mardi 26 janvier 2021

Un bref instant de splendeur de Ocean Vuong


 Célébré de toute part, des deux côtés de l'Atlantique, ce premier roman du sino américain Ocean Vuong, poète, romancier et universitaire  instagrameur queer aux milliers de followers, ne souffre d 'aucune critique négative. Normal, on ne peut qu'être impressionné par son destin d'immigré vietnamien au fin fond d'Etats Unis bien peu accueillants, ouvertement racistes ( et homophobes). On peut également être ébloui par sa façon totalement personnelle de raconter son parcours, sorte d'explosion de moments de vie, faisant fi de toute chronologie, pour ne jeter aux lecteurs que des sentiments bruts, précis, peignant ainsi un tableau sidérant, hautement imagé, à la sensibilité poétique crue et vibrante. 

La première partie de ce roman en est le parfait exemple, mêlant souvenirs d'enfance, généalogie familiale et vie d'immigré américain pauvre dont la fulgurance ne laisse pas indifférent. Rarement on avait décrit avec autant de précision le racisme ambiant d'un pays qui ne peut assimiler les non blancs ainsi que cette plaie toujours ouverte de la guerre du Viêt-Nam dans l'inconscient d'un peuple. Cet éclatant départ pose le roman sur les rails du grand roman américain, sans doute sous l'inspiration de William Faulkner et donc très éloigné ( chic alors !) de ces cohortes d'ouvrages US fleurant bon les ateliers d'écritures ( très formatées) des universités américaines. La suite ne dérogera pas de ce chemin détourné mais, et c'est là où un bémol va se poser, avec moins de brio narratif. 
Si l'histoire de son premier amour avec Trevor, blanc américain accro aux drogues, est plantée dans un décor formidablement romanesque, sa narration, voulue complexe, mélange de souffrance, d'adoration masochiste et d'une poésie un peu adolescente ( sans doute pour recréer des pensées sous acide) paraît un peu plus fabriquée. On sent le laboratoire de recherche littéraire ( qu'on retrouvera un peu plus loin avec ce que l'on peut voir comme un hommage à Georges Perec et et l'utilisation, peut être un peu trop appuyée, de la célèbre anaphore  " Je me souviens"), sympathique mais peut être pas encore bien abouti dans ce premier roman. Vers la fin, apparaîtront de nouvelles fulgurances avec l'évocation sans fard des dernières heures de sa grand-mère mêlée avec ses relations sexuelles, même si cette confrontation Eros/Thanatos peut sembler, elle aussi, un peu convenue. 
Il est certain que ce premier roman de Ocean Vuong détonne dans le paysage littéraire, et annonce de toute évidence un auteur à suivre. Cependant, il ne faut pas le cacher, que ce n'est pas facile à lire ( voire pas passionnant par moment). Le procédé narratif complexe ne tient pas sur toute la longueur mais offre, c'est certain, de purs moments de splendeur. 

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