mercredi 8 juillet 2020

Femmes sans merci de Camilla Läckberg


Pas de bon gros polar habituel cet été pour les aficionados de Camilla Läckberg, mais une novella, genre littéraire situé entre la nouvelle et le court roman dont Wikipédia nous dit que l'on trouve dans cette catégorie  " Le vieil homme et la mer", "La métamorphose" ou " L'étranger"... excusez du peu. 
Disons-le tout de suite, même si dorénavant Camilla a enfourché avec raison son destrier "Meetoo" et continue, après " La cage dorée", de labourer le terrain du mauvais sort réservé à beaucoup de femmes, ce court roman est loin d'être un chef d'oeuvre ( même du polar) et apparaît surtout comme un produit un peu bâclé pour satisfaire la branche marketing des éditeurs. 
Si la première partie nous présentant les trois héroïnes aux vies plus ou moins maltraitées fonctionne bien, la suite manque sérieusement de crédibilité pour que l'on puisse adhérer un tant soit peu.  
Le lecteur a beau être de tout coeur avec ces trois femmes et vraiment désirer une vengeance ( même immorale, la lutte contre le machisme et le patriarcat induit cette violence), l'intrigue devient très vite improbable voire pas du tout crédible ( le meurtre de Malte en particulier... même les suivants, surtout avec les moyens actuels de la police). 
C'est vite lu et très décevant de la part d'une auteure que l'on a connu beaucoup plus inspirée. On peut donc zapper aisément ce petit produit d'été, joli en tête de gondole mais c'est tout. On attend vivement le prochain ( et pas façon novella!). 

dimanche 5 juillet 2020

Les parfums de Grégory Magne


"Les parfums" sera sans doute le film français ayant eu la publicité la plus longue de la décennie voire du siècle .... Devant sortir le mercredi suivant le confinement, il a décoré les villes durant presque trois mois, son affiche n'ayant jamais disparu des colonnes Morris et autres panneaux Decaux. Difficile dans ce contexte de ne pas avoir envie de le voir, surtout après cette longue période de diète cinématographique en salle. Soyons francs, l'oeuvre n'est pas impérissable et plus proche du téléfilm que du grand cinéma qui emporte. Cependant, on passe quand même un bon moment grâce à une petite incursion sympathique dans un univers peu montré au cinéma, celui des nez en parfumerie ( en chirurgie plastique, cela aurait été un poil démodé de nos jours) et surtout par la présence de deux acteurs au diapason : Emmanuelle Devos et Grégory Montel. On prend un plaisir fou aux joutes perpétuelles entre cette bourgeoise claquemurée dans sa solitude et ce père aussi solitaire qu'au bord du déclassement social. Petit bémol, le film hélas s'intéresse aussi par ailleurs à une histoire de garde d'enfant, bien plus convenue donc nettement moins intéressante ( avec en plus une gamine un tantinet agaçante), nous faisant languir de nos deux héros si attachants. Si l'on rajoute un dernier quart d'heure plus ou moins inspiré, qui, heureusement évite de tomber dans le cliché habituel du ..." ils n'avaient rien pour être ensemble mais ils vont s'aimer comme jamais", le deuxième long-métrage de Grégory Magne se hisse tout de même un cran au-dessus d'une fiction télévisuelle et nous permet un retour en douceur dans les salles ( en attendant mieux), le tout bercé par une B. O. signée Gaétan Roussel vraiment pimpante !


