mercredi 10 avril 2019

Le patient de Timothé Le Boucher


Après " Ces jours qui disparaissent ", roman graphique particulièrement réussi et qui fut saluer par divers prix, autant dire que l'on attendait avec impatience un nouvel album de Timothé Le Boucher. Il a du bosser comme un malade puisque moins de deux ans après, voici qu'il nous propose ce "patient", thriller de presque 300 pages dont il a assuré le scénario et le dessin. 
Pour ne pas gâcher la découverte, et compte tenu de la nature de cette histoire, je ne dévoilerai rien de l'intrigue, juste que le héros, Pierre, est le seul rescapé d'une tuerie au sein d'une famille. Sur son lit d'hôpital, il se réveille après six ans de coma... 
La tension palpable d'une couverture hitchcockienne ( la blonde platine étant troquée ici par une grise métallique) nous plonge sans mollir dans un récit que l'on ne lâchera pas. Timothé Le Boucher sait écrire de bonnes histoires, prendre le temps de les raconter sans jamais nous ennuyer. Mais ce qui fait sans doute qu'il est en passe de devenir un des grands auteurs actuels, sont les nombreuses idées, qui, en filigrane, viennent enrichir une histoire diabolique, créant ainsi un univers bien particulier. Si l'on suit avec passion notre jeune héros hospitalisé en prise avec un passé déstabilisant et un futur inconnu ( on pourra déjà étudier l'importance du lit dans l'oeuvre de cet auteur), on perçoit aussi toute une réflexion sur le bien et le mal autant que sur les rapports entre les êtres, combinaisons à l'érotisme sous-jacent et à la sexualité tous azimuts. Bien sûr, le temps reste également un élément central tout comme les mystères du fonctionnement du cerveau, ici éclairés par l'hypnose et la manipulation psychologique.
Aidé par un dessin presque ligne claire, évidemment inspiré par le manga (avec cette façon de découper son histoire en appuyant sur les regards des protagonistes), cette sombre  histoire joue également sur une palette de couleurs aux tons gris pastels qui contribuent encore plus à créer une ambiance angoissante. 
Alors, encore une réussite pour Timothé Le Boucher ? La réponse est oui, un grand OUI, avec toutefois un très léger bémol. Non, ce n'est pas la fin, surprenante et plongeant le lecteur dans une vertigineuse réflexion qui déroute, mais plutôt ce virage à 180 degrés que prend le récit page 172, négocié d'une façon un peu abrupte mais qui, une fois l'effet de surprise passé, replace le récit dans une direction que l'on n'avait absolument pas vu venir. Ce n'est pas réellement un retournement de situation, mais plus un changement de tonalité, voire de narration qui aurait pu être amené plus subtilement. 
Reste quand même, que " Le patient" tient la dragée haute à toute une multitude de thrillers de littérature, tant son montage (quasi) parfait tient en haleine et prouve que l'auteur possède une imagination formidable. Alors soyez impatients, foncez vous procurer ce " patient" vous passerez un moment de lecture qui laissera des traces. Jamais le roman graphique n'a aussi bien porté son nom !

mardi 9 avril 2019

Suiza de Bénédicte Belpoix


Non Bénédicte Belpois qui publie son premier roman chez Gallimard ( excusez du peu !) n'a sans doute pas piqué le petit ami de sa mère pour assouvir son désir de connaître l'âââmour ! Sans doute non plus qu'elle n'a ( heureusement ) pas connu l'inceste tous les soirs avec sa terrible grand-mère. On peut penser qu'elle n'a pas eu un  père avec de nombreux  amants, que son frère a évité la boisson, les drogues dures et la couverture de son corps de scarifications avant de tuer ses camarades de classe. On peut donc imaginer que Bénédicte Belpois a connu une vie plus heureuse, plus simple ...et pourtant, elle a écrit un roman où, bizarrement, rien ne sonne autobiographique. Se rend-elle compte qu'elle va surprendre le lecteur en nous offrant une oeuvre entièrement romanesque dont le narrateur principal exerce la profession d'agriculteur dans le nord-ouest de l'Espagne, quarantenaire, veuf depuis des années et atteint d'une grave maladie ? Les méchants lecteurs diront que ça va les changer de tous ces bourgeois parisiens en mal de gratitudes, d'amour, de bienveillance dont le moindre petit bobo au coeur, au sexe voire au genou, fait office de sujet. 
Ce qui risque de changer celle, celui qui n'aura pas peur de suivre les pas de cet homme rustre et annonciateur d'une histoire pas des plus marrantes, c'est la formidable impression, dès les premières pages, de plonger dans l'univers d'un vrai auteur. Tout de suite, on entre dans cette ambiance rustique où l'on rencontre des personnages tout de suite évidents, dont on sent que derrière les apparences la complexité ne demande qu'a surgir. On aime aussi cette façon très habile de nous déstabiliser quant au personnage féminin, qui dès le début se fait plus que harceler, quasiment violer par le héros, bousculant tous nos principes féministes qu'une couche récente de "MeToo" a rendu fort sensible. Et ce face à face d'un mâle alpha d'un contrée paumée avec une quasi demeurée mais qui écarte facilement les jambes même dans la violence, va courir sur plus de 250 pages sans jamais faiblir, tant dans l'intensité romanesque d'une histoire talentueusement irriguée par un style et un sens du détail qui fait mouche, que par l'intérêt et l'empathie qui grandit chez le lecteur. Une histoire d'amour grandira sous nos yeux qu'une plume habile rend tout à fait plausible malgré des éléments qui aurait pu la rendre un poil too much. Bénédicte Belpois évite tous les écueils et nous conduit sans faillir jusqu'à un dénouement bouleversant.
Le plaisir que l'on prend à lire ce récit aussi âpre que sensible, vient que nous rencontrons une auteure, une vraie, pour qui écrire, n'est pas qu'un défouloir de divan mais le plaisir d'inventer une histoire, de créer des personnages, de les confronter à la vraie vie sans l'once d'un maniérisme quelconque, ni de cette supposée bienveillance, qui noie une bonne partie de la production  littéraire dans le frelaté. "Suiza" est une très belle surprise, un très bon premier roman, la première pierre d'une oeuvre que l'on espère longue et tout aussi inspirée ! 

