lundi 21 novembre 2011

Les neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian

Voila un film qui va faire parler dans les chaumières pour peu que les habitants des dites chaumières aillent voir "Les neiges du Kilimandjaro" à la place des "Intouchables" son grand rival actuel au rayon bons sentiments.
Cette histoire de travailleurs au bord de la retraite qui se font braquer par un jeune prolo, offre tellement de lectures possibles qu'il pourrait être déclaré d'intérêt public. Les thèmes abordés, leur développement, les questions qu'il suscite font de ce film l'outil idéal à présenter à nos candidats au poste de président de la République avant l'un de leur débat télévisé, histoire de savoir ce qu'ils ont réellement dans la tête.
Librement inspiré du poème de Victor Hugo "Les pauvres gens" (une terrible histoire de pêcheur pauvre, de sa femme, de ses enfants et de leur voisine), le film nous transporte au coeur d'un monde ouvrier sur le déclin, séparé en deux zones bien distinctes : les plus anciens, façonnés par des décennies de combats syndicaux, heureux d'être arrivés sans trop d'encombres à avoir une petite maison et une vie chaleureuse et leurs enfants, stressés par le monde du travail qui les broie inexorablement, protégeant un peu égoïstement leur petit patrimoine.
Au début du film,  Michel (Jean Pierre Darroussin),malgré sa mise au chômage, fête dans la joie ses trente ans de mariage avec Marie-Claire (Ariane Ascaride). Pour l'occasion, ils se voient offrir par tous leurs amis un voyage en Tanzanie ainsi qu'une petite somme d'argent. Mais, un soir, tout bascule, victime d'une agression à domicile, ils se font voler argent et billets.
Habilement, le film laisse de côté les agressés pour suivre un des voleurs qui s'avère être un ouvrier au chômage (Grégoire Leprince-Ringuet).
Lorsque Michel et Marie-Claire découvriront l'identité du coupable, ils seront anéantis, stupéfiés, les valeurs qui sont les leurs, bafouées par cette trahison de classe.
Le film, qui jusque là, naviguait en eau relativement calme, commence à souffler un vent mauvais et violent autour des personnages. Le ton devient âpre, polémique, politique. On sent bien les effets du libéralisme galopant, arrivant à diviser le monde du prolétariat pour mieux s'imposer. On entrevoit l'ombre du front national prêt à s'insinuer dans les esprits d'un monde ouvrier déboussolé. Mais, Robert Guédiguian, avec habileté, se refuse à la noirceur extrême et va permettre à ses héros de retrouver une lumière salvatrice toute empreinte de cette bonté qui est le ciment de leur vie. La fin du film, en hommage à Victor Hugo, est émouvante mais, seul bémol, un peu invraisemblable, nous ne sommes plus au 19ème siècle...
Quoiqu'il en soit, je dois bien l'avouer, il y avait longtemps que je n'avais versé autant de larmes au cinéma, ému par beaucoup de scènes emplies de chaleur humaine et surtout par le jeu infiniment sensible de la formidable Ariane Ascaride. Cela fait du bien de voir du cinéma intelligent, qui a quelque chose à dire et ose ne pas laisser l'émotion de côté.
Pour finir, je voudrai signaler un moment particulièrement savoureux dans un café où se rend Ariane Ascaride et où apparaît un jeune acteur, Pierre Niney, qui illumine cette scène de sa gouaille poétique.

1 commentaire:

  1. c rare pour un mec d'assumer ses larmes dans les salles obscures... moi ca m'arrive souvent, mais je ne pensais pas que ca pouvait etre le cas pour ce film car souvent Guédigian fait preuve de distance et de pudeur ( cela dit j'avais chialé comme une madeleine devant mari jo et ses 2 amours)... en tout cas voila un film qu'il me tarde de voir... je constate qu'on a pas mal de gouts en commun, mais si on a les memes lectures, ca aide pas mal, je pense

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