lundi 29 juin 2020

Haine pour haine de Eva Dolan


Peterborough en Grande Bretagne serait une ville peut être très accueillante, mais la formation d'une unité spéciale pour crime raciste dans la police locale laisse penser que comme lieu de villégiature, il vaut choisir une autre destination. Et en effet, un fou furieux au volant d'une Volvo a décanillé trois travailleurs étrangers patientant gentiment de bon matin à un abribus. 
Le roman va décrire par le menu le travail d'enquête de cette brigade et s'attacher surtout aux pas du duo constitué par l'inspecteur Zigic et sa coéquipière, le sergent Ferreira. Classique dans son récit essentiellement basé sur le routinier et compliqué travail de la police, "Haine pour haine"  décrit avec brio ce quotidien fait de doutes et surtout (ici) de fausses pistes et, histoire de donner un peu de chair à ses héros, un tout petit peu de leur intimité. La thématique des crimes racistes, ici très présente, permet d'aborder les relations internationales et les problèmes de migrations, tout en consignant avec assez de justesse le rôles des média ainsi que celui des partis politiques populistes aux accents plus que nauséabonds. Les pages se tournent à grande vitesse tellement les faits et les rebondissements s'enchaînent. Toutefois, le dernier quart marque un peu le pas, le lecteur s'essouffle comme les enquêteurs et le final arrive, un peu précipité, sans grande originalité ( surtout accentué par cette scène désormais cliché que l'on trouve dans beaucoup de polars où le  tueur se confesse longuement alors qu'il est sur le point de se faire arrêter ou descendre). 
Pris séparément, le deuxième roman d'Eva Dolan, laisse une très bonne impression mais si par hasard vous aviez lu le précédent " Les Chemins de la haine", vous aurez peut être l'impression d'un redite...en moins bien. 

mardi 23 juin 2020

Les Mains Vides de Valerio Varesi

On dit souvent que le lecteur de polar aime ce genre pour la détente que ça peut lui apporter... Il n'est pas certain qu'en refermant "Les Mains Vides", il soit vraiment détendu car son moral en aura pris un coup. Certes, il aura visité la ville de Parme, copieusement décrite ( façon balade de guide touristique...mais sans la cité sous les yeux hélas...) au gré des déambulations du commissaire Soneri, homme ancré dans un passé qui peut parfois le faire passer pour un vieux ratiocineur genre " C'était mieux avant".
Quand on voit ce que semble devenir cette ville du nord de l'Italie, on peut être d'accord avec le héros de Valerio Varesi. Imaginez un vieux morceau de Parmesan que vous auriez laissé au soleil d'un été caniculaire et qui en plus de suinter lamentablement, verrait la pourriture s'installer petit à petit. Vous avez l'image exacte de ce que décrit l'auteur. A partir du meurtre d'un commerçant du centre ville ( enquête dont l'issue ne semble pas franchement intéresser l'auteur), le récit s'ingénie à décrire  comment la société libérale, a fait naître quelques mafias ( en Italie, c'est aussi une spécialité ) jouant sur l'égoïsme et l'envie de paraître d'une population obnubilée par l'argent, qui,  depuis quelques temps sont chahutées, doublées par une mafia en col blanc acoquinée à un pègre d'origine albanaise ( les nouveaux gros méchants des polars). Le récit est glaçant ( malgré la température ambiante qui fait dégouliner tous les protagonistes du livre), guère rassurant et ce n'est pas le final qui rattrape cette triste impression. On ne rit donc pas une seule fois chez Varesi. Par contre, on y trouve une jolie mélancolie qui traîne parmi les pages et un regard politique acéré. On peut regretter ici ou là des morceaux un peu trop symboliquement appuyés, ( l'accordéoniste, l'orage )  mais le roman se lit avec intérêt et rappelle que le polar aime à se frotter à la dure réalité de nos sociétés, parfois, bien mieux qu'un roman classique voire qu'un essai. C'est ici le cas et c'est fait avec talent.

