mardi 22 novembre 2011

La femme du Vème de Pawel Pawlikowski

Il est parfois difficile d'être le spectateur d'un film sans intérêt.
Vous êtes dans votre fauteuil, vous regardez d'un oeil morne défiler des images. Votre esprit vagabonde, recherchant sur l'écran des détails, des anachronismes qui éveilleraient un instant votre attention. Ne trouvant rien et le film n'étant pas terminé, vous cherchez les faux raccords, les micros qui traînent en haut de l'image, le reflet d'une caméra dans un miroir.
Mais dans "La femme du Vème", il n'y a rien de tout cela, tout du moins dans la deuxième moitié du film, la première moitié ayant vainement servi à accrocher le spectateur avec une intrigue improbable.
Sur le papier, l'histoire était sympa, un peu mystérieuse, avec cet américain ramant dans un Paris glauque et sordide, se heurtant à des malfrats inquiétants, puis rencontrant une mystérieuse belle femme. Le casting était alléchant : Ethan Hawke et Kristin Scott Thomas. La critique de Télérama dithyrambique incitait à aller y jeter un oeil.
Le seul hic, était peut être le roman de Douglas Kennedy d'où c'était tiré, le premier de cet auteur qui, après quelques polars haletants, est allait lorgner dans les intrigues à la mode, un peu fantastiques.
On comprend très vite que le réalisateur polonais Pawel Pawlikowski a voulu se montrait plus intelligent que le livre en intellectualisant à outrance le scénario. Plutôt que de privilégier la linéarité de l'intrigue, il truffe son film de plans un peu alambiqués ou soi-disant signifiants: des voies de chemins de fer qui se séparent, des plans de rue rasant les murs, des arbres, des forêts pour rappeler un roman écrit par le héros dont nous aurons un lecture en polonais... Tout cela ralentit rapidement l'action, enfonçant son héros et nous même dans l'ennui le plus total. Et ce n'est pas l'intrusion d'une note fantastique vers la fin qui redonne un peu d'ardeur à tout cela, le spectateur est soit déjà sorti de la salle, soit endormi ou guettant une des (rares) apparitions de la belle Kristin, mais là, c'est un fan!
A recommander pour ceux qui aiment voir ce que c'est que l'adaptation ratée d'un roman à succès (un genre en soi).

