mardi 18 octobre 2016

Babylone de Yasmina Reza


Je referme "Babylone". Je le pose à côté de moi et je le regarde. Mon chat vient se poser nonchalamment dessus  et je me dis que cette bête prend décidément beaucoup trop de place dans notre vie. Aurions- nous abdiquer trop vite, pauvres humains condamnés à être les serviteurs d'un animal sournois aux désirs de domination bien réels ?
Vous pensez que je m'égare un peu, que je suis ici pour chroniquer un roman et non pas pour parler de ma vie. Vous avez raison mais sachez que je ne fais qu'essayer d'imiter Yasmina Reza qui pratique avec un talent évident ces petites digressions dans son récit. D'un petit appartement que l'on devine assez étriqué ( pas assez de chaises pour recevoir les invités d'une fête du printemps, pas assez de verre pour leur donner à boire), l'auteure arrive à nous sortir de ce lieu confiné pour déambuler à l'hôpital Pasteur ou suivre une femme et sa fille en Egypte afin de mieux dresser un portrait de ses personnages. C'est habile, subtil et totalement passionnant. Le regard pointu et acide dresse ainsi un état des lieux d'un couple soixantenaire middle-class et de son entourage particulièrement savoureux.
Puis, il a fallu plaquer un intrigue plus fournie. Le coup de sonnette de la page 77 nous fait soudain basculer dans une sorte de roman noir avec questionnement philosophique à la Dardenne genre : " Aider un ami criminel fait-il de moi un coupable ? " mélangé à la sauce vaudeville avec cadavre encombrant. Et là, bien que les petites notations, les petits coups de gueule sur notre époque continuent à irriguer le récit, le mélange a eu du mal à me convaincre. Entre le déjà vu, le déjà lu d'une situation où l'on ne sait que faire du mort et la soudaine théâtralité de l'écriture ( unité de lieu mais surtout dialogues), l'assemblage ne m'a pas emballé. La magie du départ se dissout peu à peu en prenant une autre direction vers la fin avec la venue d'un avocat... J'ai donc refermé le livre un peu circonspect, partagé entre admiration pour l'acuité d'une écriture qui cerne parfaitement nos contemporains, mettant en évidence conventions sociales, indifférence et tics générationnels et déception pour cet emballage un peu disparate de genres divers.
 "Babylone" ne m'a pas vraiment convaincu mais peut être n'ai-je pas su trouver la substantifique moelle de ce roman. Son très discret discours sur l'exil qui semble être depuis quelques mois le thème central de nos écrivains, ne m'a pas réellement sauté aux yeux, perdu sans doute parmi des méandres narratifs parfois brillants mais trop inscrits dans une théâtralité, ici trop voyante.

1 commentaire:

La troisième guerre de Giovanni Aloi

 Faire un film sur ces hommes que nous voyons déambuler dans nos villes engoncés dans une tenue qui rappelle quelque cuirasse d'antiques...