lundi 22 juin 2020

La dame de Reykjavik de Ragnar Jonasson



Petit changement d'univers pour les lecteurs de Ragnar Jónasson. Ils quittent le sympathique Ari Thór, héros d'une série intitulée "Dark Island" ( bon, soyons honnête, il y a bien plus sombre dans le polar scandinave ) qui a ravi un lectorat aimant les romans policiers softs, pour suivre Hulda, inspectrice un peu solitaire et à la veille de prendre sa retraite. 
Si le roman continue à nous faire pénétrer dans la vie des islandais, on sent que l'auteur a envie de passer à une vitesse supérieure tant dans l'intrigue que dans la narration. On laisse ( un peu) de côté les meurtres à l'Agatha Christie qui faisaient le charme de ses précédents opus, pour plonger dans une introspection psychologie plus dense autour de sa nouvelle enquêtrice et dans une affaire un peu plus noire puisque, à l'instar de beaucoup de ses collègues suédois, nous toucherons des sujets autour de l'immigration et des réseaux de prostitution. Vous rajoutez un récit avec de nombreux flash-backs et vous obtenez un Jónasson aux allures plus denses. 
Malgré cette petite complexité, la lecture de "La dame de Reykjavik"  reste facile et agréable. Dans la première moitié, elle apparaît même un peu prévisible avec ses petits rebondissements assez habituels. Mais, et c'est sans doute là, l'essentiel de l'intérêt de ce roman, alors que l'on croyait rouler douillettement avec une intrigue ultra classique, la dernière partie va s'emballer un peu plus, prendre un chemin que l'on n'avait pas trop vu venir et surtout s'achever d'une façon assez inattendue. 
Alors, pour ce twist final, mais aussi pour le côté confortable et moelleux du livre, on peut donc conseiller ce premier tome de la nouvelle trilogie de Ragnar Jónasson ... Les amateurs de thriller gore passeront sans doute leur chemin, mais ils le savaient déjà. 

jeudi 11 juin 2020

Marche blanche de Claire Castillon


Ca démarre un peu comme un thriller psychologique, mais le suspens n'est sans doute pas la principale qualité de ce roman. Certes, Claire Castillon essaie de maintenir une certaine pression sur le lecteur, l'invitant à l'interroger sur son héroïne, sur l'issue de son éprouvant calvaire suite à disparition non élucidée de sa petite fille dix années auparavant. Mais, très vite on perçoit assez bien ce que sera ( en partie) le final. 
Le réel intérêt de "Marche blanche" réside dans la faculté que possède l'auteure à épouser, ressentir au plus profond, les sentiments de cette femme, à recréer tout un espace psychologique particulièrement précis et nous donner à toucher une réalité brute. De petits faits particulièrement saillants à d'autres glissés comme en filigrane, l'intrigue s'épaissit de plus en plus au fur et à mesure que de déroule le récit. Mais petit à petit, ayant deviné le fin mot de la chose, le lecteur bascule, non pas dans l'ennui ( sauf si c'est un lecteur de suspens pur et dur qui flaire l'embrouille) mais dans les méandres d'un portrait de femme qui se révèle, pour peu que l'on y soit attentif, construit de façon réellement passionnante. 
Sans rien divulgacher, il est certain que l'on est quand même un peu déçu par la fin, surtout quand on la voit venir comme un car de la police lors d'une manifestation de thanatopracteurs réclamant une meilleure prise en charge de leur détresse face à la crise actuelle, mais on gardera de ce court roman, ce moment très déstabilisant passé dans la tête d'une femme slalomant entre les débris d'un cerveau démantibulé par la disparition de sa petite fille. 

