mardi 17 avril 2012

A défaut d'Amérique de Carole Zalberg


Pour nous faire acheter un livre, les éditeurs qui sont aussi des marchands, usent de procédés mercantiles: pubs racoleuses en radio, critiques dithyrambiques des copains dans la presse, placement d'auteur dans un talk-show soi-disant vendeur. Et puis, il y a la couverture, qui, pour un acheteur éventuel flânant dans une librairie, peut se révéler très attirante. Si celle-ci est doublée d'une quatrième accrocheuse, l'acte d'achat est presque gagné.
Prenons "A défaut d'Amérique" de Carole Zalberg. La couverture, que je trouve particulièrement réussie, mais c'est souvent le cas chez Acte Sud, donne envie de prendre le livre dans ses mains. On retourne, on lit le résumé proposé... Bon, là, c'est moins réussi, encore une histoire de souvenir du siècle dernier, des personnages emportés dans la tourmente de l'histoire, une histoire familiale qui nous narre tous les grands maux du 20ème siècle, rien de bien original, du cent fois lu. Si le lecteur repose le livre sur la pile sans l'ouvrir, il rate quelque chose d'essentiel : la formidable écriture de ce roman. 
Le talent de Carole Zalberg m'a fait oublier tout de suite le propos un peu convenu et cette construction un peu raide faisant alterner deux histoires. D'un côté, nous avons Suzan, la cinquantaine solitaire après un divorce et une vie d'avocate pour femmes avides et maris volages mais riches. Elle se retourne sur le passé de sa mère, en lisant les lettres que cette dernière a envoyé à son énergique soeur en Afrique du Sud durant cinquante ans. L'autre histoire, est le fruit de la recherche de Fleur sur son arrière grand-mère, Adèle, émigrée polonaise qui, au moment de la libération a rencontré le père de Suzan. 
Si Stanley, le soldat américain, est le point commun entre les deux histoires, le véritable enjeu du livre se situe plutôt dans la description minutieuse de l'importance du passé dans la construction d'une vie.
Et là, la formidable écriture  de l'auteur nous emporte au coeur de deux histoires émouvantes et poignantes, rendant le récit sensible et terriblement humain. Suzan, personnage pas vraiment sympathique nous émeut par sa soif de comprendre la femme aigrie qu'elle est devenue. Les grands événements du siècle derniers sont évoqués au travers des personnages de la vie d'Adèle et là aussi, c'est du grand art. Par touches infimes mais pertinentes, l'auteur nous fait sentir les doutes, les interrogations, les silences d'effroi que ressentent, sans pouvoir toujours l'exprimer, des gens simples face aux tourments de la vie et de l'Histoire.
Vous l'aurez compris, ce livre est hautement recommandable et est aussi beau dehors que dedans. C'est assez rare pour le signaler.
Je ne résiste pas à vous écrire un petit passage, situé au début du livre. 
Pour faire plaisir à son père Stanley, Suzan a retrouvé Adèle et va l'accueillir à l'aéroport.
" Suzan ne peut s'empêcher de sourire en revoyant ce fier petit bout de femme toute de blanc vêtue débarquer de l'avion. Curieusement, la silhouette gracile de la Française comparée à l'obésité très largement majoritaire de l'aéroport autour d'elle n'évoquait pas la fragilité. Au contraire, il y avait quelque chose de hautain et d'irréductible dans cette économie de chair, cette évidente maîtrise de l'apparence. Au milieu des touristes avides de se remplir, l'absence de tout débordement du corps était ce qui signalait le plus sûrement Adèle comme étrangère. Suzan, obsédée par son poids, boulimique se rêvant ascète, l'avait aussitôt enviée malgré la (relative) jeunesse, qui était encore de son côté à elle."















2 commentaires:

  1. Je partage votre avis sur la beauté des couvertures chez Actes Sud, et si en plus le fond et la forme du roman sont à la hauteur alors je note ce titre!

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  2. merci Pierre de m'avoir fait découvrir ce livre que j'ai beaucoup aimé: c'est très bien écrit; j'ai aimé la "transformation" de Suzan...

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