mardi 3 novembre 2015

Mimoun de Rafaël Chirbes


Il y a des livres qui nous arrivent dans les mains par d'étranges détours. Celui-ci m'a été offert par un ami alors que nous cherchions tout autre chose dans une librairie. En tombant sur ce roman lu il y a plus de dix ans, il s'est rappelé la mort récente de son auteur, considéré comme un des écrivains majeurs actuels en Espagne. Comme, je l'avoue, je ne le connaissais pas du tout, il a paru à cet ami indispensable que je plonge dans son univers, surtout que "Mimoun" est son premier ouvrage publié.
Nous sommes plongés au coeur du Maroc, à Fès, sur les basques de Manuel, un prof d'espagnol passablement dépressif. Il a quitté Madrid pour faire une sorte de point et s'isoler dans un pays qu'il ne connaît pas. traînant son mal de vivre chez des expatriés comme lui. Il va finir par se poser à Mimoun, petite ville pas loin de Fès. Là, inexorablement, son moral va s'effriter au fil de soirées passées à boire  et à trouver quelques corps accueillants, hommes ou femmes, pour finir la nuit. Autour de lui, marginaux et solitaires (souvent les deux à la fois), autochtones serviables mais également intéressés par la supposée richesse de ces occidentaux un peu dépravés et police un rien intriguée par cette vie dissolue, vont créer au fil des mois autour de Manuel une ambiance de fin de règne.
Roman d'apprentissage autant que récit d'un exil, voire d'une dépression, "Mimoun " intrigue par son caractère presque photographique des situations. La plume de Rafaël Chirbes englobe ses personnages dans un décor toujours très présent dont on ressent même les odeurs ou les textures. Le vent, la pluie, la boue, le soleil, la poussière, la crasse, enveloppent le récit et Manuel pour mieux l'accompagner dans cette chute au fond de lui même, allégorie sous-jacente d'un pays que l'on devine dans le même état. Il décrit toutefois un pays où le commerce de choses pourtant interdites comme le sexe et l'alcool, est totalement aisé, un genre d'éden pour voyageur en recherche de plaisirs faciles. C'est un peu déroutant mais preuve emporte ce roman dans des sphères beaucoup plus romanesques que prévu.
Ce premier roman semble un peu à part dans l'oeuvre de l'écrivain espagnol, les suivants se déroulant en Espagne et ayant un caractère beaucoup politique. Il donne toutefois l'envie d'aller y faire un petit tour. Et c'est là que je me dis qu'il faut toujours écouter ses amis, ils restent les meilleurs dealers de découvertes !




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