mardi 9 juin 2020

Vanda de Marion Brunet


Il y a quelques siècles maintenant, le roman social, c'était une grande fresque charriant un groupe de personnages pris dans un milieu déterminé ( les mineurs, les employés d'un grand magasin, ...) un peu à la façon de Zola. Au siècle dernier, le genre devient plus flou, plus rare peut être, sauf peut être dans quelques sagas romanesques ou romans dits de terroir. En ce début de XXI ème siècle, bien que le genre ne soit pas revendiqué par les auteurs, la question sociale devient de plus en plus présente dans le roman français... et "Vanda" de Marion Brunet en est la parfaite illustration. 
Bien sûr, on pourrait définir ce roman par rapport à son intrigue, le désarroi d'une mère célibataire qui voit resurgir le père de son enfant avec la volonté de vouloir le reconnaître pour mieux le récupérer. Sauf que ce serait occulter tout l'important décor, autant en premier qu'à l'arrière plan, que brosse "Vanda". 
La jeune femme que nous accompagnons au fil des pages est le symbole
 d'un prolétariat mis à l'écart, taillable et corvéable à merci au gré de "missions" d'intérim ou de CDD précaires, isolé au maximum de ses camarades d'infortune ( c'est plus pratique pour imposer ses lois ). Vivant à Marseille, ville qui dorénavant inspire cette misère sociale et décrite ici sans cliché ( à part dans le regard d'une parisienne bobo) , Vanda semble vivre assez seule, collée à son fils et dont les relations se résument à une bande de plus ou moins marginaux avec qui le ciment semble être l'alcool avalé au bord d'une plage. 
L'autre force du roman est de nous embarquer auprès d'une héroïne pas totalement sympathique, un peu rebelle, mère courage mais pas bonne mère idéalisée, ayant ses coups de colère contre cet enfant qu'elle aime autant qu'il peut la déranger parfois. Et si chaque mouvement, chaque rebondissement, nous amène un peu plus près d'un drame que l'on pressent, jamais le roman n'abuse de sentiments faciles, jouant perpétuellement avec une ambivalence romanesque inconfortable mais ô combien réaliste.  
Dans un style, sec, rapide, contemporain, Marion Brunet réussit un vrai roman social doublé d'un portrait de femme beau parce que nuancé. 

dimanche 7 juin 2020

Le cercle des hommes de Pascal Manoukian


Un très beau titre, des thèmes aussi fort que la destruction de la forêt amazonienne et la prise de conscience par le dirigeant d'un trust industriel du côté autant suicidaire qu'inhumain de cette folie ne peuvent qu'attirer le lecteur ( sans oublier les précédents romans de Pascal Manoukian plutôt réussis), le tout réuni dans un grand roman d'aventure exotique en diable ... avouez qu'il y a de quoi se plonger avec gourmandise dans ces centaines de pages dépaysantes. 
A l'arrivée, nous sommes un peu douchés, non pas par quelque pluie tropicale ou moiteur amazonienne, mais par la tournure prise par l'ouvrage. Ce récit de survie et de rédemption ne craint pas de flirter avec des situations certes originales mais souvent improbables. Ainsi la sortie victorieuse de notre héros, enfermé pendant plusieurs jours dans une fosse boueuse, nu et avec trois ou quatre gros sangliers en rut qui ne rêvent que de l'encorner ou de le sodomiser, apparaît comme cocasse mais difficilement crédible pour un cinquantenaire qui, quelques heures plus tôt, avalait du caviar à la louche dans la suite parfumée d'un palace en compagnie d'une jeune créature ardente mais sans doute plus docile que les porcidés sauvages. Beaucoup de situations sont à l'avenant, jusqu'au final, certes magnifiquement cinématographique, mais bien peu crédible. 
Cependant, on peut admirer le travail de composition de la tribu qui recueille notre héros. On sent que l'auteur s'est énormément amusé à créer toute une ethnologie de cette tribu, longuement décrite, trop peut être, pour finir elle aussi par paraître un peu too much. Reste toutefois, même si parfois amené avec peu de subtilité, une description de notre société industrielle dont les mâchoires n'ont rien à envier à celles des engins gigantesques qui anéantissent ce poumon de l'humanité qu'est la forêt amazonienne. 
De bons sentiments, un récit de survie fleurant l'aventure ne suffisent hélas pas à rendre l'ensemble passionnant à cause d'effets un peu trop lourdingues pour créer une réelle empathie avec le lecteur. 

