samedi 19 juin 2021

Gabrielle Chanel , manifeste de la mode


 Une foule essentiellement féminine, gentiment rangée sur le trottoir devant le palais Galliera, patiente pour pénétrer dans l'exposition dédiée à Gabrielle Chanel. Les hommes sont rares contrairement aux sacs griffés de la fameuse marque que l'on a sortis du dressing afin d'être totalement raccord avec le lieu. On repère également des ballerines deux couleurs tout aussi en harmonie et quelques deux C entrecroisés ornant des oreilles. 

L'exposition du musée de la mode se consacre uniquement au travail désormais légendaire de Gabrielle Chanel dite Coco, pas de celui de son successeur Karl et encore moins de la vie privée de la redoutable papesse de la mode. Divisée en deux parties bien distinctes, une à chaque étage, correspondant aux deux époques de la maison de couture, nous sommes accueillis dans un couloir sombre où sont exposés les premiers modèles de la créatrice. Nous avançons à petit pas car il y a foule dans un espace étroit... Il faut dire que les modèles présentés, datant pour les premiers des années 1910, attirent l'oeil par leur modernité et, si l'on scrute bien, par l'étonnante complexité de découpes cherchant à gommer au maximum poitrine et ventre de la cliente. Apparaît ainsi un vrai travail de réflexion autour du vêtement, de son usage et de la ligne qu'il doit donner. Comme il y une foule avançant à la queue leu leu, on a grandement le temps et de regarder correctement robes et manteaux ainsi que d'entendre les souvenirs persos des visiteurs rappelant  une tante qui s'habillait en Chanel ou un grenier dans lequel on a retrouvé des tailleurs ayant appartenu à la grand-mère. On déplorera toutefois un éclairage, sans doute conçu pour mettre en valeur ce qu'il expose, qui projette systématiquement l'ombre du visiteur sur les cartels, obligeant  ceux qui les lisent à une étrange contorsion pas toujours gracieuse. Les modèles présentés, nombreux, variés, faussement simples ou simplement luxueux de par les tissus, broderies ou découpes, sont autant une plongée dans le temps que la représentation parfaite de celle qui a contribué à libérer le corps des femmes ( riches). On y rencontre la fameuse petite robe noire (1926) mais aussi le fameux numéro 5 créé en 1921. La guerre arrive, la maison Chanel ferme ses portes et nous, public de l'exposition, descendons d'un étage pour admirer la deuxième partie de la vie de cette déjà prestigieuse marque qui, à cause de quelques fréquentations hasardeuses de sa créatrice durant la guerre, ne rouvrira qu'en 1953. 

C'est la période où va naître le fameux tailleur Chanel en tweed. C'est d'ailleurs l'élément le plus important du sous-sol dans lequel on se trouve, le modèle nous est présenté sous toutes les variations possibles, jusqu'à plus soif. D'ailleurs, le public s'attarde moins, lassé par cette répétition d'un vêtement qui finit par être daté, vieillot et dadame. On commence à sentir que Mlle Chanel se faisait vieille, n'était plus tout à fait de son temps... Il n'y a qu'à voir les quelques modèles de la collection de 1968, robes sages de débutantes  qui montrent combien la désormais assez acariâtre Gabrielle Chanel, ne sentait plus rien de son époque et restait accrochée à de vieilles valeurs. Si le tailleur reste iconique, cette deuxième vie de la maison Chanel reste moins (im)pertinente que la précédente, seules peut être les robes portées par Delphine Seyrig dans le film d'Alain Resnais " L'année dernière à Marienbad" procurent un moment d'émotion sans doute dû plus à la magie du cinéma et de la comédienne que par la création de la couturière. 

Les passionnés de la maison, les fans de couture trouveront sans doute du plaisir à visiter quelques décennies de la création de cette maison célèbre ( remagnifiée depuis par Karl Lagerfeld et Virginie Viard). On pourra aussi y voir l'éclat d'une jeunesse créatrice et la lente retombée dans un conformisme vieillot. Ainsi va la mode et ses créateurs, même chez Chanel... 




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