une de nos auteures à gros tirage de notre territoire : Virginie Grimaldi. Ma vision du livre, de la librairie, de la lecture s'en trouve transformée. La reine ( dixit l'éditeur, une certaine presse, les lectrices de Babelio) de l'émotion, de la tendresse, de la bienveillance a frappé mon coeur de lecteur et a su ouvrir dans ma tête des abîmes de réflexion. J'ai été pris d'un vertige existentiel comme rarement en lisant un roman. Oui, comment ne pas être pris de vertige devant le vide abyssal, le néant littéraire que représente ce roman ? 
Je rassure mes lecteurs, je n'ai pas participé à l'enrichissement de la maison Fayard, on m'a prêté ce tas de pages. N'empêche... la lecture fut un vrai calvaire. Chaque page pèse une tonne à tourner. Certes il y a une intrigue qui voit des octogénaires se battre pour ne pas être expulsés de leur maison parce qu'une municipalité méchante, veut construire une nouvelle école. Mais, que dire, à part ce résumé ?  Il n'y a rien de plus. Pas de décor, juste la maison du couple principal qui se résume par une description fouillée : une façade avec sa porte encadrée de deux fenêtres. On me dira que Mme Grimaldi donne dans le minimalisme ( c'est moderne et tendance) et c'est vrai ! Elle a limité la psychologie de chaque personnage par un vague cliché ( la bougon, la coquette, ...) ainsi que leur physionomie à une paire de lunettes pour l'une, un fauteuil roulant pour un autre. Elle a appauvri les dialogues au maximum tout en glissant des blagounettes d'une inanité qui laisse pantois. 
Cependant, on voit derrière ...enfin non pas derrière puisqu'il n'y a rien...on voit que les caractères imprimés cherchaient à nous attendrir sur la vie simple d'un couple lambda, avec ses joies, ses peines, ses bonheurs,ses malheurs... Seulement, la bonne volonté ne suffit pas ! Quand la platitude se met en couple avec l'indigence d'une écriture très scolaire, le résultat relève de l'arnaque. 
Oui mais ça marche ! Et c'est là, où l'on prend un coup sur la tête ! Comme est-ce possible ? Le nivellement par le bas de notre société libérale est-il en train de gagner ? J'en ai bien peur. A force d'abrutissement généralisé grâce à cette kyrielle d'écrans visant la détente la plus facile et la plus régressive, grâce aussi à une école qui ne cherche plus qu'une pseudo réussite sociale au détriment d'une petite accession à la vraie culture, on en est à célébrer et faire acheter ( et aussi aimer) des oeuvres  produits  indigents. C'est terrifiant ! Ca l'est d'autant plus lorsque l'on se plonge dans les pages de remerciements de l'auteure en fin d'ouvrage où un nombre incalculable de personnes s'est penché sur la naissance de cette chose, qui ont ( paraît-il) beaucoup ri, énormément pleuré ( même l'éditrice, Sophie de Closets...enfin elle, elle a du beaucoup rire en pensant à son chiffre d'affaire), on reste abasourdi. 
On peut m'accuser de faire un peu d'élitisme, mon snob,... que sais-je ? Mais franchement, il existe tout de même en librairie, de la feel-good littérature, bien écrite, originale, facile à lire et dont on n'a pas à rougir, loin de là. Des exemples pour ces lecteurs-trices de Virginie Grimaldi ? Lisez, par exemple " Changer le sens des rivières"  de Murielle Magellan, "Le mari de la harpiste" de Laurent Bénégui, "L'enfer est pavé de bonnes intentions" de Lauren Weisberger ou chez le même éditeur " Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace" de Thierry Beinstingel et vous verrez la différence : Réel plaisir de lecture ( qui peut vider la tête comme on aime dire en ce moment), sens du rythme, personnages forts qui existent vraiment, intrigue plus fouillée. 
Pour Virginie Grimaldi,le titre est pas mal, le reste, c'est rien. 

vendredi 3 mai 2019

Tremblements de Jayro Bustamante


Ce film guatémaltèque ( mais en grande partie produit par la France) se débrouille pour plaire à tout le monde, permettant une lecture selon ses idées et l'endroit où on le regarde. Prenons, un public français, plutôt ouvert à l'homosexualité, assez laïque, il pourra y puiser la description de la puissance d'une société enfermée et obscurcie par des siècles de domination religieuse ( ici, une des plaies des pays d'Amérique Latine, les évangélistes). Il sera de tout coeur avec le héros, Pablo, bourgeois du Guatemala, quittant femme et enfants pour vivre son amour avec Francisco, masseur mais vivant également de quelques petits trafics apparemment innocents. Il regardera cet homme taiseux se débattre entre sa famille et son amour, se désolera de la thérapie suivie pour le guérir de l'homosexualité, pourra y voir une critique de ce charlatanisme religieux surtout lucratif ( on ne dira jamais assez combien une carte bancaire sans contact facilite grandement à arrondir les quêtes dans les églises). Cependant, il risque d'être un poil intrigué par les dernières scènes du film, pas trop explicites ( au niveau de la castration chimique), étrangement sado/érotiques et voir une grande ambiguïté apparaître, tant soudain, on ne voit plus où le film veut exactement en venir. Du coup, on se repasse l'ensemble dans sa tête, et on se dit, que vu par, disons un membre actif de ces églises vendant du Dieu pour gagner du fric et une domination spirituelle, il en fera une lecture confortant ses idées d'un autre temps. Cette jolie mise en scène glaciale, cette volonté de ne pas psychologiser ( ou si peu) les personnages masculins principaux, de les montrer de deux milieux différents et pas réellement amoureux ( ou si peu), participe à cette double lecture qui soudain devient roublarde ( Coco, faut que le film fonctionne  partout!) et finit par rancir sérieusement ces " Tremblements" , long-métrage qu'il vaudra mieux vite oublier.