vendredi 8 janvier 2021
Nos corps étrangers de Carine Joaquim
jeudi 7 janvier 2021
Le ventre du Congo de Blaise Ndala
lundi 23 novembre 2020
Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier
Mais quel roman !
Unité de lieu : un hameau perdu dans le centre de la France. 3 maisons ( dont une inhabitée) et quelques hangars agricoles.
Unité de temps : En gros une journée, 12 heures...
Quelques personnages : un couple, lui agriculteur et elle employée dans une imprimerie. Un fillette d'âge scolaire. Une voisine, parisienne retirée du monde pour peindre. Puis, 3 frères, avec poignard, puis armes à feu.
L'essentiel, est là ou presque. Presque, parce qu'il manque un personnage essentiel : l'écriture de Laurent Mauvignier. Sur 635 pages, elle va nous enfermer dans un huis clos magistral. Avec un sens du récit extrême, nous entrerons dans la tête de tous les personnages. Leurs plus petites pensées, leurs hésitations, seront aussi les nôtres. Les phrases sont longues. Elles prennent le temps de tout dire. Tout disséquer. La moindre pensée. Le moindre geste. Le doute, l'espoir, la joie. Les thèmes du quotidien abordés prennent une ampleur folle. D'autres plus profonds s'éclairent avec finesse. Et l'histoire avance. Au ralenti, mais pour mieux nous enfermer. Nous impliquer. Nous oppresser.
On peut parler de polar, mais très psychologique. Trop pour les vrais amateurs. Que certains trouveront trop littéraire aussi, peut être. Pas assez rapide pour notre époque impatiente. Mais quel style ! Quelle emprise sur le lecteur ! Il vibre le lecteur, frémit, compatit, s'interroge, tremble. Peu de romans arrivent à ces sensations ininterrompues. Peu de romans nous plongent dans de telles affres d'insécurité. Parfois, on cesse sa lecture. Pour reprendre son souffle. Echapper à l'angoisse. Puis, on replonge. Le coeur serré. La boule au ventre. Intrigué. Happé. Passionné.
Mais quel roman !
dimanche 22 novembre 2020
Rebecca de Ben Wheatley
Faire une nouvelle adaptation cinématographique du best-seller de Daphnée du Maurier "Rebecca", surtout après la formidable version d'Alfred Hitchcock en 1940, est soit une entreprise sérieusement téméraire soit une réelle envie d'en faire une lecture plus moderne. Le résultat ( visible sur Netflix) apparaît comme une sorte de pâle coloriage raté de la version noir et blanc du maître du suspens.
Dès les premières scènes, on sent que l'affaire s'engage mal. Malgré de pimpantes couleurs estivales, écrin monégasque de la romance des deux tourtereaux ( un riche veuf et une jeune oie blanche), on sent très vite que tout ça na va pas le faire. Lily James ( la jeune séduite) manque singulièrement de charisme et s'avère plus agaçante que pauvre fille aveuglée et Armie Hammer, transparent et assez insignifiant, ne possède aucune once de mystère. Si l'arrivée dans l'imposant château de Manderley, immense propriété du veuf, laisse espérer un peu de peps à l'ensemble grâce à une Kristin Scott Thomas inquiétante à souhait dans le rôle de la gouvernante, bien vite on déchante devant une peu inspirée mise en scène qui hésite tout le temps entre en mettre plein les yeux avec des décors somptueux et instiller un peu de suspens de façon banale. On s'ennuie ferme. On repense à la précédente version au noir seyant parfaitement à l'intrigue et aux délices d'ambiguïtés que sir Alfred se faisait un malin plaisir de glisser dans cette intrigue, qui, ici, dans la platitude de la réalisation, apparaît soudain un poil tirée par les cheveux.
En ne réalisant qu'une très ratée colorisation de l'ancienne version et lui gommant toute sa perversité, cette nouvelle version de "Rebecca" ne marquera pas les annales ...ou alors dans le rayon nanar.
vendredi 20 novembre 2020
Les habits neufs de l'empereur par Steven Guarnaccia d'après Andersen
Professeur de design dans une grande école new-yorkaise, Steven Guarnaccia, publie régulièrement des adaptations de contes pour enfants ( Boucle d'or, Les 3 petits cochons, Cendrillon, ...) mise à sa sauce, disons très portée sur les objets de créateurs qu'il parsème dans ses illustrations. Adapter ce conte célèbre de Hans Christian Andersen mettant en scène un puissant roi fashion-victime berné par des escrocs, ne pouvait que l'intéresser. Tout un vestiaire masculin vintage ( ou pas) va ainsi défiler au fil des pages, mettant en scène quelques chiffons, chaussures, couvre-chefs, sous-vêtements, malles iconiques de marques de luxe, pour le plaisir sans doute des adultes pour qui le musée des Art Décoratifs ou la collection de Vogue Homme est une bible. Pour le commun des mortels, c'est à dire les parents qui liront cet ouvrage à leurs enfants, on admirera, au mieux, ce plaisant vestiaire original et coloré porté par les protagonistes ( ainsi que quelques clins d'oeil malicieux) , au pire, on en restera à l'histoire, ici synthétisée et accessible et dont la morale sera un peu difficile à expliquer à un très jeune public.