lundi 8 avril 2019

Curiosa de Lou Jeunet


Soyez curieux, et allez voir " Curiosa" . L'affiche sensuelle en diable n'est nullement trompeuse, il y a beaucoup de nudité, de tableaux érotiques dans ce premier film assez gonflé. (Petite précision, les curiosas sont des objets grivois). Dans le film, ce sont les photographies que Pierre Louys, auteur sulfureux un peu oublié de " La femme et le pantin" notamment, prenait avec sa maîtresse Maria de Hérédia ( épouse d'Henri de Régnier et fille de José-Maria de Hérédia, hommes de lettres occultés par le temps). 
Vous l'aurez compris, cette première oeuvre se déroule au début du siècle dernier, en costume ( si, si, même si le trio d'acteurs se meut beaucoup nu, il arbore dans des scènes de transition une garde-robe variée) mais avec peu de moyens ( tout le budget a du quasiment passer dans la reconstitution et les nombreuses robes des comédiennes), peu de scènes d'extérieur ( avec parfois, en flou...quelques feux tricolores ou une tour Eiffel étrangement bien éclairée) et juste deux ou trois pièces soigneusement meublées. L'histoire décrit une passion hors norme ( surtout pour l'époque) sans trop s'appesantir sur la psychologie, Lou jeunet se laissant plus entraîner à reconstituer l'époque qu'elle filme ( ce qui est peut être le petit défaut du film). Sa caméra cadre magnifiquement des plans qui rivalisent de beauté durant l'heure quarante-cinq que dure le film. Et si cette histoire peut sembler un peu vieillotte ou anecdotique ( mais tellement rafraîchissante pour un premier long-métrage qui démontre déjà de la part de la réalisatrice une vraie envie de cinéma), il y a un point essentiel, un élément qui doit vous faire foncer prendre votre ticket ( et démontrer à notre ministère de la culture que les petits films français à petit budget n'encombrent pas les écrans et sont indispensables à notre cinéma) : Noémie Merlant, l'actrice principale ! Nous l'avions vraiment découverte hilarante en soeur hystérique de Mélanie Laurent dans " Le retour du héros", totalement crédible et émouvante en jeune fille caissière dans un  Intermarché dans le déjà formidable " Les drapeaux de papier" et ici, elle explose de beauté  et de sensualité, enflamme l'écran de grâce, de malice et de passion, en offrant son corps svelte et sensuel à une caméra qui l'enveloppe amoureusement. Cette jeune comédienne semble partie pour une immense carrière, éclectique, tant sa palette semble infinie ( Et on nous l'annonce en vedette du prochain Céline Sciamma avec Adèle Haenel !). Rien que pour elle, ce film doit être vu ! Mais, vous découvrirez aussi que Lou Jeunet, la réalisatrice, possède déjà un regard  intéressant que nous aurons plaisir à suivre ! 
Alors, sans avoir peur d'être voyeur, assouvissez votre curiosité en allant découvrir " Curiosa" , joli film sensuel qui marque l'éclosion d'une grande actrice !






samedi 6 avril 2019

Festival du film policier Beaune 2019



pastedGraphic.png


Beaune ... 14h30... Le jury déjeune... délibère...

