samedi 9 janvier 2021

Blanc autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert


Dans la famille " Black Lives Matter/Meetoo", je demande "Blanc autour"... Bonne pioche ! 
Oui bonne pioche parce que cet album, nullement opportuniste par rapport à une actualité brûlante, rappelle que la lutte actuelle contre les discriminations sera longue. Les racines de ce mal sont extrêmement profondes et tout jardinier sait, que pour vaincre ces mauvaises herbes, le combat est continuel et la victoire jamais acquise. 
Wilfrid Lupano le scénariste, s'intéresse à des racines anciennes et brode son histoire à partir d'un épisode de la vie d'une américaine blanche, Prudence Crandall, qui, bien que femme dans le Connecticut, décide en 1832 d'ouvrir une école pour jeunes filles noires. Nous sommes trente ans avant l'abolition de l'esclavage, et être femme à cette époque là équivaut à tenir un foyer, élever ses enfants et se taire. On peut donc admirer son courage de se dresser ainsi face à des tabous que toute la population locale, pétrie de racisme et de bondieuseries, va combattre sans faille. Dans le Connecticut on aime son prochain à condition qu'il ne soit pas noir ou femme  instruite et osant ouvrir sa gueule. Le scénario de cet album, n'est jamais pesant, joue habilement de l'ellipse temporelle et, avec l'ajout de personnages secondaires ( sans doute inventés ... on peut le penser), parvient à dégager un peu de joie, de légèreté de cette terrible histoire, sans jamais perdre de vue son propos combatif mais jamais manichéen ( chacun sait que la réalité est toujours plus grise). Il est aidé en cela par l'illustration tout en rondeurs de Stéphane Fert, qui, dans une harmonie de tons pastels, allant du mauve pâle jusqu'au noir, donne à ce récit la nuance et la distance idéales. 
En lisant cette édifiante histoire, on réalise que presque deux siècles plus tard, les cerveaux n'ont pas évolué au rythme de nos technologies, qu'un noir n'est toujours pas l'égal d'un blanc, que les femmes subissent encore et toujours une violence diffuse mais insistante. Certes cette formidable institutrice a connu une certaine reconnaissance en ayant un musée à son nom dans sa région natale, mais cela reste un rempart bien faible face au terrorisme imbécile de quelques élites. Cet album très réussi, est une petite pierre précieuse dans ce combat contre tous les racismes et une lecture aussi passionnante que bouleversante. 

Merci au site BABELIO et aus éditions DARGAUD pour la découverte de cet album. 




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