L'album reste bien évidemment, très agréable à regarder, mais on pourra regretter ce qui, en plus de sa réflexion sur la vanité du pouvoir et le mensonge, fait le sel de cette histoire. Habituellement, totalement abusé, l'empereur défile tout nu dans les rues ( et seul un petit garçon arrive à crier la vérité). Ici il défile en caleçon, ce qui est rigolo et permet à Steven Guarnaccia de proposer une variété importante d'imprimés créatifs pour ce sous-vêtement, mais enlèvera sûrement ce petit sourire mi outré mi amusé que l'interdit offre aux enfants lorsqu'un personnage est tout nu dans un album. Pruderie américaine ? Peut être quand on sait que la nudité est plus scandaleuse que de couper la tête d'une personne. Gageons plutôt que c'est surtout cette formidable envie de rendre hommage à l'industrie textile qui l'incite à utiliser tous les supports possible pour rendre cet album encore plus chic à l'oeil.
Quoiqu'il en soit, la version Guarnaccia de ce conte reste un pur bonheur de créativité et de légèreté... qui échappera peut être aux jeunes enfants mais formera inconsciemment leur goût pour les belles choses originales.
vendredi 13 novembre 2020
Le diable, Tout Le Temps de Antonio Campos
Pour prolonger votre plongée dans les Etats-Unis et compléter cette image de malaise profond qui nous gagne, nous français, en voyant ce peuple tenant une arme d'une main et une bible de l'autre, visionner cette adaptation du roman de Donald Ray Pollock ( ou lire, même titre, paru en 2012) ne pourra que noircir un peu plus le tableau. arfois, il faut regarder les choses en face...
jeudi 12 novembre 2020
Térébenthine de Carole Fives
Comment allier romanesque, féminisme et approche didactique de l'art contemporain ? A cette question, Carole Fives répond avec ce court roman de 172 pages. Ecrit avec aisance ( l'auteure a du métier), dans un style direct et facile à lire, la "Thérébenthine" du titre doit se lire au masculin puisqu'il s'agit du nom donné par leurs congénères à trois étudiants des Beaux Arts de Lille. Amis dans la vie, le roman va retracer quelques moments de leurs études communes puis de leur vie une fois lancés le grand bain des adultes. Voilà pour le romanesque, brossé à la grosse brosse, mais avec quelques rajouts au pinceau fin.
L'autre élément essentiel du récit est d'entremêler une histoire de l'art contemporain avec le féminisme mais aussi de répondre à cette question : Qu'est-ce qu'être artiste aujourd'hui? Vaste sujet, traité ici sans lourdeur, ce qui, vu l'ampleur du débat n'était pas gagné d'avance. Bien sûr, si vous n'êtes pas très intéressé par les mouvement artistiques des cents dernières années, vous risquez de vous sentir largué, malgré la façon très pédagogique dont ceux-ci sont abordés. Si, quand même, la fréquentation des musées vous a laissé quelques traces, vous trouverez cette vulgarisation passionnante et le milieu de l'art, des profs des Beaux Arts, assez savoureux, aux vrais artistes....bien barrés. Et entre les ateliers mal chauffés, les cimaises, les installations et les performances, la question de la place de la femme dans l'Art se posera, questionnement faisant évidemment miroir avec celui de la femme tout court dans nos sociétés.
Un peu Meetoo ( il est partout cette rentrée), un peu Daniel Arasse ( un maître vers lequel on revient toujours) et beaucoup romanesque, "Thérenbentine" réussi le pari un peu fou d'offrir un récit court, intelligent et militant pour des lecteurs qui ont de moins en de temps. Bravo !
lundi 9 novembre 2020
Le coeur synthétique de Chloé Delaume
S'il y a bien une auteure que l'on n'attendait pas le genre littérature facile, presque chicklit, c'est bien Chloé Delaume. Après des textes foisonnants et peu classiques ( Une femme avec personne dedans), toujours dans l'auto fiction avec parfois des visées originales ( "Dans ma maison sous terre", le roman visait à faire mourir sa grand-mère), " le coeur synthétique" surprendra ses lecteurs habituels. Pas de texte en vers, de narration éclatée, de mise en page particulière ( juste un dialogue façon texte théâtral et une fin à ( presque) choisir), juste le récit d'une quarantenaire féministe, nullipare ( à noter la mocheté du mot comme si ne pas avoir d'enfant ou enfanter était nul...ah ce français misogyne...) qui s'aperçoit qu'avoir 46 ans, c'était être transparente dans le regard des hommes.
