mardi 18 septembre 2018

Asta de Jon Kalman Stefansson


Que peut être un grand roman en 2018 ? L'auteur islandais Jon Kalman Stefansson nous fait une proposition ultra convaincante tant le portrait éclaté mais totalement maîtrisé d'Asta, emporte le lecteur par son lyrisme et l'acuité du regard de son auteur sur le monde.
Nous sommes en Islande, île aux paysages sublimes qu'habitent des hommes et des femmes pas plus torturés qu'ailleurs mais que la rudesse du climat et sa situation géographique destinent à des vies plus romanesques. Derrière ce titre qui est un prénom, "Asta" va ausculter un famille contemporaine, plus précisément le parcours de la deuxième fille du couple formé un temps par Helga et Sigvaldi.
Sigvaldi exerce la profession de peintre en bâtiment et au début du livre on le retrouve écrasé au sol, suite à une chute de son échelle de chantier. Sentant sans doute que la mort le guette, il va laisser s'ouvrir dans son esprit la porte des souvenirs. Comme il est de coutume avec le cerveau, tout remontera de façon désordonnée. Va se dresser alors le portrait cubiste de cette jeune Asta.
 Faisant fi de la chronologie, éclairant puissamment certains moments, en laissant d'autres peut être essentiels dans l'ombre, laissant ainsi au lecteur le plaisir de combler les vides, le portrait va peu à peu apparaître. D'autres narrateurs interviendront, sans que l'on perçoive d'emblée qui ils sont, mais qui viendront apporter un supplément d'âme à ce tableau.
Ce parti pris romanesque, éclaté, sophistiqué, donnant une construction originale au livre n'est pas gratuit. Le lecteur devient parti prenante de cette évocation. Porté par une langue sublime ( bravo à Eric Boury le traducteur !) qui épouse à merveille tout autant  la beauté âpre des paysages de fjords que les aurores boréales, le roman nous emporte, irrigué par une grande réflexion sur l'humain. Jon Kalman Stefansson nous livre ses pensées, ses réflexions d'homme à l'écoute du monde sur les grands thèmes que sont la mort, le sexe, la féminité, la solitude, la passion mais aussi sur des sujets plus actuels puisque cela peut aller jusqu'à l'élection de Donald Trump. Habilement intégrés dans ce portrait sensible et sans concession, ces considérations aussi bien philosophiques que sociologiques, loin d'alourdir le texte, irriguent l'ensemble d'un regard humaniste. A la suite d'Asta, nous avons la sensation de découvrir, de lire, une oeuvre de grande portée, assurément, l'un des GRANDS romans de cette rentrée. 

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