lundi 22 avril 2019

Dérangé que je suis de Ali Zamir


Ce récit humoristique africain charrie une langue goûteuse et pleine de charme pour accompagner une intrigue simple et dépaysante qui nous change des sempiternelles lamentations de pauvres bourgeois empêtrés dans leurs petites histoires familiales. 
Ici pas de canapés mous et d'intérieurs confortables, le héros est un pauvre docker d'un port comorien, un peu simplet, qui traîne un petit chariot rafistolé avec lui et qui vit dans une cahute plus que rudimentaire. Ses aventures n'ont donc rien à voir avec quelconque parent dépressif, déjanté et pédophile ( non, ne rayez aucune mention, il faut au moins ces trois éléments pour faire un roman français). Il y sera question d'une course de chariots aussi haletante que celle de Ben-Hur mais se déroulant dans les rues encombrées d'une ville à la circulation et à l'aménagement bordélique. Il y aura donc de l'action, de la traîtrise, des manigances, une somptueuse et pulpeuse créature qui essaiera de faire entrer le petit oiseau de notre héros dans sa cage toute chaude, des odeurs, des couleurs, de la malice, du drame, bref plein d'ingrédients qui font que ce roman ( qui a obtenu il y a peu le prix France télévision) dépayse un maximum et se dévore comme une gâterie exotique et gourmande. On pourra au départ être surpris par une langue au vocabulaire très varié, allant du plus prosaïque au plus érudit ou rare. Ainsi, en rencontrant le mot " vénéfice", pour peu que l'on ne soit pas fin lettré ( comme moi) on pense à une erreur typographique...mais quand 100 pages plus loin on le retrouve, on fronce les sourcils, de plus " bénéfice" qui semble être le mot le plus approchant ne fonctionne pas, l'on se rue sur son dictionnaire et l'on découvre que cela signifie un empoisonnement par la sorcellerie, ... mot qui, du coup, s'intègre parfaitement bien à l'atmosphère de ce roman. Mais rassurez-vous, ces quelques incursions d'un langage parfois peu employé, ajoutent une dimension extrêmement savoureuse à un récit qui regorge par ailleurs d'expressions délectables. 
"Dérangé que je suis" nous offre une balade lointaine dépaysante diablement agréable, où l'humour singulier d'une langue virevoltante et imagée nous emporte avec délice à la suite d'un pauvre héros qu'un récit proche de la fable rend très attachant. 

1 commentaire:

La troisième guerre de Giovanni Aloi

 Faire un film sur ces hommes que nous voyons déambuler dans nos villes engoncés dans une tenue qui rappelle quelque cuirasse d'antiques...