Ecrire de la même façon branchouille et sautillante qu'une blogueuse trentenaire passée au roman ressemble sans doute pour Chloé Delaume à une performance. Pour le lecteur, un peu moins, tellement elle semble s'être coulée avec facilité dans ce genre littéraire à succès. Du coup, on repassera pour l'originalité du style. Pour l'histoire, aussi, on se dit que c'est loin d'être nouveau. Le souvenir de l'excellentissime "Celle que vous croyez" de Camille Laurens et de ses figures de style extraordinairement pertinentes, sur un sujet semblable, nous reviennent à l'esprit. Disons qu'ici, la lecture est facile et agréable. On retrouve évidemment une sorte d'auto fiction sans doute, avec ce qu'il faut de féminisme, d'un peu d'auto dérision et d'un joli final empreint de sororité, mais sans que cela surprenne. Parfois on est agacé par son côté bobo parisien speed ( on se cocaïne comme moi je bois un verre de vin rouge) voire son côté jamais satisfaite et un peu compliquée ( féministe sans enfant mais finalement très conservatrice : être avec un homme = obligatoirement une vie de couple marié). Au sein de toutes ces tergiversations autour de l'amour, le roman décrit aussi le milieu de l'édition. Ce sont sans doute la partie les passages les plus réussis, une véritable démystification en règle, savoureuse et cruelle ( on croit reconnaître en partie les éditions du Seuil...).
Je pourrai conclure que le nouveau Chloé Delaume, nettement plus accessible qu'à l'accoutumée, peut être une jolie friandise légère à s'offrir pour une soirée d'hiver. Seulement, il vient d'obtenir le prix Médicis... Perplexité... "Le coeur synthétique" est juste un petit roman habile mais loin d'être un chef d'oeuvre. Alors ? Pourquoi ce prix ? La réponse est en partie dans le roman, l'entre soi joue à plein avec les membres du jury qui couronnent une de leurs copines. Tant mieux pour Chloé Delaume. Dommage pour d'autres titres qui le méritaient plus à mon avis et entraient bien mieux dans les critères de ce prix. Quant au lecteur, il lira nettement pire mais bien mieux aussi.
dimanche 8 novembre 2020
Coups de vieux de Dominique Forma
La quatrième de couverture de ce polar attire le chaland avec cette formule : "On rit beaucoup avec ce truculent "Coups de vieux"... La promesse d'une bonne détente rigolote induit un achat impulsif de la part du lecteur. Sans vouloir paraître désagréable ( mais un petit peu quand même), cette accroche est signée Le Figaro Magazine... et prouve une fois de plus que la notion d'humour reste vraiment subjective, celle de ce quotidien disons... conservateur étant ici difficile à trouver dans ce polar au mieux désabusé, au pire mal fichu.
samedi 7 novembre 2020
Les chanteuses ont juste un prénom
jeudi 5 novembre 2020
Un hiver à Wuhan de Alexandre Labruffe
Evidemment en période de surdose américaine, aller à Wuhan peut être un bon plan. Mais, confinement oblige, a-t-on pour autant envie de retourner là où cette pandémie mondiale a commencé ? En ce plongeant dans cette courte évocation des séjours d'Alexandre Labruffe au pays des usines à produire beaucoup d'inutile, le dépaysement est garanti ainsi que la qualité littéraire de l'ensemble.
De qualité, il sera beaucoup question dans cet ouvrage. Qualité de l'air où les particules fines ont un taux 10 fois supérieur à celui de son homologue parisien. Qualité de la surveillance, où personne ne peut faire un pas sans être filmé, surveillé, suivi. Qualité de l'accueil pour les étrangers ( toujours suspects de quelque chose) qui ne sauraient se passer de quelques soins spéciaux ou de jolies chinoises. Qualité des villes nouvelles où un immeuble de 180 mètres se construit en 9 Jours et dont la hauteur ne peut toutefois pas vous garantir que vous apercevrez le ciel, sa hauteur ( limitée par décret) n'arrivera tout de même pas à dépasser la nappe de brouillard qui surplombe la ville.