Beaune, son vin, ses hospices et son festival du film policier, fait de grands efforts pour briller de mille feux. Rien n'est laisser au hasard cette année, même une de ces édiles et quelques uns de ses proches, ont été récemment mis en examen pour détournement de biens publics et blanchiment, ce qui, avouons-le, relève d'un vrai sérieux pour être au diapason d'une sélection où l'on nous parla beaucoup de corruption ( à moins que ce ne soit malicieusement le contraire) . Et pour bien accompagner le tout ( camoufler disaient certaines mauvaises langues locales)  deux jurys de stars ( ou asimilées) ont foulé un tapis rouge sous les flashs des photographes locaux et d'un public massé derrière des barrières métalliques pour entrer dans.....un méga CGR ! Ici, pas de palais de festival, ni même un palais des congrés de grande capacité, juste des salles moyennement grandes, et surtout vite complètes, pour acccueillir un public fervent mais parfois dépité de ne pouvoir accéder à certaines projections. 
Le festival offre un large choix de films mais ne permet pas de voir l'intégralité des films en compétition. Soit on suit la compét' officielle, soit "Sang neuf" qui, comme son nom l'indique s'intéresse aux jeunes talents. " Sans connivence" s'est concentré sur la sélection officielle, très internationale, mais qui a transformé les salles en dortoir, les ronflements accompagnant parfois sans complexe la bande son. La palme revient sans contestation possible au film " Les oiseaux de passage" du duo colombien Cristina Gallego et Ciro Guerra qui, à la séance de 22h, a fait office de verveine  voire de Lexomil. Pourtant précédé d'une bonne aura attrapée à la quinzaine des réalisateurs à Cannes  l'an dernier, sa jolie photographie,  jouant artistiquement avec le désert, n'est pas parvenu à faire oublier le peu d'empathie que l'on éprouve pour des personnages englués dans la tradition et le profit et un manque cruel de rythme. 
Quelques heures avant, ce même public était ressorti fort dépité de " Rojo" coproduction internationale  de Benjamin Naishtat se déroulant en Argentine qui, dès le début, essaie de nous intriguer avec des scènes étranges. Hélas, très vite, le scénario part en vrille, du début fort improbable avec un développement qui prend plein de directions sans jamais en atteindre aucune jusqu'au dénouement  ( dans un soupir de soulagement de la salle) guère convaincant. 
Pas convaincu non plus par les "Pirhanas" de Claudio Giovannesi... Malgré les Vespa pétaradantes dans les ruelles de Naples, cette adaptation peu inspirée du roman de Roberto Saviano, manque d'un vrai regard  et souffre d'un interprète principal à la belle apparence charmante, mais assez incompatible avec la rudesse du racket pour lequel se bat sa bande d'ados. 
Autres ruelles, plus exotiques, toujours du trafic et de la corruption, mais cette fois ci à Manille, où l'énergique caméra du grand Brillante Mendoza ( " Alpha, the right to kill" ) nous entraîne tambour battant d'un commissariat aux ruelles d'une ville surpeuplée, mais ne nous étonne pas vraiment,.... difficile de faire du neuf avec un scénario mille fois labouré ( la police est corrompue) .
Autre pays, Taïwan, toujours des flics pas nets ( " Face à la nuit" de Wi Ding Ho ) mais un début de film étonnant, une sorte d'anticipation angoissante et âpre, qui, hélas, s'estompera au fur et à mesure. Un scénario, contant l'histoire à rebours, intrigue, passionne peut être, mais déroute un peu car on ne voit pas bien ce que cela apporte au film sinon de perdre certains spectateurs, pris à rebrousse poil. 
Vous l'aurez compris, à Beaune cette année, ce ne fut pas la fête. En témoigne la tête du jury qui, au fil des projections, avait du mal à encore sourire de toutes ses dents blanches, Lolita Chammah et Agathe Bonitzer ( pour elle c'est habituel) affichant un air pincé plus plus. Sans doute ont elles été un peu plus secouées ( réveillées ?)  par " Savage" du chinois Cui Siwei, longue équipée sauvage dans les neiges sibériennes, classique et sans grandes surprises, lorgnant vers un univers à la Tarantino...sans l'humour. 
La tache sera rude pour le jury d'extraire un film de ce lot peu inspirant. Peut être que le film russe de Yuri Bykov, " Factory" tirera son épingle du jeu grâce à sa mise en scène trés réussie et diablement efficace pour nous conter cette sordide prise d'otage au sein d'une sinistre usine de ferraille . A moins que " El Reino" le film espagnol de Rodrigo Sorogoyen ait su faire entendre sa sombre musique...

Impression mitigée face à ces polars du monde entier, emphatiques, peu inspirées et souvent longs et sans rythme. Heureusement, le jury, pour délibérer, aura quelques bonnes bouteilles de Bourgogne pour l'aider dans son dur labeur.... sans doute le seul réel intérêt d'avoir été à ce 11ème festival de Beaune. Comme pour les vins, il y a de plus ou moins bonnes années...

lundi 1 avril 2019

Meurtre à Montaigne de Estelle Monbrun


Mêler la vie d'un grand auteur et le polar, pourquoi pas ? L'idée mérite d'être creusée....ici c'est déjà fait puisqu'après Colette, Marguerite Yourcenar ou Marcel Proust, Estelle Monbrun passe à Montaigne. 
Rassurons les amateurs de polars que Montaigne indiffère un peu, le récit ne s'attarde pas outre mesure sur lui, se contentant de mettre en scène quelques universitaires spécialiste du philosophe et un vague document trouvé dans sa maison. L'intrigue va plutôt se diriger vers une enquête autour de l'enlèvement de deux fillettes...( Eh non, aucun meurtre malgré le titre)
Rassurons doublement les amateurs de polars, ils pourront sans hésiter lire autre chose que ce petit roman bien plus vieillot que " Les essais"  (et à la portée totalement anecdotique). Je ne dis pas cela car ( et c'est reposant), il n'y a pas l'ombre d'un meurtre dans cette histoire, juste deux gamines kidnappée ( et pour qui bizarrement aucune alerte enlèvement n'est déclenchée, ni aucune recherche, ni que l'on sente la moindre angoisse dans la famille). Les deux policiers ( dont un en semi-retraite) chargés de retrouver les fillettes passent leur temps à sillonner le Sud-Ouest pour interroger des personnages tous plus fades les uns que les autres. Méfiez-vous de l'apparente simplicité de l'intrigue, elle est plus abracadabrante qu'il n'y paraît et mêle de façon touffue secrets de famille ( évidemment), relation toxique, liaisons secrètes, arbre généalogique confus. On s'y perd un peu au début, mais, seul bon point, l'écheveau se démêle ensuite mais sans parvenir toutefois à nous passionner réellement. Cela ressemble à un vieux téléfilm poussiéreux de France 3 ( nous sommes en région !) et finalement, les quelques éléments biographiques sur Montaigne, qui, insérés assez habilement, arrivent à donner un petit intérêt à ce polar bien pâlichon. 