lundi 21 novembre 2011

Les neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian

Voila un film qui va faire parler dans les chaumières pour peu que les habitants des dites chaumières aillent voir "Les neiges du Kilimandjaro" à la place des "Intouchables" son grand rival actuel au rayon bons sentiments.
Cette histoire de travailleurs au bord de la retraite qui se font braquer par un jeune prolo, offre tellement de lectures possibles qu'il pourrait être déclaré d'intérêt public. Les thèmes abordés, leur développement, les questions qu'il suscite font de ce film l'outil idéal à présenter à nos candidats au poste de président de la République avant l'un de leur débat télévisé, histoire de savoir ce qu'ils ont réellement dans la tête.
Librement inspiré du poème de Victor Hugo "Les pauvres gens" (une terrible histoire de pêcheur pauvre, de sa femme, de ses enfants et de leur voisine), le film nous transporte au coeur d'un monde ouvrier sur le déclin, séparé en deux zones bien distinctes : les plus anciens, façonnés par des décennies de combats syndicaux, heureux d'être arrivés sans trop d'encombres à avoir une petite maison et une vie chaleureuse et leurs enfants, stressés par le monde du travail qui les broie inexorablement, protégeant un peu égoïstement leur petit patrimoine.
Au début du film,  Michel (Jean Pierre Darroussin),malgré sa mise au chômage, fête dans la joie ses trente ans de mariage avec Marie-Claire (Ariane Ascaride). Pour l'occasion, ils se voient offrir par tous leurs amis un voyage en Tanzanie ainsi qu'une petite somme d'argent. Mais, un soir, tout bascule, victime d'une agression à domicile, ils se font voler argent et billets.
Habilement, le film laisse de côté les agressés pour suivre un des voleurs qui s'avère être un ouvrier au chômage (Grégoire Leprince-Ringuet).
Lorsque Michel et Marie-Claire découvriront l'identité du coupable, ils seront anéantis, stupéfiés, les valeurs qui sont les leurs, bafouées par cette trahison de classe.
Le film, qui jusque là, naviguait en eau relativement calme, commence à souffler un vent mauvais et violent autour des personnages. Le ton devient âpre, polémique, politique. On sent bien les effets du libéralisme galopant, arrivant à diviser le monde du prolétariat pour mieux s'imposer. On entrevoit l'ombre du front national prêt à s'insinuer dans les esprits d'un monde ouvrier déboussolé. Mais, Robert Guédiguian, avec habileté, se refuse à la noirceur extrême et va permettre à ses héros de retrouver une lumière salvatrice toute empreinte de cette bonté qui est le ciment de leur vie. La fin du film, en hommage à Victor Hugo, est émouvante mais, seul bémol, un peu invraisemblable, nous ne sommes plus au 19ème siècle...
Quoiqu'il en soit, je dois bien l'avouer, il y avait longtemps que je n'avais versé autant de larmes au cinéma, ému par beaucoup de scènes emplies de chaleur humaine et surtout par le jeu infiniment sensible de la formidable Ariane Ascaride. Cela fait du bien de voir du cinéma intelligent, qui a quelque chose à dire et ose ne pas laisser l'émotion de côté.
Pour finir, je voudrai signaler un moment particulièrement savoureux dans un café où se rend Ariane Ascaride et où apparaît un jeune acteur, Pierre Niney, qui illumine cette scène de sa gouaille poétique.

dimanche 20 novembre 2011

Une fourmi pas comme les autres de Tullio Corda

Le monde des fourmis peut être fascinant pour de jeunes enfants avides de découvertes scientifiques.
Celui que nous propose avec beaucoup d'humour Tullio Corda dans son album "Une fourmi pas comme les autres", n'est en rien réaliste mais cependant très finement observé. Ses fourmis sont vraiment italiennes, dans la mesure où la mode et l'envie de se faire remarquer sont au coeur de leur vie. On n'est pas au pays des Dolce et Gabbana ou Gucci pour rien!
Donc voici une fourmi lambda qui décide un jour de se faire remarquer en enfilant un tee-shirt rouge. Aussitôt toute la fourmilière lui emboîte le pas en l'imitant... Dépitée notre fashion fourmi décide de porter un habit jaune mais aussitôt copiée par ses copines. Qu'a cela ne tienne, elle s'enroule d'une écharpe écossaise et ainsi de suite suite jusqu'à... Je ne dévoile pas la suite de cette joyeuse mise en boîte des phénomènes de conformisme générés par la mode, à vous de la découvrir.
On peut parier que cet album tombant entre les mains d'une ou d'un professeur des écoles maternelles, donnera lieu à une réjouissante exposition de prêt à porter scolaire, faite de chaussettes à rayures et de chapeaux rigolos, sur lequel votre future bête de mode qu'est votre enfant aura planché avec délectation.
Une fourmi pas comme les autres de Tullio Corda Minedition  14€ A partir de 3 ans

