mardi 15 janvier 2019

Mes vies secrètes de Dominique Bona

Ca commence par une scène de naturisme un peu comme dans " Sérotonine"  ... puis continue par une évocation de photos de jeunes femmes ne cachant vraiment rien de leur intimité...  Diable ! Dominique Bona de l'académie française, romancière et surtout biographe, a-t-elle décidé de fendre l'habit vert en nous livrant les nombreux souvenirs de ses longues recherches dans l'univers de celles et ceux dont elle a évoqué la vie ? Rassurez-vous, après ce démarrage très dévêtu, la suite retrouve les allées gracieuses de l'élégance et de l'érudition qui font le sel de ses écrits.
Romain Gary, Berthe Morizot, les soeurs Hérédia, Gala, Camille et Paul Claudel, Stefan Sweig se retrouvent compilés dans cette évocation qui allie autant leur vie ( ici juste évoquée) que l'impact qu'ils ont eu sur l'auteure. Sans entrer réellement dans les coulisses de la création d'une biographie, " Mes vies secrètes"  conte avec délicatesse les émotions que Dominique Bona a ressenties pour cerner au mieux les personnages sur lesquels elle dirigeait son projecteur empli d'affection mais aussi de fine psychologie. Ces rencontres ont pu être, réelles, avec les descendants de ces personnalités, de papier ( travail d'archive) ou architecturales en visitant les maisons ou châteaux qui ont abrité les créations ou les amours de ces êtres souvent d'exception. Elle se plaît à noter qu'elle croisa certains plusieurs fois au gré des différentes biographies. Elle y voit un joli clin d'oeil de la vie... comme ceux d'une deuxième famille de papier qui se retrouve ainsi parfois réunie. Pour le lecteur, cette charmante bienveillance procure un joli moment de lecture, de bon ton, de bon goût. Toutefois, en filigrane, ne peut s'empêcher d'apparaître une certaine littérature de l'entre-soi.
Dominique Bona, dans ses biographies, a principalement narré les vies d'artistes de la première moitié du 20 ème siècle. Qu'ils soient peintres, sculpteurs ou écrivains, ils se sont tous plus ou moins croisés, aimés, épousés, trompés avec la soeur de l'un, le mari de l'autre.  Notre auteure, se plaît à retrouver quelques personnalités secondaires qui apparaissent dans plusieurs de ses biographies, parfois dans un lit en amant ou maîtresse, plus souvent dans un cercle mondain. Elle s'émerveille de ces retrouvailles, de ces petits liens que beaucoup entretenaient. Le lecteur perçoit surtout que ces riches créatifs ( pour la plupart) ne sortaient pas de leur milieu, habitaient tous dans le 16 ème et s'ils allaient à la campagne, c'était en groupes bien choisis puis bien cachés dans une grande demeure. Cette impression se renforce d'autant plus que dans la partie contemporaine de son récit où, Dominique Bona, en fille de bonne famille, raconte tout à fait innocemment ses amitiés avec pas mal d'écrivains bien introduits dans le milieu littéraire, Michel Mohrt, Jean-Marie Rouard, François Nourrissier, ...,  académiciens dont la production littéraire un peu poussiéreuse servit ( ou sert)  surtout à emplir les colonnes du Fig Mag. Une petite distance affleure, comme si le lecteur faisait intrusion dans un dîner où il n'était pas vraiment convié. Cependant, la belle écriture de Dominique Bona, le joli recul qu'elle a sur son travail et la douceur avec laquelle elle accepte d'entrebâiller ces monde feutrés et confortables, font que l'on passe, malgré tout, un agréable moment en remarquable compagnie. 

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