Merci à Babelio de m'avoir fait découvrir cet auteur....


mercredi 27 mars 2019

Synonymes de Nadav Lapid


"Synonymes" est-il, comme une presse en pâmoison le clame, un chef d'oeuvre, la naissance d'un Godart du 21ème siècle, un coup de pied dans le cinéma français, le grand film de ce début d'année ? Malgré un ours d'or à Berlin ( mais la concurrence était-elle rude ? )  le troisième long-métrage de Nadav Lapid n'enthousiasmera pas les foules, mais trouvera une poignée d'aficionados tant le film semble fabriqué pour plaire à une frange bien précise de spectateurs : les intellos qui aiment couper les cheveux en quatre ( dans le sens de la longueur).
"Synonymes" se présente grosso modo comme un film d'apprentissage ; un jeune israélien fuyant son pays qu'il exècre arrive en France, à Paris, symbole de paix et de liberté. Evidemment, une fois sur place, la réalité s'avérera différente et les portes pas faciles à entrouvrir pour se faire une petite place. On suivra donc Yoav dans sa découverte d'une France qu'il essaiera de s'approprier par la langue dont il apprendra les mots en étudiant un dictionnaire mais qu'il explorera aussi avec son corps de façon plus symbolique. 
Pendant deux heures, nous suivrons Yoav, silhouette ou nue ou enveloppée dans un grand manteau d'un jaune presque moutarde ( LA couleur tendance du moment ) qui donne au film une identité tout de suite repérable. Dans ce vêtement en beau lainage, se trouve le corps d'un acteur à la présence indéniable : Tom Mercier. A la fois fou, fort et fragile, il porte le film de bout en bout. Il n'a pas de mal  parce qu'en face de lui le pauvre Quentin Dolmaire a le regard vide de ceux qui ne comprenne pas une seconde ce qu'ils disent et Louise Chevillotte joue les utilités. Mais ces deux acteurs sont là pour nous rappeler que nous sommes dans un cinéma de créateur, propre à faire bander toute la rédaction des Cahiers du Cinéma ( gagné ! ils sont atteints de priapisme pour au moins un mois) puisque révélés par Desplechin et Garrel ! Et c'est donc sous ce compagnonnage que Nadav Lapid va promener sa caméra, offrant des plans sublimes, d'autres ingénieux, d'autres joliment cadrés mais dont on se demande s'ils servent réellement un propos, parfois obscur ( les rapports avec des réseaux vaguement fascistes) , parfois surprenant, parfois abstrait. 
Dans cette pochette surprise à la cinéphilie assumée, on trouve de tout, de la danse, des coups de mitraillettes, deux apparitions de Léa Drucker épatante, une reprise d'une chanson gagnante à l'eurovision, de la rancoeur, de la noirceur et un regard très gay sur les rapports masculins. Le réalisateur semble très intéressé par la plastique assez ébouriffante de son acteur,  très souvent entièrement nu ( fascination pour son gros sexe et ses grosses fesses rebondies ? ). Mais ce qui semble plus étrange, sont tous les face-à-face avec un autre personnage masculin, filmés comme une scène d'amour alors qu'au final, il ne couche qu'avec Louise Chevillotte ( qui, elle, garde ses sous-vêtements pour faire l'amour). Interrogation sur la virilité ? Homosexualité refoulée ? On ne sait... 
"Synonymes" est assurément une geste cinématographique originale, créative, mystérieuse, intéressante. Dans un contexte de formalisme intense, on peut comprendre qu'elle puisse apparaître comme un petit chef d'oeuvre surtout que sa conception un peu éclatée permet de multiples interprétations. Cependant, on peut s'y ennuyer, être arrêté par certains propos obscurs ou agacé par son petit côté poseur. Reste que le film possède de sérieux atouts pour laisser quelques jolies impressions sur la rétine du spectateur et ça ce n'est pas souvent au cinéma ! Rien que pour cela et pour son acteur principal, "Synonymes" mérite votre curiosité. 








mardi 26 mars 2019

Son autre mort d'Elsa Marpeau


On dit souvent que si le polar fonctionne bien cela vient du fait que les lecteurs aiment qu'on leur raconte des histoires ( champ parfois abandonné par la littérature classique ). Bien sûr, du roman noir au thriller sanglant, le genre comprend une multitude de sous genres propres à satisfaire tout le monde. Pour " Son autre mort" , le nouveau Elsa Marpeau, difficile de le ranger dans une quelconque case, mais il passionnera assurément les amateur(rice)s de récits habiles et bien ficelés, à tendance psychologique.
Les premières pages du roman, assez basiques et classiques, nous plongent dans une province pas loin de Nantes, avec la venue incognito d'un écrivain célèbre ( ancien prix Goncourt) dans une chambre d'hôtes tenue un couple lambda. Ce ponte de la littérature désire y écrire au calme son prochain roman loin de tous ses proches qui ne connaissent pas sa destination. Alex, prénom masculin de la propriétaire, qui écrit des nouvelles en amatrice, s'intéresse de très près à l'écrivain. Trop ? Sans doute, puisque un cadavre rejoindra un tas de fumier au fond de la propriété, laissant l'assassin s'activer à inventer une autre mort à ce corps bien encombrant, cherchant qui dans l'entourage aurait eu intérêt à sa disparition.
L'intrigue, savamment dosée, ménageant petits moments de suspens et rouages machiavéliques, nous démontrera comment nos technologies modernes peuvent continuer à faire exister virtuellement un mort mais aussi transformer la réalité au bénéfice d'un assassin. Parfaitement huilé, sans plus aucune violence ou crime, le récit avance sans qu'on le lâche, rappelant certains auteurs passés comme Boileau et Narcejac, voire Sébastien Japrisot pour sa mécanique infernale.
Avec son petit côté classique "Son autre mort" parvient sans problème à tirer son épingle du jeu. Sous  son air sagement psychologique, il nous change un peu d'histoires sordides et glauques dans lesquelles les auteurs du genre semblent  aimer se vautrer et démontre qu'avec un peu d'imagination et une bonne histoire rondement menée, on peut se passer d'accumuler les cadavres au fil des pages et parvenir à passionner le lecteur.

samedi 23 mars 2019

Quoi de neuf dans la chanson française ?

