vendredi 28 août 2020

Effacer l'historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern


 "Effacer l'histoire " joue la carte "comédie de la semaine"  mais exactement aux antipodes de ses nombreuses consoeurs qui défilent mercredi après mercredi sur nos écrans. Non formatée aux exigences de quelques chaînes télé, ayant du sens et un tantinet politique, elle s'avère très réussie et infusera longtemps dans l'esprit des spectateurs. 

Longtemps ?! ...Peut être pas pour tout le monde si j'en juge par les 3 spectateurs de ma rangée qui ont déserté la salle au bout d'un quart d'heure avec force commentaires du genre ; " C'est n'importe quoi ce film !" ou "  C'est même pas bien filmé !" et " On reveut Kev Adams !" ( non, ça c'est faux...) . 

Faut dire que le film nous prend tout de suite à rebrousse-poil. Les habitués des images proprettes et cadrées joliment façon téléfilm sympa, se voient imposer une sorte de super16 gonflé pour grand écran, un peu granuleux et façon Martin Parr piqué de décadrage. Ce n'est pas du tout aimable à l'oeil, accentue sans doute l'effet borderline des personnages mais reste peut être le seul petit point noir du film , qui en assumant un format plus classique aurait sans doute mieux atteint son but auprès d'un certain public. 

Hormis cela, le film se révèle aussi mordant qu'inventif, aussi grinçant que militant et aussi drôle que triste. On rit énormément, mais les trois personnages sont dans une telle misère, que le rire se transforme en grimace parfois, Jamais caricaturaux, toujours aimés par les deux réalisateurs, ces trois exploités d'un libéralisme numérisé nous renvoient comme un miroir un portrait gratiné de notre société de consommation. Comme cette fois-ci, le scénario semble plus travaillé que d'ordinaire ( par rapport aux précédents films du duo, moins d'errances ou de moments inutilement longuets), le spectateur n'est pas perdu en route et assiste à une succession de scènes d'anthologies aux dialogues percutants. Longtemps après la séance, une réplique, un gag, viennent nous redonner le sourire voire l'envie d'envoyer valser tous ces GAFA qui nous pourrissent insidieusement la vie. 

Pas vraiment aimable mais diablement impertinent et porté par un trio d'acteurs impeccables ( Corinne Masiero sobre et efficace et surtout Blanche Gardin qui porte l'essentiel du film), "Effacer l'historique" dépoussière avec brio la comédie française et, n'en déplaise à certains, permet de faire se poser quelques questions sur nos comportements. Encore faut-il accepter l'effort qui est demandé. Mais actuellement c'est tout, tout de suite ou, hélas, rien pour ceux déjà complètement aveuglés par le formatage ambiant. 




1 commentaire:

  1. J'espère ne pas l'effacer tout de suite de mon historique, perso j'ai adoré !

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