mercredi 9 janvier 2019

Saltimbanques de François Pieretti



Dépression, deuil, errance... sont les premiers mots qui viennent après la lecture de ce premier roman, mots qui, même s'ils correspondent vraiment à notre époque, ne sont quand même pas des plus vendeurs. Reconnaissons à François Pieretti le bon goût de ne pas sombrer dans une facilité mercantile. Reconnaissons-lui aussi, et il faut le dire, que son récit, malgré sa tonalité grisâtre, accroche tout de même le lecteur.
Nathan, presque trentenaire,  héros parisien solitaire, dont on s'accrochera aux déambulations plus que mélancoliques, retourne dans la petite ville de sa jeunesse pour les obsèques de son jeune frère qui n'est pour lui qu'une silhouette restée vague. Rongé par une envie de construire un portrait plus précis de ce jeune homme mort prématurément, il se rapprochera d'un groupe de jeune gens passionnés de jonglage et finira par créer quelques liens avec deux ou trois d'entre eux.
Roman du deuil, de la désillusion, mais aussi d'un mal de vivre contemporain que certains ont appelé "ultra moderne solitude", " Saltimbanques" , grâce à une écriture fluide qui n'essaie jamais de surjouer, distille une jolie musique à l'inspiration modianesque. Nathan semble échapper à la réalité, perdu à essayer de recomposer un passé qui lui a échappé et qui trouvera une sorte d'apothéose miroir dans un dernier tiers très émouvant au milieu des embruns bretons. Sa vie floue croisera d'autres êtres tout aussi désemparés que lui face à une existence qui leur glisse entre les doigts et dont ils n'ont pas la volonté de les refermer pour en retenir un tant soit peu de consistance. On pourrait sentir son attention glisser sur ces personnages un peu paumés mais c'est le contraire qui se produit, l'auteur arrivant à nous les rendre attachants et diablement romanesques. Une jolie prouesse pour un premier roman sur le fil du rasoir qui sait jouer une jolie petite musique des bleus de l'âme.

2 commentaires:

  1. Vu ma situation actuelle, malgré ce que tu en dis qui rend ce roman tentaqnt, je passe mon tour

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  2. On serait tenté de reprendre la musique du livre "je te veux"(Erik Satie)"Saltimbanques"!

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