Derrière Clara Luciani ou Angèle, sacrées star de la chanson en moins d'un an et promises à une belle carrière, qu'est-ce qui se mijote, quels jeunes talents cherchent à émerger ? Petite revue de printemps où de jeunes pousses essaient d'éclore. 

Commençons par du grand classique...et du déjà bien engagé dans la course au succès. Avec une guitare, un son proche de Renaud, des textes plus engagés que la moyenne, voici le retour d'une chanson à texte comme dans les années 70,  tendance ... Anne Sylvestre ( dans sa version adulte). Gauvain Sers, dont le premier album avait été fort bien accueilli, sort bientôt son deuxième opus dans lequel on trouvera un duo avec, justement, Anne Sylvestre. Un  premier extrait joue des coudes pour passer sur les ondes : " Les oubliés". Sur un thème qui se greffe aux combats actuels d'une partie de la population française : la disparition des services publics de nos campagnes, accompagné de trois courts-métrages racontant la naissance de cette chanson, on pourrait presque qualifier la chanson d'opportuniste. Mais quand on regarde l'engagement pour nos campagnes de ce chanteur qui a vécu dans la Creuse, quand on voit le nombre d'endroits délaissés où on lutte et où il offre sa notoriété, on ne peut douter de sa sincérité. Dans la lignée de son précédent album où il explorait déjà quelques maux de notre société, " Les oubliés" frappe juste et bien. 



Gauvain Sers : "Les oubliés"

Complètement différente, assurément originale, Maud Octallinn sort un premier album consacré à la saucisse ( "Sainte Saucisse") ! Si le premier clip, " La souplesse" n'évoque pas vraiment son fantasme charcutier , reconnaissons-lui une jolie tendance à une féminité assumée. Sa pop chaloupée, ses textes teintés d'humour et son côté un poil décalé arriveront-ils à faire la différence ? 



Maud Octallinn : " La souplesse"

Gontard, lui aussi, peut se targuer d'écrire des chansons à texte sur notre quotidien de nation libérale. Déjà à la tête d'une discographie relativement importante ( avec même un album de reprises de Jean-Luc Le Ténia, chanteur culte manceau décédé en 2011), un nouvel album est annoncé en 2019. Un premier titre sort ces jours-ci, "Kevin Malez",  où l'on retrouve plein d'influences, de Fauve à Daniel Darc en passant...mais oui...par Gilles Deleuze et qui accroche bien l'oreille. 


Gontard : "Kevin Malez"

Virage à 180 degrés, passons à quelque chose de plus soft, de plus doux : Clio avec "Amoureuse", joli morceau intimiste et romantique dans la lignée d'une Rose ou d'une Berry. Nous sommes dans la chanson d'amour  avec un léger pas de côté qu'accompagne un clip gentiment créatif. C'est léger et ça fait du bien ! Un deuxième album semble en préparation...et l'on est impatient de le découvrir. 


Clio : "Amoureuse"

Restons dans la douceur avec une note encore plus sucrée ( attention au mal au coeur) avec Vendredi sur Mer. Ce n'est pas un groupe, juste une chanteuse Suisse, influencée par le rap et la pop . Elle commence à intéresser les magazines qui ont pignon sur rue ( Les Inrocks, ...). Son premier album vient de sortir et sur You Tube son clip " Ecoute chérie" ... très lascif et gay, cartonne. Le succès semble à portée de main... 


Vendredi sur Mer : "Ecoute chérie"

Restons dans le même style : Requin Chagrin ( et soudain resurgit un duo Michel Sardou/Mireille Darc). Trois garçons et une fille composent ce groupe qui donne dans une pop suave très en vogue en ce moment. Leur clip "Sémaphore"  ( extrait de leur dernier album au même titre) surfe sur une vague gay décidément bien à la mode ce printemps chez cette nouvelle génération. Il paraît qu'Etienne Daho les adore... Bon signe non ?



Requin Chagrin : "Sémaphore"

Terminons par Clément Froissart dont un premier EP sort à peine. Son physique avantageux, bronzé par le soleil des Landes où il a installé son studio d'enregistrement, n'éclipse pas une musique léchée, légère, pop dansante avec une jolie ambiance un peu psychédélique. Son premier titre "Amour Armure" accompagne joliment ce printemps nouveau... A suivre de très près...


