mardi 5 mars 2019

Changer le sens des rivières de Murielle Magellan


Quelle drôle d'idée que cette illustration de couverture que d'aucuns pourraient trouver hideuse et peu vendeuse ! Elle ne ressemble en rien à ce que l'on pourra découvrir derrière sauf peut être la Ford Fiesta ( mais dans cette silhouette noire, difficile de reconnaître un modèle particulier), la vieille quasi épave de Marie l'héroïne. Certes sa vie n'est guère sautillante, même si le roman débute par une jolie scène de séduction qui tournera court. Mais qui peut se targuer d'enchaîner les jours avec un bonheur constant ? Sûrement pas les trois personnages principaux de cette histoire. Pas Marie, jeune serveuse qui doit s'occuper d'un père hypocondriaque, ni Alexandre étudiant qui cherche à percer dans le cinéma, ni Gérard, juge obèse et très taciturne. Tous ne se rencontreront pas forcément mais seront liés par un film de François Truffaut ( "Le dernier métro") qui leur permettra de trouver des liens que l'étanchéité d'une société bien cloisonnée ne leur aurait sans doute pas permis. Il faut dire que ces trois sont à des stades différents de l'échelle sociale. En haut, Gérard, rejeton d'une famille de surdoués, exerce la profession enviée de juge, plus bas, Alexandre, jeune homme très cultivé, vient d'un milieu plus modeste avec ses deux parents instits et occupe pour le moment une place au milieu, tandis que Marie, issue d'un milieu ouvrier passé à côté de toute culture qui brille ou qui pétille, se contente du dernier barreau, en bas. 
Avec ses trois personnages, Murielle Magellan va tresser une très jolie histoire qui verra chacun se débattre dans une vie qui semble inexorablement tracée mais que chacun, inconsciemment ou pas, essaiera de faire sortir des rails. Il y sera question d'ostracisme social, d'altérité ( mot à la mode mais ici traité avec une profonde humanité), de différences culturelles. Avec une écriture claire et limpide, sans jamais tomber dans l'angélisme ni dans les clichés de la lutte contre les élites, le lecteur se trouve embarqué, non pas dans un des nombreux cargos ( quoique...) mouillant dans le port du Havre où se déroule cette histoire, mais dans un récit qu'on ne lâche pas. En brossant parfaitement ses personnages, les rendant ainsi  immédiatement crédibles et attachants, l'auteure parvient avec talent à nous faire frémir, trépigner, râler, lorsque son héroïne prend une direction qu'on ne lui souhaite pas ou nous émouvoir fortement lorsque les paroles de certain(e)s se libèrent. On referme "Changer le sens des rivières" ( titre extrait de la chanson "La beauté d'Ava Gardner" d'Alain Souchon) avec le sentiment heureux d'avoir lu une très jolie histoire, à l'émotion constante et au message plein d'espoir : Il existe pour tout le monde, quelque part, souvent dans la culture, une petite clé qui peut changer une vie... 





2 commentaires:

  1. Une histoire de tresse pas cliché?ça m interesse! si en plus il est question d une fille possedant une ford dont le mot Fiesta n est plus que dans le titre,ça m interesse doublement

    RépondreSupprimer
  2. Peinture très dure de la vie, qui craquèle à plein d'endroits, mais charmée par toutes ces couleurs pastels avec une vraie éloge de la douceur...A la suite de cette lecture, on a juste envie de revoir des films de Truffaut...

    RépondreSupprimer

Gabrielle Chanel , manifeste de la mode

 Une foule essentiellement féminine, gentiment rangée sur le trottoir devant le palais Galliera, patiente pour pénétrer dans l'expositio...