mercredi 20 mars 2019

Nous aurons été vivants de Laurence Tardieu


Hannah aperçoit, dans la rue, une silhouette qui ne peut qu'être celle de sa fille partie sans donner des nouvelles depuis sept ans. Le temps du passage d'un bus qui coupe son champ de vision et la silhouette a disparu. Cette apparition, peut être rêvée, peut être due à une certaine ressemblance de cette silhouette va replonger cette mère dans les affres de la douleur. 
Le roman se divise en trois parties  mais à la même tonalité grave, douloureuse, dépressive, qui au fil des pages vire au ressassement. La première pose le personnage, ébauche son histoire, présente ses amis, son défunt mari, sa fille. On perçoit très bien le gouffre que longe Hannah, son caractère indéniablement porté vers le noir de la vie dont elle arrive à s'extraire, ou tout du moins à l'extérioriser, par la peinture ( son métier). Une écriture grave et sensible nous emporte avec elle sans toutefois nous faire tomber dans l'empathie complète. Cette première moitié du roman s'achève alors que commence à poindre un début d'agacement face à une Hannah que beaucoup considéreraient comme un boulet ( On admire la patience de son amie Lydie qui la porte à bout de bras depuis des décennies). 
La deuxième partie va surprendre un peu car elle va revenir sur les dates importantes de la vie d'Hannah pour finir par revenir à la journée du début qui voit aussi un autre événement bouleverser sa meilleure amie. Et là les choses se gâtent. On tombe dans une sorte de psychologie mille fois lue, un passé sensé éclairer ce présent si triste. Outre, le ressassement de certains faits, évidemment logiques dans le tête de cette femme mais  passablement répétitifs à la lecture, cette construction n'éclaire guère plus sa dépression. L'agacement pointe au fil des pages et il ne faut pas être fin psychologue pour comprendre que Lorette ( c'est le prénom de la fille volatilisée)  a eu tout à fait raison de se barrer loin de cette mère nombriliste, que l'on devine aussi toxique à prodiguer un amour que l'on sent dicté par la pression sociale. Et quand dans la dernière partie apparaît un petit rayon de soleil pour cette héroïne, il y a longtemps que l'indifférence nous a gagnés, alors que l'on sent bien que le projet de l'auteure était d'émouvoir avec ce portrait de mère abandonnée. 
Cette histoire n'a guère trouvé d'écho auprès du lecteur masculin que je suis. La belle plume sensible que l'on perçoit toutefois n'a pas pu me sortir de l'ornière nombrilo/geignarde de l'ensemble, le seul personnage positif étant Lorette,  la méchante fille ... sans doute la plus lucide à la comédie parentale et amicale que se joue son entourage.  


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