Toutes ces informations ne sont évidemment pas nouvelles mais ici parsemées dans un récit maniant un humour distancié avec une les états d'âme d'un français lambda un peu désarçonné par cet univers, elles prennent des allures littéraires très agréables, qui nous font sortir de notre univers de confinement bien plus qu'une petite attestation. Jouant plaisamment (et sans que cela nuise à la lecture) avec la chronologie de ses voyages en Chine, Alexandre Labruffe, après ses formidables "Chroniques d'une station service" parues l'an passé, prouve qu'il devient le chroniqueur idéal de notre époque mondialisée et un peu neurasthénique.
lundi 2 novembre 2020
Maison Ronde de Charlie Zanello
C'est la grande vogue en BD de plonger un auteur dans un univers particulier et de lui faire produire un album qui soit à la fois pédagogique, humoristique et personnel. Les succès du "Château" de Mathieu Sapin ou du Marion de Montaigne sur Thomas Pesquet encourage les éditeurs à poursuivre dans cette voie. Voici donc Charlie Zanello ( qui officie aussi à Fluide Glacial) envoyé un an à la Maison de la Radio.
Humour, pédagogie, auto-dérision, les trois cases sont cochées, l'album est conforme à la commande. Il s'inscrit parfaitement dans la lignée de ses glorieux prédécesseurs et ne surprend personne. Le lecteur s'installe dans son fauteuil et suit les déambulations de Charlie au sein de ce célèbre monstre. La visite s'avère agréable à lire. On sent toutefois que la rondeur de l'édifice et ses interminables couloirs ont désorienté le dessinateur qui ne sait pas trop où donner du dessin. Les scènettes s'enquillent de façon désordonnée mais bon enfant. L'intervention en contrepoint du fantôme de la Maison de la Radio n'apporte pas grand chose de plus, soulignant peut être la difficulté de lier l'ensemble. Bien sûr, les auditeurs de RTL ou de NRJ seront moins à la fête que ceux de France Inter ou France Bleue qui prendront plaisir à voir croquer l'envers du décor de leurs émissions favorites.
Toutefois, après ces quelques bémols, force est de reconnaître que la tâche était imposante et résumer en presque 200 pages le travail de 4000 professionnels, tous visiblement passionnés, n'est pas une mince affaire. Et si le but était de démontrer que cette Maison de la Radio était un lieu vraiment unique, c'est mission accomplie! L'album rend parfaitement compte que l'on peut la considérer avec fierté, tellement elle condense en son sein un savoir-faire inégalé ainsi qu'un concentré de culture et de création unique en son genre. C'est sûrement dans son versant politique que l'album est le plus convaincant, montrant avec finesse tous les enjeux de cette institution PUBLIQUE, ses combats actuels avec des gouvernants qui ne rêvent qu'à la rendre de moins en moins compétitive ( alors que les audiences n'ont jamais été aussi hautes), trop porteuse d'intelligence donc dangereuse pour une économie libérale.
Telle qu'elle est, cette "Maison Ronde" me plaît., m'a plu et plaira sans aucune doute aux auditeurs de Radio France qui aimeront se retrouver dans ce qui reste une oasis de bonheur dans un monde de brute. Ce roman graphique en est la parfaite illustration !
dimanche 1 novembre 2020
Quoi de neuf dans la chanson française en octobre 2020 ?
Après un premier confinement, et avant un second, octobre fut le mois idéal foisonnant pour les artistes français sortant de nouvelles créations à foison. Voici, un mix subjectif de quelques titres qui ont attiré mon oreille.
La jeune pousse du mois : Baptiste Ventadour
21 ans, corrézien, après avoir chanté dans les rues, commence à pointer le bout de son nez dans la chanson française, avec en bandoulière un combat écolo. "Que reste-t-il?" , un premier titre remarqué avait posé sa voix un brin rocailleuse de chanteur folk. Cet automne, très inspiré par la saison, il nous propose un titre au thème singulier ( et dans la lignée musicale du précédent) : la tombée d'une feuille d'automne ! Nous sommes loin des chansonnettes d'amour ! ( le clip est à venir)
La chanson "Meetoo" du mois : "T'es belle" par Coeur de Pirate
Retour remarqué pour Coeur de Pirate aux dernières années musicales un peu hésitantes. Après avoir déclaré avoir subi des violences sexuelles, voici une version chantée du conditionnement féminin, titre simple et réussi dont on n'arrive pas à déterminer si c'est dans la lignée d'Angèle ou so c'est le contraire...
Le coup de coeur du mois : Clio