samedi 19 novembre 2011

Les nombrils 5 Delaf et Dubuc

Devenus en très peu temps une des séries vedette du journal Spirou, marquant ainsi un repositionnement de la revue vers un lectorat plus ado, nous retrouvons "Les nombrils" en librairie avec leur cinquième volume.
Je devrai dire leur cinquième saison tant le scénario concocté par les auteurs ressemble à une série américaine bien huilée, qui sait tenir ses lecteurs en haleine, mêlant savamment humour et suspens jusqu'à une fin qui nous laisse impatient de découvrir la suite.
Pour ceux qui n'ont pas eu la joie de découvrir les personnages des "Nombrils", sachez qu'il s'agit des aventures sentimentalo-lycéennes de Karine et de ses amies Jenny et Vicky. Dans ce nouvel épisode, Karine est passée du stade de laideron coincé à celui de  beauté radieuse et qu'elle vit une aventure amoureuse avec un étrange Albinos.
 L'album avance de façon très astucieuse de gags, souvent très drôles,  en rebondissements, permettant une lecture attrayante et tonique. Les personnages très typés, au delà des clichés, offrent au lecteur une réjouissante galerie un peu outrancière mais idéale pour fustiger au mieux les tics adolescents de l'époque.
C'est de la belle ouvrage qui réussit la prouesse de rassembler aussi bien les jeunes que les parents, chacun y trouvant, en fin de compte, soit le reflet déformé de sa vie, soit le spectacle délectable d'une jeunesse illusoire.

vendredi 18 novembre 2011

Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle


Ce qu'il y a de passionnant quand on se plonge dans un album de Guy Delisle, c'est qu'il nous met dans sa situation : nous sommes un étranger dans un pays inconnu où tout est à découvrir.
Pour suivre son épouse, en mission en Israël pour Médecins sans frontières, le voici, après la Birmanie, Pyongyang et Shenzen, à Jérusalem. Petit à petit, souvent avec une poussette mais toujours avec un carnet de croquis, il va sillonner la ville puis le pays, notant au gré de ses promenades un détail comique, troublant ou absurde de la vie si compliquée de cette partie du monde. Le regard que porte cet auteur est celui du Candide mais avec une touche de dérision tout à fait salutaire.
Comme nous, il essaie de comprendre cet environnement miné par les religions, les conflits de toutes sortes, parfois des plus absurdes, mais avec une touche tellement personnelle que l'on se prend un plaisir fou à le suivre dans ces lieux où tout est quadrillé, surveillé, démoli, insalubre ou sidérant de beauté.
Cela peut être léger comme une kippa Spiderman vendue dans une boutique, agaçant mais drôle comme cet appareil à l'entrée de son immeuble qui diffuse un sourate dès qu'il ouvre la porte ou tout simplement proche de l'absurde comme ces lieux saints confiés mais disputés par six tendances religieuses différentes.
Je ne pense pas que l'on soit plus éclairer sur le conflit israëlo-palestinien après la lecture de cet album. Mais une chose est sûre, on en apprend dix mille fois plus qu'un long reportage d'Envoyé Spécial grâce à cette myriade de détails du quotidien génialement observée par Guy Delisle. Son oeil faussement naïf mais affuté parvient à nous représenter Hebron, bande de Gaza, colonies et autres territoires occupés  à hauteur humaine, sans jamais nous ennuyer, avec une bonhommie et une clairvoyance qui tient de la prouesse.
A lire sans tarder!

mercredi 16 novembre 2011

Non ho mai smesso de Laura Pausini

La carrière de Laura Pausini semble marquer le pas en France. Est-ce que ce nouveau titre, le deuxième extrait de son dernier album connaîtra une carrière aussi brillante que "Solitudine" ? A vous de juger avec ce clip façon flash mob tourné à Milan il y a une semaine...