vendredi 22 mars 2019

Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace de Thierry Beinstingel


Quand un auteur s'intéresse à des gens ordinaires et les place dans un univers réellement romanesque, sans fermer les yeux sur notre monde et son inhumanité, cela donne un récit passionnant qu'il est plus urgent de découvrir que celui mièvre et mercantile de certain(e)s auteur(e)s actuel(le)s porté(e)s aux nues dans le seul but d'enrichir quelques uns ( si vous ne voyez pas de quoi il s'agit, traînez dans une librairie, une pile de coquelicots devrait vous remettre à jour).  "Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace" ne bénéficie pas de l'écho médiatique que pourtant il mériterait, tant le regard réellement empathique et l'écriture fluide et imagée s'unissent pour nous offrir un vrai roman que l'on ne lâche pas, qui a vraiment des choses à nous dire et à nous faire ressentir. 
Trois personnages vont voir leur vie prendre une direction inattendue, trois personnes presque invisibles, tant leur vie ou leur statut social les conduit peu à peu à se fondre dans le paysage. Il y a d'abord une prof d'allemand, à l'image que l'on en a souvent( un cliché ?) : rigide, sèche, sans grâce. Séparée d'un mari volage, vivant à côté d'une ado mutique, déconsidérée par sa hiérarchie pour qui l'apprentissage de la langue de Goethe ( ou des Tokyo Hôtel) relève du passé, son quotidien va se trouver intrigué par la rencontre de l'équipe d'une association humanitaire venue vider la maison de son père récemment décédé. Ce sera la partie "roman psychologique et social" qui, dignement et élégamment, ne tombera jamais dans la facilité tout en maintenant un intérêt grandissant. 
Nous avons ensuite une jeune fille un peu désoeuvrée après son bac, vivant dans une cité en réaménagement dont la démolition de certaines barres d'immeubles laissera la place à une bretelle d'autoroute. Elle répond à une annonce punaisée dans le hall de son immeuble et va s'occuper, une heure par jour, d'un enfant attardé, abandonné dans un appartement. La situation, en plus d'être étrange et ignoble, donnera au roman son aspect apprentissage, la jeune fille découvrira petit à petit l'injustice du monde dans lequel elle vit. 
Le troisième personnage est un homme, sans plus beaucoup d'attaches et pointant à Pôle Emploi. Il se verra proposer un drôle de job bien rémunéré : garder une station de pompage totalement perdue au milieu d'un champ infini de maïs ( peut être en Ukraine ou dans quelques pays similaires de l'Est de l'Europe). Tel un Robin Crusoé sans vendredi, sa vie prendra un tournant qu'il n'avait sans doute jamais imaginé et donnera au roman sa partie grande aventure, réelle passionnante. 
Les trois récits alterneront avec bonheur, enrichis par des thèmes actuels ( la pauvreté, les migrants, les laisser-pour-compte) qui s'intègrent parfaitement et avec subtilité. Et si le lecteur se doute bien que ce procédé amènera ces trois personnes à se croiser, il ne voit pas bien comment avec ces trois intrigues si différentes. Mais, il faut faire confiance à Thierry Beinstingel et son talent de romancier, qui réussit ce tour de force avec finesse et arrive à donner un nouvel éclairage à son récit avec un final bien ficelé. 
Vous l'aurez compris, si vous voulez du roman, avec aussi un vrai regard qui vous passionne mais qui vous ouvre également l'esprit, "Il se pourrait que je disparaisse sans trace"  est l'ouvrage idéal, sincère et bien écrit, très très loin des fausses valeurs que l'on veut nous vendre par ailleurs. 



mercredi 20 mars 2019

Nous aurons été vivants de Laurence Tardieu


Hannah aperçoit, dans la rue, une silhouette qui ne peut qu'être celle de sa fille partie sans donner des nouvelles depuis sept ans. Le temps du passage d'un bus qui coupe son champ de vision et la silhouette a disparu. Cette apparition, peut être rêvée, peut être due à une certaine ressemblance de cette silhouette va replonger cette mère dans les affres de la douleur. 
Le roman se divise en trois parties  mais à la même tonalité grave, douloureuse, dépressive, qui au fil des pages vire au ressassement. La première pose le personnage, ébauche son histoire, présente ses amis, son défunt mari, sa fille. On perçoit très bien le gouffre que longe Hannah, son caractère indéniablement porté vers le noir de la vie dont elle arrive à s'extraire, ou tout du moins à l'extérioriser, par la peinture ( son métier). Une écriture grave et sensible nous emporte avec elle sans toutefois nous faire tomber dans l'empathie complète. Cette première moitié du roman s'achève alors que commence à poindre un début d'agacement face à une Hannah que beaucoup considéreraient comme un boulet ( On admire la patience de son amie Lydie qui la porte à bout de bras depuis des décennies). 
La deuxième partie va surprendre un peu car elle va revenir sur les dates importantes de la vie d'Hannah pour finir par revenir à la journée du début qui voit aussi un autre événement bouleverser sa meilleure amie. Et là les choses se gâtent. On tombe dans une sorte de psychologie mille fois lue, un passé sensé éclairer ce présent si triste. Outre, le ressassement de certains faits, évidemment logiques dans le tête de cette femme mais  passablement répétitifs à la lecture, cette construction n'éclaire guère plus sa dépression. L'agacement pointe au fil des pages et il ne faut pas être fin psychologue pour comprendre que Lorette ( c'est le prénom de la fille volatilisée)  a eu tout à fait raison de se barrer loin de cette mère nombriliste, que l'on devine aussi toxique à prodiguer un amour que l'on sent dicté par la pression sociale. Et quand dans la dernière partie apparaît un petit rayon de soleil pour cette héroïne, il y a longtemps que l'indifférence nous a gagnés, alors que l'on sent bien que le projet de l'auteure était d'émouvoir avec ce portrait de mère abandonnée. 
Cette histoire n'a guère trouvé d'écho auprès du lecteur masculin que je suis. La belle plume sensible que l'on perçoit toutefois n'a pas pu me sortir de l'ornière nombrilo/geignarde de l'ensemble, le seul personnage positif étant Lorette,  la méchante fille ... sans doute la plus lucide à la comédie parentale et amicale que se joue son entourage.  