samedi 6 juin 2020

Le monde n'existe pas de Fabrice Humbert


La quatrième de couverture, cette prose publicitaire écrite pour impulser les achats, emploie le terme "vertige" pour nous parler de ce huitième roman de Fabrice Humbert. Le mot est fort, mais, pour une fois juste. En suivant l'enquête apparemment bien classique, voire peu originale, de son héros journaliste revenant dans le bled où il vécut adolescent pour essayer d'approcher la vérité sur le meurtre d'une adolescente, très vite, le roman nous empoigne fortement et nous entraîne dans des chemins vraiment passionnants. En mêlant un héros en mal de revanche sur un passé d'étudiant harcelé et le thème ô combien d'actualité des fake news ( on doit dire infox selon les défenseurs de notre langue), Fabrice Humbert nous plonge au coeur d'une Amérique profonde à l'âme de cow-boy solitaire ( donc emplie de phobies en tout genre) dont le cerveau nourri aux élucubrations autant religieuses que trumpiennes ne peut que la conduire sur le chemin de le déshumanisation. Entre polar ultra efficace, mené tambour battant et réflexion très pertinente sur notre monde où l'info coule en continu, le vertige prend le lecteur tant la force du propos réussit à allier le bon romanesque à l'intelligence d'un propos bien senti... 
          Hélas, aux 2/3 du récit, alors que l'affaire devenait de plus en plus mystérieuse, tendue, patatras, l'auteur glisse un petit détail ( dont l'intrigue pouvait tout à fait se passer) qui tue littéralement le récit, un rebondissement qui rend la chose si bien ficelée soudain improbable ( même s'il essaie de l'expliquer un peu mollement un peu plus loin, je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir ). Le dernier tiers, voulu encore plus haletant et surtout symbolique, pâtit bien entendu de ce manque de vraisemblance et brinquebale comme il peut vers une fin fortement prémonitoire où sera questionnée très justement la notion de vérité.... 
Quel dommage pour ce roman de presque anticipation de passer ainsi à côté d'une réelle réussite. Il reste toutefois 180 pages totalement passionnantes où brillent un style nerveux, vif, intelligent. Dans une production romanesque souvent peu ambitieuse en terme de contenu, c'est loin d'être inintéressant et même à conseiller, car, peut être que vous ne remarquerez pas le détail qui a ( un peu) tué ma lecture. 

vendredi 5 juin 2020

Rivage de la colère de Caroline Laurent


"Rivage de la colère", vient d'obtenir le prix des Maisons de la presse, moins prestigieux que le prix des libraires, mais couronnant depuis des années des auteurs qui ravissent ou raviront le grand public ( Michel Bussi, Olivier Norek) ou l'emballeront même si peu connus (comme le carton plein de Valérie Perrin avec "Changer l'eau des fleurs" en 2018) avec des ouvrages bien écrits et qui se dévoreront... ou comment on peut réussir un roman tout public dont on n'a pas à rougir.
Le deuxième roman de Caroline Laurent ( le précédent co-écrit avec Evelyne Pisier s'intitulait "Et soudain, la liberté" ) allie à la perfection une intrigue grandement romanesque avec un fait géo-politique inconnu mais porteur d'une grande intensité émotionnelle ( ici, tout un peuple d'une île de l'océan indien sacrifié par les anglais pour implanter une base militaire).
Avec de cours chapitres, chacun se terminant par un petit rebondissement, le roman raconte l'histoire de cette peuplade qui vivait heureuse au soleil avec trois fois rien au travers d'une belle histoire d'amour entre un très élégant mauricien d'origine anglaise et une îlienne libre et déterminée et de leur combat qui se déroulera durant plus de 40 ans. Leur passion se mêlera intimement avec le sort d'un peuple spolié dont le drame bien méconnu fut pourtant porté jusqu'à la Cour Internationale de la Justice de La Haye dans les années 2010.
Ce roman est un tourne-page habilement écrit, avec émotion et grands sentiments mais sans jamais oublier que la colère et le combat génèrent l'espoir. Le lecteur ne peut qu'être touché, ému et ne boudera pas son plaisir d'être emporté par une histoire, peut être parfois trop cadencée comme une bonne série Netflix. Vive le grand romanesque quand il est fait avec cette sincérité et cette chaleur ! 