mardi 15 novembre 2011

Le journal intime de Benjamin Lorca de Arnaud Cathrine

J'aime bien le chanteur Florent Marchet, son air décalé de danseur solitaire de boîte ringarde du fin fond du Poitou. En surfant sur le net, j'ai appris qu'il avait concocté quelques vidéos et spectacles avec l'écrivain Arnaud Cathrine. N'ayant jamais lu cet auteur, bien qu'il ait officié quelques temps sur France Culture, je me suis donc plongé dans son dernier livre paru en poche: Le journal intime de Benjamin Lorca.
C'est un récit à quatre voix autour d'un romancier mort une dizaine d'années plus tôt et qui a laissé dans un ordinateur un ultime texte : son journal intime.
Ces quatre voix, sont quatre personnes qui ont aimé, chacune à leur manière ce Benjamin : un éditeur, amoureux transi, son jeune frère, une ancienne maîtresse et son meilleur ami. Chacun apporte son éclairage particulier sur ce Benjamin, personnage fuyant, dont personne n'a compris le suicide.
Ca se laisse lire, car écrit dans un style plaisant mais j'ai senti que l'enjeu de ce livre était ailleurs que dans le réel portrait de ce Benjamin Lorca et de son mystérieux journal intime.
J'ai eu l'impression d'avoir, en creux, le portrait de l'auteur et de son entourage. Ne connaissant pas les autres écrits d'Arnaud Cathrine et encore moins ses amis, j'en reste au stade des questions. Si quelqu'un a les véritables clefs de ce roman, je souhaiterai qu'il m'en fasse part (à moins que je ne fabule un peu, voulant donner à ce plaisant roman un intérêt qu'il n'a peut être pas).
A ce stade de l'enquête, je n'en suis qu'à la phase du questionnement :
Benjamin, est-il le portrait de l'auteur ou est-ce une évocation de Vincent de Swarte, autre écrivain décédé en 2006, à qui est dédié ce roman?
 Est-ce le même Benjamin qui est évoqué dans la chanson figurant sur le dernier album de Florent Marchet?
Ronan, l'ami qui pousse sur scène le Benjamin du roman, est-ce Florent Marchet?
Ce livre est-il lu et apprécié par quelqu'un qui ne fait pas partie de la bande d'Arnaud Cathrine?
Arnaud Cathrine, est-il vraiment traversé par une envie de suicide et nous envoie-t-il avec ce roman un appel au secours?
Dans ce cas que font ces amis?
Bon, j'arrête là, car je vais finir par écrire la suite ce livre, mais sans le talent narratif de l'auteur, qui réussit à nous offrir un roman finalement très stimulant.

lundi 14 novembre 2011

Beauty de Oliver Hermanus

Je voulais avoir des nouvelles de l 'Afrique du Sud en allant voir "Beauty" d'Oliver Hermanus, mais ma curiosité n'a pas vraiment été satisfaite.
J'ai suivi le parcours d'un homme cinquantenaire, blanc, afrikaner, solitaire, qui flashe sur le fils d'un ami, ne vivant que pour le suivre, l'observer et plus si possible...
C'est filmé de façon très contemplative, le réalisateur essayant de nous mettre dans la peau du personnage principal, nous transformant en voyeur, espérant ainsi mieux nous faire partager ses démons.
Je l'avoue, je n'ai pas vraiment goûté aux plaisirs du voyeurisme. Mon esprit a pu passer du temps à observer les arrières plans du film, mais, là non plus,  il n'y avait pas grand chose à se mettre sous l'oeil.
Le film se passant chez des blancs, isolés, racistes et homophobes. On ne voit qu'une fac remplie de blancs, une plage visiblement interdite aux gens de couleur et des restaurants où la seule personne de couleur est bien sûr le serveur.
Bon, il reste le sujet principal du film, plus universel sans doute, avec cette homosexualité refoulée du héros principal. Là aussi, malgré la présence certaine de l'acteur principal, Deon Lotz, au regard bleu acier et à la rondeur vaguement attendrissante, on reste sur notre faim. Les scènes s'étirent interminablement, on suit le beau jeune homme, on le regarde vivre mais il ne fait pas grand chose d'intéressant.
A deux reprises, nous avons droit à deux scènes plus hards. La première rassemble quelques hommes blancs dans une ferme isolée, lieu d'une orgie homosexuelle glauque, notre héros sodomisant un compagnon de passage tout en matant un film porno gay. La deuxième, tout aussi sinistre, je ne la narrerai pas puisqu'elle constitue le point crucial du dénouement de ce film et que je ne veux pas gâcher le plaisir de ceux qui iront le voir (?).
Bref, un film au sujet fort mais mais dont la mise en scène extatique limite la portée. Dommage, pour une fois qu'un réalisateur voulait sortir de l'esthétique clip...

