lundi 18 avril 2022

La Delector de François Vallejo


Cela pourrait être la biographie de Lydia Delectorskaya qui fut de 1932 et jusqu'à la fin de la vie du grand Matisse, son modèle, sa muse, sa secrétaire et sur la fin le cerbère, mais c'est bien plus que ça.  Jusqu'à présent, tout du moins en France, son rôle, sa présence, malgré les nombreux tableaux, dessins, croquis sur lesquels elle figure est restée dans l'ombre, seuls quelques biographes américains, et bien après la mort du grand peintre,  ont osé se poser des questions sur elle et surtout la relation exacte qu'elle a pu entretenir avec lui. En gros, pour être prosaïque, ont-ils été amants ?
Cette question hante évidemment le roman de François Vallejo et malheureusement ( pour qui ? ) il n'apportera pas de réponse. Cependant, en écrivain curieux, il ne manque pas de se questionner, à l'affût du moindre indice. Chaque tableau, chaque lettre, chaque témoignage sera passé au filtre de cette question sans que pour autant il passe pour un obsédé. Parce c'est bien d'un roman qu'il s'agit, un roman à trois personnages, Matisse , Lydia Delectorskaya et François Vallejo, lui essayant de se glisser dans l'atelier, derrière les toiles, sous le pinceau du peintre, dans sa tête, essayant d'analyser le comportement de ce Matisse vieillissant devant sa jeune modèle posant nue dans son atelier. 
Evidemment l'auteur n'échappe pas au tropisme de : "Je suis belle, je pose nue devant un homme, donc il me désire, me prend,  abuse de moi" ou, plus romanesque, cherche à déceler une histoire d'amour que cette proximité aurait pu engendrer. Le roman tourne donc toujours autour de cette question : Ont-ils été amants? Evidemment, la question d'un amour platonique effleure parfois le propos mais l'idée de sexe reste presque une obligation dans l'esprit de l'écrivain, alors que, sans doute, décidément très modernes, ces deux êtres, indubitablement très liés, pratiquaient peut être une certaine asexualité, aujourd'hui plutôt en vogue ou tout du moins visible et assumée par certains. 
L'intérêt de ce roman permet au lecteur de s'interroger beaucoup sur ces notions de sexualité mais pas que, loin de là. C'est également une formidable plongée dans l'univers créatif d'un des grands maîtres de la peinture du 20 ème siècle où l'intime, le personnel, les événements politiques ou familiaux viennent, non pas nourrir l'imaginaire, mais contrecarrer la création d'un génie qui ne vivait que pour la forme, la couleur et l'harmonie millimétrée d'un tableau. C'est également l'émouvant portrait de cette femme de l'ombre, dont le mystère et la beauté, infiniment romanesques, méritaient cette splendide mise en valeur par un auteur vraiment inspiré. 


 

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