🌞🌞🌞🌞/5

lundi 13 avril 2020

Il est des hommes qui se perdront toujours de Rebecca Lighieri

2019 
Il est comment le nouveau Rebecca Lighieri ? Un peu décevant.
La critique s'enflamme pour ce nouveau roman de Rebecca Lighieri ( cf "Le masque et la plume" du 12/04/20) mais quelques questions viennent effleurer l'esprit du lecteur habituel ( voire inconditionnel) de l'auteure. 
Si ses précédents romans ont reçu un bon accueil critique, leurs chroniques étaient souvent reléguées dans des coins de page, oui, là, en bas à gauche, coincées contre une pub pour le nouveau Martin-Lugand ou Ruffin. 4 étoiles  mais pas de pleine page ! Mais Rebecca Lighieri publie également et surtout sous le nom d'Emmanuelle Bayamack-Tam, trustant elle aussi des critiques dithyrambiques en pleines pages des journaux qui comptent sans pour autant connaître la gloire, mais a, grâce au prix du livre Inter pour "Arcadie" en 2019, connu enfin l'éclairage qu'elle méritait depuis longtemps. Juste avant cela, "Les garçons de l'été", son deuxième roman publié sous le nom Lighieri, a connu un beau succès ( justifié) dans son édition de poche, suite a une belle promo des éditions Folio. Avec une telle conjoncture favorable, Rebecca/Emmanuelle se voit désormais rangée au rayon des auteur(e)s qui comptent, la publication de " Il est des hommes qui se perdront toujours"  fait un peu figure d'événement et permet donc à nos critiques tant aimés de pousser des hurlement de bonheur sur ce roman. 
Pourtant, pour un lecteur assidu de cette auteure, la lecture du Lighieri 2020 reste un peu décevante en regard de sa production passée. Bien sûr nous retrouvons les quelques points saillants qui font le charme et la force de ses ouvrages précédents, cette absence de clichés quand il s'agit de dépeindre une ville ( ici, chapeau... car c'est Marseille qui sert de décor !) ou des personnages souvent ados, ingrats ou mal dans leur peau ( ici des gitans et des habitants des quartiers Nord). Bien sûr, on retrouve aussi un peu de sa verve à aborder la sexualité de façon simple et sans fard tout comme de décrire les souffrances endurées à cause d'un milieu familial défaillant. 
Mais...car il y a un mais...on ne retrouve pas entièrement la causticité de l'auteur, cette façon décapante de nous mettre face à une réalité déroutante ou que l'on voudrait cacher. Des thèmes forts y sont abordés, comme l'enfance maltraitée, la misère sociale, le racisme ordinaire, mais sans ce regard à l'humour assez féroce qu'habituellement elle posait, préférant le sérieux d'une fresque familiale, par moment un peu cousue de fil blanc et surtout  une intrigue quasi systématiquement désamorcée par l'annonce de rebondissements qui se produiront quelques chapitres plus loin. 
Les pages se tournent agréablement car l'auteure a un réel talent, mais l'intérêt décroît petit à petit, un sentiment de lire une future adaptation télévisuelle vient brouiller cette histoire que quelques rebondissements un peu faciles rend de plus en plus improbable, comme si le méchant syndrome "Plus belle la vie" avait frappé Rebecca Lighieri.... 

🔆🔆🔆/5

vendredi 3 avril 2020

Bled de Charles-Baptiste

En cette période de confinement, où l'industrie culturelle est quasi à l'arrêt, il ne reste que les films en VOD ou la musique pour générer un peu de trafic, la digitalisation ayant parfois du bon. Malgré l'annonce de beaucoup de sorties d'albums reportées à des jours plus cléments, en surfant sur le web, au fons du fond du catalogue Deezer, on trouve nombre de chanteurs-ses qui ont lancé de nouveaux titres en cette période incertaine. Pas certain que l'on trouve ce printemps la Clara Luciani de 2020 mais quelques voix, quelques mélodies m'ont accroché l'oreille. Aujourd'hui, je m'arrêterai sur Charles-Baptiste ...
Alors, comment dire, ... ce n'est pas un vrai coup de foudre pour la production lyrique de ce trentenaire, mais indubitablement, il y a un bon mélodiste derrière ce nom et l'ensemble de son oeuvre, ne laisse pas indifférent. Revenons en arrière...
En 2012, Charles- Baptiste apparaît avec un premier EP et un premier clip sobre au titre accrocheur : "Piquez-moi avant".