dimanche 13 novembre 2011

Contagion de Steven Soderbergh

"Contagion" est un film pédagogique. Tout ce que vous devez savoir sur la propagation d'un virus mortel est contenu dans le film. Et bien sûr, on sait tout sur la panique qui s'installe, les dérives des charlatans qui ne manquent pas de faire de l'argent sur le dos des crédules via internet, ni sur la folie de la population prête à tout pour survivre.On suit également les difficultés et l'obstination des chercheurs à trouver un vaccin dans l'urgence.
Ce qui surprend le plus dans ce film c'est la manière dont le réalisateur a filmé cette catastrophe, sans emphase, sans effets spéciaux, tout en froideur et rigueur. Le spectateur suit l'intrigue sans s'ennuyer une seconde, accroché aux basques de la pléiade de stars convoquées par Steven Soderbergh. C'est du boulot de pro, bien fait et tout à fait recommandable.
Pour le fun, je mettrai un petit bémol pour les fans de Gwyneth Paltrow, Kate Winslet et Marion Cotillard.
Je ne sais pas si Steven Soderbergh est un tantinet misogyne, mais le sort réservé à ces actrices est plutôt peu glamour. Gwyneth disparait très vite, emportée par le virus puis trépanée en gros plan... Pas plus enviable, Kate se retrouve bien vite allongée dans un gymnase avec plein de tuyaux partout... Quant à Marion Cotillard, médecin de l'OMS, elle est  kidnappée par une famille chinoise et abandonnée à son sort, le temps de la retrouver très vite vers la fin pour un échange express contre des vaccins.
Que me souffle-t-on dans l'oreille ? Jude Law? Matt Damon ? Ah oui, le premier n'est pas au summum de sa beauté, affublé d'une prothèse dentaire bien peu seyante et coiffé d'une casquette hideuse ou d'un plastique transparent assez ridicule et le deuxième a des allures de bon américain empâté par la bière.
Disons alors que, pour faire plus crédible, les stars ont été invitées à faire le plus possible "peuple" mais pas people.

vendredi 11 novembre 2011

Le premier été d'Anne Percin

Il y a des romans formidables qui passent totalement inaperçus. On peut se demander pourquoi. Peut-être qu'ils ne sont pas publiés chez le bon éditeur. Ou bien, l'attaché de presse n'arrive pas à faire le buzz. L'auteur, jeune et pas encore connu, a beau avoir un vrai talent, cela ne suffit pas pour intéresser les médias avides de soufre ou d'originalité.
Pourtant, en surfant sur le net, les blogueurs spécialisés livres, ont été nombreux à aimer et défendre "le premier été" d'Anne Percin et ce, dès la mi-aout. Mais, les bulldozers de la rentrée destinés à truster les prix, ont laminé les espoirs de prétendants trop tendres, trop fragiles.
Fragile, il l'est ce deuxième roman d'Anne Percin (pour les adultes, car elle écrit beaucoup pour les adolescents). L'histoire, au départ banale, de deux soeurs se retrouvant pour vider la maison de leurs grands-parents en Haute-Saône et qui sera propice aux souvenirs, séduit très vite grâce à une écriture absolument magnifique. Il y a longtemps que je n'avais pas été aussi transporté par la plume d'un écrivain d'aujourd'hui.
Tout sonne juste dans cette histoire. Le désoeuvrement de cette jeune fille en vacances à la campagne chez ses grands-parents est décrite avec une telle minutie que l'on ne s'ennuie jamais car l'auteur instille dans son récit les germes d'un drame à venir. Le soleil nous brûle, les herbes nous picotent les jambes, on croit entendre Etienne Daho, les coquelicots sont rouges comme le sang, nos sens sont en éveil comme ceux de l'héroïne qui découvrira un amour dont elle portera les stigmates toute sa vie.
C'est court, c'est précis, c'est passionnant et l'on referme le livre bouleversé car cette histoire, menée comme un polar psychologique, vire, lentement mais sûrement, vers un univers vénéneux et cruel.
Personnellement, et bien que je sois un garçon, j'ai retrouvé les émotions, les odeurs, les images de mes étés d'adolescent, où, partagé entre l'ennui et le hit parade d'Europe1, entouré d'un monde encore un peu agricole qui vivait ces derniers instants, je découvrais ces sensations nouvelles d'un sexualité balbutiante.
Ce livre est pour moi une vraie madeleine de Proust mais surtout un roman parfaitement réussi. BRAVO!
Le premier été d'Anne Percin aux éditions du Rouergue, 16€

