jeudi 14 mars 2019

Mon père de Grégoire Delacourt


Contrairement à Delphine de Vigan ou David Foenkinos qui, cette saison jouent l'extrême facilité, Grégoire  Delacourt tente, lui, de redresser la barre en proposant un roman plus ambitieux qu'à l'accoutumée. Thème, construction et même vocabulaire sont convoqués pour l'occasion. Ca marche, puisque la sortie de l'oeuvre est orchestrée par une promo d'enfer vantant la grandeur de l'ouvrage. On parle de choc, de roman coup de poing, de baffe, ... Quelque part c'est vrai, puisqu'on peut y trouver une drôle de musique malsaine qui rend le propos assez dérangeant. 
L'intrigue, pour ceux qui reviennent du fin fond de la Sibérie, tourne autour du face à face d'un père ( de famille) et d'un père ( prêtre). Le deuxième a abusé et violé de nombreuses fois le fils du premier. Le roman est donc un huis-clos qui se veut particulièrement intense et étouffant. 
Sortant au même moment que le jugement du silence de l'église à Lyon sur des crimes pédophiles, mais aussi que le film "Grâce à dieu" , le livre tombe à pic. Mais, contrairement à la sobriété intelligente et digne de François Ozon, Grégoire Delacourt choisit un traitement pour le moins clinquant convoquant tout à la fois du grand-guignol, des interprétations de textes religieux chrétiens autour de Lazare, quelques scènes pédophiles et un twist final (franchement mal fichu puisque compris dès la page 86). Là dessus, se greffe un personnage de père particulièrement déplaisant. On comprend sa colère, mais ici, elle est traitée de façon outrancière, avec une violence type far-west. Je suis mécontent, j'entre dans l'église et je fracasse tout, tout, même les missels sont méticuleusement déchirés. Et que fait le prêtre présent ? Il appelle la police ? Non, il soigne le malheureux qui s'est ouvert la main en faisant exploser une pauvre vierge marie posée là. Il est bon le prêtre.... surtout qu'il n'est pas celui qui a abusé de son fils....  Bon, on s'apercevra plus tard que si... Du coup, le père veut des réponses à sa colère. Pour cela, comme il est fils de boucher et qu'il a amené des couteaux à désosser, il va torturer l'homme d'église tout en lui demandant de raconter le pourquoi du comment. En plus des de nous conter quelques attouchements un peu complaisamment ( Grégoire Delacourt n'a absolument pas le regard clinique de  Christine Angot pour raconter les déviances sexuelles perpétrées par des adultes sur des enfants ), le père demande au prêtre  pourquoi son fils et pas un autre ! ( bien vue cet égoïsme bien actuel ) mais là où on est un peu plus dérangé, c'est quand il rajoute ( la voix du père semble se mélanger à celle l'auteur) : " Ma réaction me range, je le sais du côté des bêtes mais est-ce en être une que de préférer que le mal soit fait à un autre enfant que le sien, qu'un autre soit écrasé à sa place? " ( peut être que oui quand même... ) Et de rajouter : " Posez-vous tous la question et ne mentez pas vos réponses. Posez-vous tous la question  et bénissez le sang sur vos mains."  On peut rester pensif à cela, froncer le sourcil et se demander où l'auteur veut en venir exactement. 
Bien sûr, on trouvera évoquer toutes les questions que posent cette pédophilie au sein de l'église catholique mais amalgamées dans un prêchi-prêcha biblique autour de la figure de Lazare qui se mêle aussi avec les portraits  gratinés de la mère ( j'ai quitté mon mari pour un autre, suis-je coupable ?)  et de la grand-mère ( ah s'ils n'avaient pas divorcé...)   du petit garçon violé. Vous y rajouter une bonne ration de vocabulaire un peu alambiqué ( on nous parle de "palingénésie", on dilacère, on donne un coup d'épissoir...peut être sur la conopée, tout cela nous amenant à faire de la cachexie) et vous vous trouvez face à un roman qui, partant dans de multiples directions, les loupent toutes au final. 
Dérangeant ,"Mon père" tient les promesses de sa promo, absolument pas sur le sujet de la pédophilie en général et celle des prêtres en particulier, bien mieux traité par d'autres, mais parce que lourdement ambiguë, sadique, un peu voyeur et un peu moralisateur sur la famille. 

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