Les cheveux de Michel Berger, quelques pincées de Delerm ou de Sheller, Charles-Baptiste, auteur, compositeur interprète, la voix bien timbrée, semble quand même sortir de quelques lycée catho de Neuilly et entre deux cours de droit à Assas, s'essaie à la chanson de variété avec un côté décalé propre à cette pop française des années 2010. On notera les lunettes aux montures peu banales, mais plus proches de celles de Patrick Topaloff que d'Elton John... Curieux... mais il y a quelque chose ...
Après une reprise de "Get lucky" des Daft Punk , voici un deuxième clip tout aussi décalé, où ce natif d'Oloron Sainte Marie ( comme quoi...) continue de jouer sa petite provoc sur une mélodie jouant avec tous les codes de la variété ... Il annonce la sortie de son premier album en 2013. 




Et puis, malgré un certain succès critique ( les Inrocks aiment !), Charles-Baptiste échappe quelques années au radar et on va le retrouver en 2017. Au placard  le foulard et le costume, le voici plus sexy, jean et chemise largement ouverte sur un torse offert aux caresses d'une jeune femme pour le clip " Selfie".  Le titre fait référence à un vieux tube de Magali Noël ( écrit par Boris Vian) et peut être aussi à Jeanne Mas. Mais juste avant le déferlement Meetoo, les paroles un peu brutes ( même fredonnées sur des nappes douces de synthé) ne sont plus trop dans l'air du temps, et ce n'est pas encore cette année ( référence à un de ces premiers promettant un succès prochain du chanteur) qu'aura lieu le décollage vers la gloire.


Après quelques duos ( assez réussis) avec divers artistes un peu undergrounds, le revoici cette année avec un deuxième album ( sortie annoncée le 17 avril) et surtout un nouveau clip " Bled". La maturité semble là, la barbe apparaît, il a changé de lunettes mais toujours avec monture XXL. Le titre, à la belle mélodie planante accroche par sa singularité , ... Alors, en route vers la reconnaissance ? Allez savoir...mais on peut quand le lui souhaiter !




jeudi 2 avril 2020

Richesse oblige de Hannelore Cayre



L'auteure de "La Daronne" est de retour, avec son franc-parler, son humour grinçant, son regard acéré sur la bourgeoisie mais aussi sur les moyens de tirer profit de notre système judiciaire. Sur ce dernier point, qui était au coeur de son précédent roman et qui occupe également une partie de celui-ci, on sent un peu le filon. Mais comment reprocher à quelqu'un, grouillot ou presque de cette lourde machine qui recèle en son sein moult secrets, de ne pas s'en servir, certes en se jouant de l'illégalité, pour essayer de rendre la justice à sa façon ? On retrouve donc ce côté immoral qui faisait la saveur de son précédent ouvrage, mais avec un angle vraiment différent et sans doute beaucoup plus anti bourgeois.
Le thème principal de "Richesse Oblige" est une enquête généalogique qui va nous faire remonter jusqu'en 1870, le roman alternant entre cette époque, moment trouble qui verra l'enrichissement d'une famille sans l'ombre d'un scrupule, et aujourd'hui avec une descendante de cette famille, qui a hérité toutefois d'un même manque de scrupules et qui s'interroge sur ses origines. On y retrouve donc, en alternance un roman historique qui s'essaie au parallèle avec aujourd'hui et la chronique d'une vengeance qui enquille tous les problèmes de notre société actuelle avec plus ou moins de bonheur. Et c'est peut être dans ce trop plein, cette volonté de tout englober dans une histoire, où le roman perd un peu de punch. Il reste toutefois un regard mordant, narquois et drôle sur cette bourgeoisie décomplexée quelque soit l'époque et une héroïne principale très attachante, au franc parler. Et à un moment où un confinement nous oblige à supporter des discours et des commentaires lénifiants, la verve et la prose d'Hannelore Cayre nous réconcilie avec l'humain ! C'est toujours ça de pris !

🌞🌞🌞/5