jeudi 10 novembre 2011

Comme un pou d'Eric Battut

Eric Battut, dont la production est nombreuse, sort ces temps-ci chez un petit éditeur nantais, Gulf Stream, une jolie petite histoire de pou.
 "Comme un pou" est un récit en randonnée. Théophile fait le bonheur de ses parents tellement il est moche. Mais, lui voudrait être beau et élégant comme ces animaux qu'il croise au gré de son périple. En imitant leur élégance, il se transforme en une fashion-victime très improblable jusqu'à ce qu'il rencontre Brigitte...
Avec une chute gentiment morale, cet album plaira aux enfants un peu solitaires, aux complexés de la récré ou à ceux qui, dans ce monde d'image, ont une mauvaise perception de la leur. Les illustrations simples et fraîches donnent une vision plutôt sympathique de ces bestioles qui parfois font hurler les parents quand elles envahissent les têtes des enfants.
Un seul bémol, la présence d'étranges nuages marron, noirs et pointus qui assombrissent un peu le propos de cet album hautement recommandable.

mercredi 9 novembre 2011

Léonard a une sensibilité de gauche de Vincent Delerm

A l'heure où nos stars tordent leur nez refait quand on leur pose la question de leur engagement pour la prochaine élection de mai 2012, Vincent Delerm, lui, n'hésite à s'engager. Son nouveau disque, est un livre pour enfant avec CD intitulé "Léonard a une sensibilité de gauche".
Les gens qui ont une sensibilité de droite snoberont l'objet et les gens de gauche plutôt rock branché aussi.
Il restera le public bobo, sûrement enseignant et parent d'un délicieux mouflet un peu tête à claques, pour assurer le succès de cet album. Et ils auront raison. (oui, oui, je dois faire partie des bobos !)
L'écoute de cette histoire est un régal. Il s'agit d'un dialogue entre un jeune garçon (Batiste Rebotier) et son grand père (Jean Rochefort délicieusement décalé et dépassé), entrecoupé de quatre chansons de Vincent Delerm finement écrites pour donner au texte une vraie résonance.
Dans ce dialogue aux consonances politiques, le petit garçon demande à son grand-père ce que c'est qu'être de gauche. Et il a bien du mal ce grand père à définir cette sensibilité. Il la trouve dans la chantilly qu'il oppose à la gaufrette plutôt de droite. Bien placer son argent et trouver la Marseillaise adorable, c'est  également de droite. Par contre avoir peur d'une piqure, faire des choses inutiles ou aimer perdre son temps, c'est de gauche. Facile me direz-vous. Oui, mais quand l'auteur pense qu'avoir une attirance pour les choses mélancoliques c'est de gauche, l'album prend soudain une tournure plus profonde et le dialogue devient vraiment émouvant, porté par la voix profonde de Jean Rochefort puis enrichi par une délicate chanson intitulée "Je préfère les choses après".
Quelques pirouettes supplémentaires, un petit échange humoristique sur une certaine politique d'immigration et l'histoire s'achève sur une dernière chanson très réussie, à la mélodie entêtante, "Tonton Paolini" :
"Un soir de bal
Un feu de Bengale
Une place
Et puis des gens qui passent
Un bord de mer 
Un livre ouvert
Une glace
Et puis le temps qui passe
Ca sert à quoi
Ca on n' sait pas
Ca sert à rien 
C'est ça qu'est bien 
C'est le contraire de la vie
De tonton Paolini
Enfermé dans la petite boîte
En cravate..."
Sur un sujet casse gueule, Vincent Delerm, avec délicatesse et humour, réussit un album pétillant qui s'adresse aussi bien aux parents qu'aux enfants et qui n'est en rien un manuel d'endoctrinement, mais plutôt hymne à la fraternité et à la simplicité.
Léonard a une sensibilité de gauche de Vincent Delerm édité chez Acte Sud Junior 23€,
à partir de 7 ans