samedi 16 mars 2019

Ma vie avec John F. Donovan de Xavier Dolan


On a beaucoup aimé Xavier Dolan... Son cinéma bousculait les codes, possédait une vigueur et un dynamisme de jeune chien fou qui faisait du bien dans un art de plus en plus formaté. Aujourd'hui, avec la vision de ce dernier mais premier film américain, on a confirmation que son statut de jeune prodige patine sérieusement. 
Fort de son succès précédent ("Juste la fin du monde" ), qui montrait déjà une certaine propension à s'autociter, Xavier Dolan reprend quelques thèmes chers (  rapports mère/fils, homosexualité, hommage à la culture populaire) auxquels il rajoute une critique du star système américain. On sait bien que les grands cinéastes, si on regarde bien, labourent inlassablement les mêmes sujets et nous ne sommes pas surpris de cette variante de ses oeuvres précédentes. Cependant, la machine semble tourner à vide et laisse pas mal de fans sur le bord de la route. 
Pourtant, on partait avec un bon à priori : les producteurs américains détestent le film et ont décidé de le garder dans les tiroirs. ( Ca doit sans doute les décoiffer pas mal le cinéma du jeune québécois...)  On se félicitait que la partie production française permette la sortie sur nos écrans. Par contre, d'autres signes pouvait faire craindre le pire : le montage initial de 4 heures réduit à 2h03 ( supprimant dans la foulée le rôle de Jessica Chastain) et un accueil glacial au festival de Toronto. 
Très vite, durant la projection, on sent que quelque chose ne tourne pas rond dans la narration de cette histoire. Quelques trous scénaristiques ( et pas forcément des ellipses), le télescopage de beaucoup de sujets qui ne sont traités que superficiellement, des dialogues moyennement convaincants  font froncer un peu les sourcils. Mais c'est surtout la mise en scène qui ne fonctionne pas ici. En voulant reprendre à l'extrême ce qui faisait la nouvelle originalité de son précédent film, c'est à dire filmer tout quasi uniquement en gros plan, collant contre le visage des acteurs et ne les quittant que pour filmer un bout de corps ou un élément du décor ( donc toujours en gros plan), il rend son film complètement étouffant, voire tout bonnement capable de flanquer une migraine ophtalmique aux spectateurs. Et si dans " Juste la fin du monde"  il pouvait s'appuyer sur des acteurs de génie, ici il doit se contenter de Kit Harrington, pas vraiment charismatique dans son rôle d'acteur gay dans le placard, de Natalie Portman plus mère de série télé US que maman " dolanienne" et d'un gamin assez insupportable. Le procédé tourne vite à la défaveur du film. 
Entendons-nous bien, malgré toutes ces réserves, le film reste cent coudées au-dessus de ce qui nous est généralement donné à voir ces derniers temps. ( A l'échelle de "Mon bébé", situé tout en bas, "Ma vie avec..."  culmine). Il y a quand même un vrai projet ambitieux, des thématiques intéressantes, un sens de la lumière et du plan ( même gros), mais par rapport à ce que nous avions déjà vu du cinéma de Xavier Dolan, celui-ci marque le pas. ( mais peut plaire, car ma voisine de siège a été énormément émue). Le meilleur moyen de se faire un avis, est d'aller voir cette " vie avec John F. Donovan".  Je suis certain qu'il suscitera bien des débats entre spectateurs et c'est déjà ça ! 


vendredi 15 mars 2019

Mon bébé de Liza Azuelos



Après le petit insuccès de "Dalida" , son précédent film, on sent que les producteurs de Liza Azuelos l'ont convaincu de revenir vers ce qui a fait sa gloire ( et arrondi leurs fins de mois) : la comédie adolescente avec mère un peu piquée comme dans "LOL". On troque Sophie Marceau par notre nouvelle diva de la comédie , Sandrine Kiberlain,... ah oui, on écrit vite fait un vague scénario, on accède aux caprices de sa fille qui veut faire du cinéma  et hop, emballé c'est pesé, on tourne "Mon bébé". Une agence de com de haut vol concocte une bande annonce alléchante ( composée, petit rappel, des seules répliques un peu drôles de l'impeccable Sandrine, d'apparitions d'ados pour cibler tout public et un bon rythme) et tout est en route pour faire un maximum d'entrées en première semaine....oui parce qu'après, pas certain que le bouche à oreille soit flatteur, même si tout le personnel et les amis  du distributeur place de courts  articles élogieux à longueur de journée sur Allo-Ciné. 
Le film débute mal avec une vague scène de présentation des deux personnages principaux qui d'emblée apparaissent assez antipathiques. Une mère pseudo branchée et son insupportable ado de fille foncent dans Paris car en retard pour le bac blanc de la donzelle écervelée. Tous les clichés d'une pseudo modernité décomplexée y sont, de l'hystérie drôle à la mauvaise foi supposée faire rire, en passant par la BMW décapotable. La suite confirmera cette première impression. Les deux personnages principaux, de simples objets de supposée comédie, illustrent un scénario qui se résume à son idée de départ : snif, ma dernière fille va me quitter. Comme il n'y a aucune réelle idée de cinéma, le film se vautre dans des flash-backs gnangnans montrant l'amour d'une mère et dans un présent où l'adolescente doit avoir son bac avec mention pour partir au Canada. Là, sur ce point, on ne comprend pas que Sandrine Kiberlain s'inquiète de son départ prochain, car, vu les neurones étalés par sa fille, il n'est pas certain qu'elle décroche un brevet des collèges. 
Alors oui, Sandrine Kiberlain fait le job comme elle peut, c'est en dire en forçant le trait, avec un certain panache. Il est indéniable qu'elle a le sens de la comédie, et peut presque faire exister des dialogues plats et des scènes ultra convenues. Mais la tâche est rude car, en plus d'avoir à défendre un personnage barré mais pas écrit, de n'être pas dirigée ( souvent en roue libre ), elle donne la réplique à une bande d'ados dont on se demande comment ils ont été choisis tellement ils sont mauvais, Thaïs Alessandrin en tête ( là, on connaît la raison de sa présence puisque fille de la réalisatrice). Cela dure 1h27 ( avec inclus, scènes au ralenti, scènes de danse inutiles ) et c'est long, très long.... totalement insignifiant, totalement raté. On se dit que ce bébé aura du mal à se faire adopter... 








