dimanche 27 juin 2021

Indes Galantes de Philippe Béziat


 Après son fameux court-métrage 'Indes galantes" sur le tube de Jean-Philippe Rameau "Les sauvages" tiré de l'opéra du même nom, Clément Cogitore se voit proposer par l'Opéra Bastille de mettre en scène la totalité de l'oeuvre ( 3h50). 


Indes galantes de Clément Cogitore ( 2017)

Le documentaire autour de cette création unique qu'en a tiré Philippe Béziat est bien plus qu'un making off, mais bien un film à part entière, formidable concentré politique autour d'une prise de la Bastille culturelle qui a pu échapper aux néophytes de l'art lyrique ou du grand public en général. 
Petit rappel des faits : 
En 2017, suite à son court-métrage, Clément Cogitore, artiste contemporain et cinéaste, commence son travail d'adaptation des "Indes Galantes", la replaçant à notre époque et en intégrant dans sa mise en scène 30 danseurs de hip hop, de Krump, bref de danses dites urbaines ( en gros, pour le bourgeois, de banlieue...). Deux ans de travail pour arriver en septembre/octobre 2019 à 15 représentations qui vont enthousiasmer le public,  diviser la critique et donner une vraie gifle de modernité à l'opéra, genre où il y règne plus de puristes traditionnels que dans n'importe quel milieu conservateur.  
Le film de Philippe Béziat nous raconte cette aventure autant humaine qu'artistique par le biais du regard des danseurs. Et ce regard est celui d'hommes et de femmes qui pénètrent dans un univers qui leur était fermé à double tour. A-t-on déjà vu des danseurs de rue ( de banlieue, de couleurs ) fouler la scène d'une institution telle que l'Opéra Bastille et de se mêler  aux chanteurs lyriques et au choeur? Ils l'investissent avec rigueur, confiance envers le metteur en scène et la chorégraphe Bintou Dembélé qui met en évidence leur immense talent. Et la greffe prend, le choeur se mélange aux danseurs, aux musiciens  et aux chanteurs pour aboutir au final à un spectacle totalement moderne, nouveau, fascinant. Les danseurs ne sont pas dupes. Ils savent bien que les puristes ne laisseront pas l'opéra se laisser envahir . "On a mis le pied dans la porte de l'ascenseur, pas certain qu'elle s'ouvrira " dit très justement un danseur. Le film est monté comme un opéra avec différents mouvements, des plus lents, des plus forts et se termine en une tempête enthousiasmante, très émouvante et symbolique, poings levés. Une sorte de prise de la Bastille contemporaine, dont on espère que l'aura révolutionnaire, qui n'est pas immédiat, infusera profondément. 
"Indes Galantes", véritable plaidoyer pour la modernité et surtout la beauté de la diversité et de tous les mélanges, emporte le spectateur par de multiples entrées autant documentaires (sur le montage d'un opéra et de toute l'énorme machinerie tant humaine que technique qu'elle met en branle) qu'artistiques ( on y danse, chante et joue beaucoup de musique) qu'émotionnelles (le propos infiniment humaniste et progressiste touche au plus profond). Un grand film !





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