mardi 8 novembre 2011

Des vies d'oiseaux de Véronique Ovaldé

Si j'étais le héros d'un roman de Véronique Ovaldé intitulé "Des vies d'oiseaux", je serais riche, beau et sans conversation ou bien pauvre, boiteux ou très maigre mais avec une profondeur de regard et d'âme comme vous n'en rencontrez pas tous les jours.
Si ma femme était une héroïne du même roman, elle serait blonde, très blonde, d'une grande beauté, riche et elle s'ennuierait énormément malgré sa fortune, sa belle maison avec piscine. Elle passerait toute la journée à observer l'océan par la fenêtre de sa cuisine, elle se regarderait vieillir et attendrait que les événements viennent à elle.
Si ma fille était une adolescente du même roman, elle serait blonde, très blonde et aussi belle que sa mère mais aurait une meilleure amie moche, pauvre et qui serait emportée par le cancer. Elle se révolterait en fuguant avec un jardinier louche et lui consacrerait sa vie sans rien dire, folle éperdue d'amour.
Mais la vie de ma famille n'est pas une vie d'oiseaux comme chez Véronique Ovaldé et c'est tant mieux! Nous habitons un monde réel, avec de vrais gens, des voisins, des événements petits ou grands, des petits problèmes matériels et pas forcément avec vue sur mer.
 Ce monde éthéré, décrit dans ce roman, est peut être ce qui fait sa grande particularité et je reconnaîs la grande habilité de l'écrivain à inventer un univers original. Tout est calme, sans grande passion, tout en retenue  bien que l'on sente qu'un danger flotte au lointain. Et quand on s'approche de ce danger, on l'affronte, stoïque, presque avec le sourire aux lèvres comme si tout cela n'avait guère d'importance.
Pour moi, c'est la grande limite de ce roman. Je ne suis pas réellement rentré dedans, tout y est si léger. J'ai eu l'impression que le pays imaginé par Véronique Ovaldé, n'était habité que par les personnages du livre, errant dans des villes dépourvues de vie, d'habitants. Leurs petits problèmes ne m'ont nullement ému mais j'ai poursuivi ma lecture jusqu'au bout, sûrement emporté par la délicatesse du propos.
J'ai bien senti que l'auteur jouait à contre-courant de l'époque, refusant toute surenchère, toute hystérie voulant entraîner son lecteur dans un monde de douceur et de subtilité.
Mais, hélas pour moi, je n'ai pas marché comme je n'ai pas compris la dernière phrase prononcée par le nouvel amour de l'héroïne en fin de livre :"Si tu voulais des garanties, ma douce, il fallait acheter un toaster", phrase suivie par ceci : "alors elle se laissera aller à son inclination, elle s'amollira dans ses bras et goûtera ce moment".
Je n'ai pas vraiment goûté ce roman mais peut être parce que j'ai un toaster...




                            Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux aux éditions de l'Olivier  19€