vendredi 18 juin 2021

Seize printemps de Suzanne Lindon


 Prenons deux adolescentes de 15 ans ( presque ) au hasard : Suzanne Lindon ( Paris) et Suzanne Londin ( Saubusse ...dans les Landes). Toutes les deux éprouvent le même mal de vivre, l'impression de ne pas être bien dans leur époque ou avec les gens de leur âge. La première, fille de comédiens célèbres et adulés, va coucher son spleen dans l'écriture d'un scénario. La deuxième, fille d'infirmiers, va découvrir une petite passion dans la lecture et chasser l'ennui en dévorant tout ce qui lui tombe sous la main. Une fois leur bac réussi brillamment, l'une, via le lycée Henri-IV ( Paris) et l'autre via le lycée de Borda ( Dax),  vont mettre à profit cette adolescence pour monter un projet qui lui tient à coeur, histoire de se sentir exister. Suzanne Lindon va trouver une productrice pour tourner son premier film à 20 ans, obtenir 200 000 euros, engager des comédiens Dominique Besnehard, deux de la Comédie Française), obtenu un soutien de la maison Chanel et vogue la galère. De son côté Suzanne Londin décide de mettre sa passion de la lecture en vidéo en donnant son avis sur ces lectures via Youtube et en intégrant une classe prépa littéraire à Bordeaux. 

Une pandémie plus tard, le film de Suzanne Lindon obtient un label Cannes, finit par sortir sur les écrans avec la promo inhérente dans les médias qui comptent ( beau passage chez "Quotidien" émission produite par Laurent Bon également coproducteur du film) et sa réalisatrice devient célèbre en une semaine.  La petite chaîne Youtube de Suzanne Londin, trop éloignée du traitement de la production littéraire mainstream, réunit autour de 450 vues par vidéo, pas assez pour être une influenceuse. Cependant, son travail en classe prépa lui a permis de réussir le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure. Question : qui est, sera, la plus heureuse? 

La réponse peut apparaître évidente. Face à une fille de stars, sacrée star elle même ( ça va très vite de nos jours)  et devenue depuis égérie de la marque Céline,  une normalienne qui planche quotidiennement sur les écrits de tous les grands écrivains, il n'y a sans doute pas photo... ou plutôt si, car en y regardant de plus près, un mot peut les réunir et faire la différence : exposé. Suzanne Londin fait des exposés ( des mémoires) et est notée par son prof  ne s'exposant qu'à quelques commentaires que l'on peut prendre pour formateurs. Suzanne Lindon, son exposé est un film.... donné au jugement des pros mais aussi des spectateurs. Si les pros peuvent se montrer bienveillants pour cette première oeuvre, dont le qualificatif de " fragile" cache pudiquement un film pas terrible, beaucoup ont quand même souligné l'inanité de l'ensemble, les spectateurs, eux, risquent de se montrer plus impitoyables devant le spectacle proposé ( on aime à notre époque casser du fils/fille de). Le baptême du feu a commencé pour Suzanne Lindon avec un haro des féministes suite à des déclarations sur France Inter, mais je pense que le pire reste à venir.... quand son "Seize printemps" aura été vu. Franchement, on peut se poser des questions en voyant la chose : histoire au bord de l'insignifiance, situations improbables, dialogues même pas niais juste d'une platitude extrême. Le film reprend des codes de "Diabolo menthe" ici, diabolo grenadine et une jolie chanson, Vincent Delerm remplaçant Yves Simon à la composition.  Suzanne Lindon joue aussi avec son image, rappelle celle de Charlotte Gainsbourg dans L'effrontée" mais évite le côté narcissique avec un gracieux mélange d'apparente timidité et de fragilité ainsi que toute ambigüité quant au côté relation trouble entre une adolescente et un homme presque quarantenaire. On reste quand même pantois devant cette chose plus qu'anodine, même si on peut sauver la scène de danse à la terrasse du bar, joli moment gracieux ( repris en intégralité sur Youtube) mais qui ne justifie pas le label Cannes 2020 trop généreusement attribué  (Thierry Frémaux est remercié dans le générique). 

Franchement, une fois que le film aura été vu, je ne pense pas que le sort de Suzanne Lindon soit enviable, star peut être, des euros par milliers aussi mais au prix de moqueries, de méchancetés, de critiques pas aimables sur son film raté et pas prometteur pour deux sous. Il vaut mieux alors mille fois l'anonymat de Suzanne Londin ou alors, ces personnes de part leur milieu d'origine sont blindées et d'une nature quasi inhumaine. 



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