jeudi 7 janvier 2021

Le ventre du Congo de Blaise Ndala


Dans son dernier roman , Blaise Ndala a le beau projet d'explorer la plaie toujours vive du colonialisme que les Congolais et les Belges ont tissé durant des décennies. Né en République Démocratique du Congo, il se penche tout naturellement vers l'histoire de son pays. 
En suivant la destinée de deux femmes congolaises, l'une dans les années 50, l'autre au début du siècle actuel, toutes deux liées par le sang, il nous entraîne au coeur d'un récit foisonnant un brin politique qui s'empare de l'histoire d'un pays vivant sous le joug de colons peu amènes et de ses intrigues de palais ( que ce soit chez Baudouin 1er ou chez Kena Kwete III). Il nous plonge également dans les aléas de l'organisation de l'exposition universelle à Bruxelles en 1958 ( et son emblématique Atomium) tout en auscultant les liens pour le moins saumâtres qui enchaînent ces deux peuples et que les années ne parviennent pas à effacer. 
Mais il y a plein d'autres choses dans ce roman. On s'intéresse aussi à des sujets qui restent très actuels comme le regard patriarcal et colonialiste d'un peuple ( surtout la partie masculine ) sur les gens de couleur et la femme en particulier. On y parle de harcèlement, de viol, de racisme ordinaire notamment dans les stades de foot ou du pillage et de la spoliation de l'art africain. On ne trouvera dans ce récit aucun manichéisme, aucune amère revanche, juste un regard sur un monde ni tout blanc, ni tout noir, juste dans les tons grisâtres de l'ambiguïté, emporté dans le vent d'une histoire qui parfois le dépasse. 
Cependant ces grands thèmes de la grande Histoire sont étroitement mêlés avec une plus petite histoire, celle de la jeune Tshala et de sa nièce Nyota. Et c'est là que le bât blesse, où le roman peine à convaincre complètement. Le mélange ne prend pas. On se perd dans une abondance de détails, de petites histoires périphériques, de nombreuses références africaines tribales, animistes. Les personnages se diluent, fragilisés non pas par la terrible histoire qu'ils vivent mais par ce flot touffu de détails généalogiques de leur famille aux branches multiples. 
Malgré une belle écriture, quelques passages passionnants, le roman emprunte trop de chemins détournés, veut trop jouer la précision pour embarquer complètement le lecteur et donner à cette fresque au demeurant originale, la portée romanesque espérée. 


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Le discours de Laurent Tirard

 Maintenant que la jauge des cinémas est à 65 %, commencent à sortir les comédies françaises à potentiel, c'est à dire celles qui ont de...