mardi 9 octobre 2018

Les morts de Christian Kracht


Avec un titre pas vraiment vendeur, "Les morts", si on le résume, n'a rien d'un roman morbide ou nécrophile ou sanglant. Il se déroule au début des années 30, dans deux pays visant un certain expansionnisme pas des plus démocratique : l'Allemagne et le Japon. L'esprit guerrier de l'époque ne se focalisait pas uniquement sur des territoires ou des ethnies, mais sur la domination culturelle. Ainsi, pour lutter contre l'impérialisme cinématographique américain, les dirigeants des deux pays décident d'unir leurs forces, et leurs deniers, pour tourner une superproduction pouvant à la fois damer le pion à ce que l'on n'appelait pas encore des blockbusters mais également servir de propagande pour leurs visées à tendances fascisantes. Les fonds et la réalisation seront allemands et l'oeuvre tournée au Japon. Comme la plupart des grands cinéastes allemands ( Murnau, Fritz Lang, ...), finauds, ont déjà pris le chemin de l'exil, le choix se porte sur un certain Emil Nägeli, cinéaste suisse allemand, auteur d'un seul film remarqué et à la personnalité un peu fade. Cela tombe bien pour lui, sa fiancée, un brin délurée, vit justement au Japon...
Contée ainsi, cette trame laisse augurer un roman engagé sur des bases apparemment classiques et s'inscrit sans problème dans ce courant actuel d'ouvrages romanesques situés dans ces années 30 qui rappellent tellement notre époque actuelle. A la lecture, l'ensemble s'avère nettement plus déroutant.
Divisé en trois parties, le roman débute par une scène d'hara kiri filmée secrètement ...dont on n'entendra plus parler. Puis, l'auteur s'attarde sur l'enfance assez rude des deux personnages principaux pour finalement dérouler son histoire de film dans une deuxième partie qui mêlera personnages fictifs avec d'autres plus réels ( comme Charlie Chaplin en tournée au Japon). Jamais réellement linéaire, le récit prend le temps de baguenauder, avec de courts chapitres qui pourraient parfois être des nouvelles, vaguement humoristiques mais aussi tragiques. Certaines phrases, une peu emberlificotées ( et je ne pense pas que ce soit un problème de traduction) rendent l'ensemble un peu obscur, voire maniéré. On oscille entre légère parodie, ironie, drame, trame politico/historique et réflexion sur l'art sans jamais percevoir le réel enjeu de l'ensemble.
Certes, on compte quelques morts dans ce roman, mais l'essentiel n'est pas là mais plutôt dans la création d'une fausse anecdote historique, pas inintéressante mais un brin déconcertante. 

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