lundi 14 janvier 2019

Né d'aucune femme de Franck Bouysse


Ce titre un peu mystérieux qui pousse à la lecture, cache une histoire d'un romanesque absolu et bien noir. 
Dans une époque non précisée ( fin du 18 ème ?), un prêtre va entrer en possession du journal d'une femme écrit alors qu'elle était enfermée dans un asile d'aliénés. Il découvrira le tragique destin d'une dénommée Rose, vendue adolescente par son paysan de père à un hobereau à l'allure sinistre. De ce marchandage que l'on peut espérer d'un autre temps ( au moins dans nos contrées) découlera une vie sordide que Franck Bouysse va nous distiller avec la force tranquille d'un auteur habitué aux sombres récits. 
En s'affranchissant des codes du polar qu'il donnait à ses précédents romans, l'écrivain corrézien aborde frontalement le grand romanesque prompt à remuer profondément Margot ... et Léon , ne soyons pas sexiste ! On retrouve ça et là quelques sources d'inspiration qui vont de l'Angélique d'Anne et Serge Golon à la Rebecca de Daphnée du Maurier voire à la Jeanne d"Une vie" de Maupassant ( mais sans la portée sociologique et politique). Comme c'est un bon conteur, il sait trousser une histoire, y mettre des rebondissements, rendre une héroïne fortement empathique. Malgré cela, il n'est pas certain ce soit totalement réussi...
Le roman pâtit d'une construction à rebours qui rend toute la première partie totalement prévisible ( sauf pour les lecteurs naïfs ou récents qui n'imaginent pas une seconde le sort réservé à une pauvre fille placée chez des riches peu avenants). Heureusement, l'écriture musicale, poétique parfois, grave aussi, sensuelle, épousant les désarrois ou les espoirs de chacun, arrive à faire passer l'ensemble, même si l'on peut être étonné que cette Rose, très vaguement instruite, puisse écrire aussi bien. Mais le romanesque doit bien utiliser quelques ficelles, c'est le jeu...
La deuxième partie s'avère plus originale, alliant un soupçon de gore avec l'amour, aussi bien maternel que passionnel. La construction devient plus évidente puisqu'elle permet de placer un petit twist final ...hélas trop rapidement exploité pour se conclure de façon quasi enfantine. 
Si l'on sait occulter les ficelles d'un genre déjà beaucoup labouré, "Né d'aucune femme"  saura émouvoir un lectorat aimant les belles histoires tourmentées. Ce roman se hisse quand même au-dessus du lot de cette littérature romanesque grâce à son écriture ample, forte et inspirée par une héroïne au courage édifiant. 


2 commentaires:

  1. D'emblée, je me sens happée par cette couverture,mais si en plus il s'agit un écrivain corrézien... Tout cela réussit à m'émouvoir avant même de débuter cette lecture!

    RépondreSupprimer
  2. Oui, et bien finalement la recette n'a pas fonctionné! Je retiendrai juste une fine description du désir physique; le reste:prévisible et légèrement ennuyant...
    C'est confirmé, je n'ai vraiment pas les mêmes goûts que tout le monde!

    RépondreSupprimer

Gabrielle Chanel , manifeste de la mode

 Une foule essentiellement féminine, gentiment rangée sur le trottoir devant le palais Galliera, patiente pour pénétrer dans l'expositio...