samedi 11 août 2018

Under the Silver Lake de David Robert Mitchell


Attention chef d'oeuvre ! " Under the Silver Lake"  sera l'une des plus grosses claques cinématographiques que vous prendrez cette année ( et sans être maso !). Pour cela, il vous faudra lâcher prise ( terme tellement employé ces temps-ci qu'il finit par ne plus vouloir rien dire, mais qui convient tout à fait à l'état qu'il vous faudra atteindre lors de la projection du film). Oubliez les récits formatés, linéaires, bien calibrées, aux intrigues bien ficelées qui expliquent longuement un pourquoi et un comment que vous aviez deviné bien avant. Laissez-vous porter par le cinéma de David Robert Mitchell. Dès les premières images vous percevrez un univers personnel, particulier, un sentiment d'étrangeté, de décalage.
La caméra s'attache à Sam, trentenaire au bord de la rupture sociale, visiblement enclin à rêver la vie pour mieux oublier la sienne. Et grâce à une voisine qui déménagera aussi vite qu'elle est apparue, sa capacité à rêver, voire délirer, se verra décuplée. La suite ? Tout un labyrinthe de chemins, de pistes accompagné par des travellings ( certains magnifiques et sans doute inspirés par Brian de Palma) ou par des plans collant à Andrew Garfield, l'interprète principal aux allures d'Anthony Perkins en version nettement moins coincé ( un des multiples hommages à Alfred Hitchcock). Nous déambulons avec lui dans un Los Angeles étrangement réel par rapport à une intrigue bien barrée. Le scénario rebondit là où l'on ne l'attend pas, s'embringue dans de fausses pistes, en emprunte d'autres pour mieux les dynamiter, bref ne nous laisse aucun répit car toujours surprenant.
On se laisse porter, séduire, étonner. Ca ressemble un peu à du David Lynch mais en nettement plus pêchu. Les références nombreuses ( Hollywood oblige) ne sont jamais pesantes et rajoutent un côté encore plus ludique au film. Toutefois cette balade hallucinante n'est pas du tout un exercice de style gratuit  car elle véhicule un fort désenchantement sociétal, plaçant cette jeune génération montante dans un cercle infernal, avec pour vertige existentiel une éventuelle théorie du complot ( la pop culture n'est qu'une manipulation idéologique) et cette lancinante impression que le monde actuel n'a absolument pas besoin de vous.
Film fou, gigogne mais ultra maîtrisé, "Under the Silver Lake" éblouit par son inventivité et sa profondeur. Si le précédent long-métrage de David Robert Mitchell ( "It Follows") ne m'avait pas convaincu, celui-ci par son côté protéiforme, apparaît comme une oeuvre d'art contemporaine qui a chaque nouvelle vision ( grand écran conseillé) dévoilera encore des aspects passés inaperçus. Du grand art inspiré et fascinant !


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