jeudi 14 mars 2019

Mon père de Grégoire Delacourt


Contrairement à Delphine de Vigan ou David Foenkinos qui, cette saison jouent l'extrême facilité, Grégoire  Delacourt tente, lui, de redresser la barre en proposant un roman plus ambitieux qu'à l'accoutumée. Thème, construction et même vocabulaire sont convoqués pour l'occasion. Ca marche, puisque la sortie de l'oeuvre est orchestrée par une promo d'enfer vantant la grandeur de l'ouvrage. On parle de choc, de roman coup de poing, de baffe, ... Quelque part c'est vrai, puisqu'on peut y trouver une drôle de musique malsaine qui rend le propos assez dérangeant. 
L'intrigue, pour ceux qui reviennent du fin fond de la Sibérie, tourne autour du face à face d'un père ( de famille) et d'un père ( prêtre). Le deuxième a abusé et violé de nombreuses fois le fils du premier. Le roman est donc un huis-clos qui se veut particulièrement intense et étouffant. 
Sortant au même moment que le jugement du silence de l'église à Lyon sur des crimes pédophiles, mais aussi que le film "Grâce à dieu" , le livre tombe à pic. Mais, contrairement à la sobriété intelligente et digne de François Ozon, Grégoire Delacourt choisit un traitement pour le moins clinquant convoquant tout à la fois du grand-guignol, des interprétations de textes religieux chrétiens autour de Lazare, quelques scènes pédophiles et un twist final (franchement mal fichu puisque compris dès la page 86). Là dessus, se greffe un personnage de père particulièrement déplaisant. On comprend sa colère, mais ici, elle est traitée de façon outrancière, avec une violence type far-west. Je suis mécontent, j'entre dans l'église et je fracasse tout, tout, même les missels sont méticuleusement déchirés. Et que fait le prêtre présent ? Il appelle la police ? Non, il soigne le malheureux qui s'est ouvert la main en faisant exploser une pauvre vierge marie posée là. Il est bon le prêtre.... surtout qu'il n'est pas celui qui a abusé de son fils....  Bon, on s'apercevra plus tard que si... Du coup, le père veut des réponses à sa colère. Pour cela, comme il est fils de boucher et qu'il a amené des couteaux à désosser, il va torturer l'homme d'église tout en lui demandant de raconter le pourquoi du comment. En plus des de nous conter quelques attouchements un peu complaisamment ( Grégoire Delacourt n'a absolument pas le regard clinique de  Christine Angot pour raconter les déviances sexuelles perpétrées par des adultes sur des enfants ), le père demande au prêtre  pourquoi son fils et pas un autre ! ( bien vue cet égoïsme bien actuel ) mais là où on est un peu plus dérangé, c'est quand il rajoute ( la voix du père semble se mélanger à celle l'auteur) : " Ma réaction me range, je le sais du côté des bêtes mais est-ce en être une que de préférer que le mal soit fait à un autre enfant que le sien, qu'un autre soit écrasé à sa place? " ( peut être que oui quand même... ) Et de rajouter : " Posez-vous tous la question et ne mentez pas vos réponses. Posez-vous tous la question  et bénissez le sang sur vos mains."  On peut rester pensif à cela, froncer le sourcil et se demander où l'auteur veut en venir exactement. 
Bien sûr, on trouvera évoquer toutes les questions que posent cette pédophilie au sein de l'église catholique mais amalgamées dans un prêchi-prêcha biblique autour de la figure de Lazare qui se mêle aussi avec les portraits  gratinés de la mère ( j'ai quitté mon mari pour un autre, suis-je coupable ?)  et de la grand-mère ( ah s'ils n'avaient pas divorcé...)   du petit garçon violé. Vous y rajouter une bonne ration de vocabulaire un peu alambiqué ( on nous parle de "palingénésie", on dilacère, on donne un coup d'épissoir...peut être sur la conopée, tout cela nous amenant à faire de la cachexie) et vous vous trouvez face à un roman qui, partant dans de multiples directions, les loupent toutes au final. 
Dérangeant ,"Mon père" tient les promesses de sa promo, absolument pas sur le sujet de la pédophilie en général et celle des prêtres en particulier, bien mieux traité par d'autres, mais parce que lourdement ambiguë, sadique, un peu voyeur et un peu moralisateur sur la famille.